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Approches interne et externe du monde de Tolkien
#72
Toko Wrote:— En "tolkiénologie" (ou tout au moins en linguistique tolkiénienne), l'apellation interne est réservée à ce qui concerne le monde fictionnel, c'est-à-dire ce à quoi réfère le texte (mais pas le texte en lui-même). Certes, le monde fictionnel est uniquement accessible via le texte (et donc l'analyse de celui-ci), mais la stricte analyse stylistique ou narrative relève, a priori, d'une approche qualifiée d'externe en herméneutique tolkiénienne (le texte n'est pas le monde qu'il recèle et décrit : il appartient bien au monde "réel" ou actuel).

Le moindre des problèmes est que l'acceptation "en tolkiénologie" que tu donnes ici ne me paraît pas avoir été très formalisée de par le passé. Ca a souvent été été quelque chose d'assez vague et d'imprécis dans nos discussions, d'ailleurs déjà loin de faire "unanimité". Et même lorsqu'on se limitait à préciser "interne (au sein du monde fictionnel)", on n'a pas toujours cherché à voir ce que cela recouvrait. D'où ma tentative pour recentrer le débat sur les définitions connues et les théories plus générale sur la fiction... Parce qu'il me semble qu'on ne peut pas poser une définition "tolkiénologue" en faisant simplement abstraction des approches traditionnelles... Je ne suis pas un littéraire non plus, et mes connaissances en la matière sont certainement beaucoup moins poussées que d'autres ici, mais il m'a toujours semblé qu'il était toujours intéressant d'essayer de comprendre et d'utiliser les concepts utilisée par d'autres avant de créer les notres... ;)

Ta définition ci-dessus me pose justement un problème... Lorsque tu dis que le texte appartient bien au monde "réel", certes, c'est vrai au premier niveau... Mais l'un des points sur lesquels j'ai voulu attirer l'attention plus haut, en m'exprimant peut être mal, est précisément celui de l'objet textuel au sein du légendaire tolkiénien.
Le Hobbit est, au sein du légendaire, un récit de Bilbo, dont on sait (par le prologue du SdA) que notre gentil hobbit a "légèrement" menti dans sa relation de sa rencontre avec Gollum. Le SdA constitue, au sein du légendaire, le Livre de la Marche de l'Ouest. Pour prendre un exemple linguistique, les textes sur le valarin et l'ósanwe-kenta sont, au sein du légendaire, des essais annotés de Pengolodh... La plupart des textes tolkieniens, de fait, ont une tradition textuelle au sein même du légendaire (thème dont on a déjà souvent parlé et dont Philipe Garnier s'était fait le chantre)... Dès lors, le texte (réel) décrit un texte (fictif), qui parfois lui-même décrit un autre texte (aussi fictif). Une "stricte analyse stylistique ou narrative" peut être appliqué au texte fictif, sans avoir à quitter pour autant le monde secondaire. Il me semble qu'on peut ainsi, DANS le monde secondaire, avoir des approches internes et externes (ces termes étant ici pris au sens classique en littérature) de l'herméneutique du sous-objet textuel. Analyser le style de l'Ainulindale, c'est analyser le mode de transmission (verbal et écrit) aux Elfes et aux Hommes de chose survenus hors du temps et de l'espace (dans le Verbe, mais hors de l'écrit). Un sage gondorien pourrait le faire. Analyser les écrits sur le valarin de manière interne et externe (toujours au sens classique en critique littéraire) peut être intéressant ("tel mot est dans telle liste plutôt que telle autre"...).

Ce que j'essaie de dire, c'est que Tolkien ne nous a pas donné des textes qui racontent des histoires. Le plus souvent, il nous a livré des textes qui parlent de (pseudo-)textes qui racontent des histoires. Cette distinction me paraît intéressante. Plus, même, que de trancher si l'ensemble de ses textes constitue ou non une "mythologie" -- d'ailleur, mythologie au sens interne ou externe? [small](*)[/small] ;)

Tout ça pour dire que la redéfinition des termes interne/externe au sens "tolkienologue" proposée ci-dessus me paraît un peu limitée. Et si "l'écrit (quel qu'il soit) comme créateur d'un monde secondaire" (pour citer Edouard résumant Th. Pavel), alors cela devient très intéressant, je trouve, quand l'écrit "primaire" traite d'un écrit "secondaire"...

J'espère avoir été compréhensible et que ma maigre contribution apporte quelques petites idées à ce débat sans être trop à côté de la plaque.

Didier

(*) Corrélativement: Qu'il puisse, par exemple, exister des textes mythiques au sein du légendaire est l'intuition que j'avais essayé de développer dans mon analyse de l'histoire de Míriel et Finwë. L'analyse interne relève des répétitions de structures, des typologies, etc.... qui laisseraient penser que nous avons affaire à un "conte" au sein du légendaire - Les personnages revêtant des aspects archétypiques. Se pose ensuite la question du sens qu'on peut en dégager (et de savoir ainsi si ce type d'approche à un intérêt)..
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