Sur la question plus serieuse de l'intertextualite (il y a un tiret ? Je croyais que non). Il me semble que mettre en doute le lien qui unit les Adventures et le Silm est aller trop loin. Ce serait possible si Tolkien n'avait pas aussi clairement affirme ce lien dans ses lettres par exemple. Je te renvoie par exemple a celle (j'ai oublie le numero mais je la cite precisement dans l'essai a venir) dans laquelle il parle de cet ensemble et de ce qu'il a ecrit a cote, et ou il affirme que certains de ses petits contes sont restes totalement etrangers au grand arbre alors que d'autres (le Hobbit, les Aventures) y ont ete absorbees. Ou bien a celles dans lesquelles il se debat pour faire publier en meme temps le SdA et le Silm et dans lesquelles il explique a quel point ces textes differents constituent un tout. Poser le lien entre ces differents textes ne releve donc pas de l'interpretation ou de l'hypothese ; c'est au contraire - il me semble - une base qu'on ne peut qu'accepter pour comprendre et etudier Tolkien. Je me demande si l'attitude inverse (mettre le lien en doute) ne releverait pas de l'ultra-relativisme des temps modernes, peche capital a mon avis : je mets en doute meme la parole du createur. Je ne veux pas dire que la parole de Tolkien ne puisse jamais etre remise en doute, bien au contraire ; mais ce lien a toujours ete clairement affirme. Je ne veut pas non plus dire que ce lien ne pose aucune question. Il en pose beaucoup. Qu'est-ce qui fait partie du Legendaire, comment il s'est forme etc., rien n'est sur de ce cote ; mais l'existence meme du lien me parait parfaitement averee par les propos de Tolkien.
Enfin, je te fais tout de meme remarquer que je n'ai pas dit que Tom dut etre Maia ou Vala, j'ai dit "Maia ou Vala ou autre chose". Ce qui signifie que meme si a ce stade j'accepte le fait de mettre du lien entre les textes (ce qui comme je l'ai dit ne releve pas de l'externalisme mais de l'evidence), je ne pretends pas encore (a ce stade) avoir demontre la volonte de coherence de Tolkien. La question de la nature de Tom (question ouverte et non pas fermee) releve donc bien de l'internalisme tel que je propose de le comprendre.
Et enfin, je n'ai jamais dit qu'il etait possible de resoudre une question interne de maniere purement interne. Relis mon essai : je dis au contraire qu'il faut jongler entre les deux approches, et qu'on ne peut apporter de reponse satisfaisante a une question qu'avec une double analyse. Ainsi, la question de la nature de Tom doit s'appuyer sur des elements internes mais aussi externes (par exemple Tolkien a-t-il voulu creer une mythologie coherente ?) ; mais ce n'est pas pour ca que c'est moins une question interne !
Sur Balzac : ce que tu dis est vrai, je m'incline. Mais je continue de penser qu'il y a une difference de nature entre les deux oeuvres (le statut mythologique).
Ara now. Personnellement, mon meilleur argument, je pense, est qu'il vaut mieux quelque chose de trop complique que quelque chose de trop simple... L'experience m'ayant appris que les choses sont souvent beaucoup plus complexes qu'elles n'en ont l'air, je prepere les approches qui vont de meme.
aravanessë Wrote:Plus j'ai de textes a etudier, plus je suis heureux
ton bonheur est-il un critere de justification d'une methode de travail ?
Quote:Elle s'oppose un minimum par nature : l'une obligeant un tri/ l'autre pas, l'un accordant une créance aux textes/ l'autre pas.
Pas du tout. Je n'ai jamais dit (je crois) que l'approche interne obligeat a faire un tri. A mon avis, on peut arriver a chacune des reponse concernant le statut des textes en partant de chacune des approches. Encore une fois, les choses sont plus compliquees qu'elles n'y paraissent. Comme j'essaye de le montrer dans mon essai, il ne faut pas se vouloir "internaliste" ou "externaliste" en bloc. Et il n'y a pas deux camps opposes l'un a l'autre, mais deux approches que chacun mele dans les proportions qu'il veut pour aboutir au resultat qu'il desire... C'est beaucoup plus subtil, comme Amandil l'a montre sur TolkienFrance. Cela dit, je reconnais que les deux approches s'ooposent dans une certaine mesure (je le dis moi-meme). Mais pas autant que tu crois. Il faut juste ajouter de la nuance pour arriver a une plus grande verite.
Quote:D'où ma proposition unficatrice qui reprend les avantages des deux
Quote:Une approche rigoureuse me semblant préférable à deux qui ont des lacunes qu'elles compensent et absorbent par leur dualité.
Le probleme, c'est que je ne comprends toujours pas ta "demarche unificatrice". Et je ne crois pas a son efficacite. Son probleme, c'est que dans ton analyse tous ceux qui vont accepter d'utiliser TA demarche devront obligatoirement aboutir a TES resultat. Ma dualite (qui est en fait une pluralite beaucoup plus vaste) me semble plus ouverte, plus riche, plus fructueuse.

