Pour ce qui est des versions de mon essai, je ne vous cache pas que j'eusse prefere que la nouvelle remplace purement et simplement l'ancienne... Mais je comprends votre argument. Tout ce que je demande, c'est que le lecteur lambda arrive forcement sur la nouvelle en premier. Mais aujourd'hui j'ai oublie ma clef USB, donc je ne pourrais poster que demain. Tete de mule !
Je suis plutot d'accord avec Toko sur l'emploi des termes "interne" et "externe". Didier, tu trouves que le probleme vient de ce qu'ils ne sont pas clairement definis, mais c'est justement ce que j'ai essaye de faire. Ma nouvelle introduction devrait plus te plaire. Je pose plus clairement le probleme et je prends mes precautions d'usage.
En revanche, je persiste a dire que la nature mythologique est une caracteristique essentielle des textes de Tolkien. A mon avis son "pouvoir captivant" dont parle Toko n'est qu'un des aspects et une des consequences (et une preuve !) de cette nature. De meme pour l'importance du lien avec notre monde et du vecteur de transmission. Bien des caracteristiques qui rappellent la mythologie. Mais peut-etre que chacun d'entre nous voit Tolkien majoritairement a travers les yeux de sa formation... moi qui ne suis ni linguiste ni litteraire mais historien des religions, je suis victime de mes propres deformations professionnelles. Cependant, je ne me sens pas encore pret a defendre bec et ongle ce statut mythologique (je prepare une etude, mais elle est loin d'etre achevee). J'attendrai donc.
Je ne suis pas non plus d'accord pour dire que faire intervenir Eru ou Irmo pour expliquer les reves de Frodo chez Tom releve plutot de l'externalisme parce qu'ils ne sont pas directement mentionnes dans le SdA. A mon avis, ce raisonnement reste prisonnier des cadres de pensee les plus classiques de la critique litteraire, en niant ce qui est une particularite indeniable de Tolkien. Car autant on peut ne pas etre d'accord sur la nature mythologique ou non de ses ecrits, autant l'intertextualite fondamentale des composants du Legendaire est etablie par toute la vie et la correspondance de Tolkien. On ne peut pas oublier cette intertextualite (qui cesse presque d'en etre une tant les textes sont unis) sous le simple pretextes de contingences historiques (bien sur que Tolkien n'a pas tout compose en meme temps) ou editotiales (bien sur que tout n'a pas ete reuni en un seul livre). Est-ce que quand vous etudiez Les Deux Tours vous parlez d'approche externe quand vous analysez les funerailles de Boromir a la lumiere de ce qui s'est passe dans La Communaute de l'Anneau ? Je vous renvoie a la lettre a Milton Waldman pour vous prouvez a quel point non seulement le sdA et le Silmarillion, mais aussi les autres textes du Legendaire, forment un tout.
Un petit doute enfin, une petite nuance a apporter. Il n'est pas tout a fait vrai de dire que "les textes qu'étudient la critique littéraire sont ceux de Tolkien, pas ceux de Rúmil, Pengolodh ou autre. Ainsi, le critique littéraire étudie le Seigneur des Anneaux, alors que le tolkiendil ou le tolkiengolmo*, voyageur en faërie, étudiera le Livre Rouge". Rien ne prouve en effet que Tolkien ait traduit les textes ou rapporte les histoires avec une absolue fidelite. Le tolkiendil etudie donc le Livre Rouge rapporte par Tolkien... ce qui fait tout de meme une difference notable. Et c'est surtout ce qui fait qu'a mon avis une "stricte analyse stylistique ou narrative" ne peut pas etre appliquee au texte fictif dont nous ne disposons pas. Ce type d'analyse textuelle, litteraire, meme pour un internaliste (au sens ou je propose de l'entendre), nous fais forcement quitter le monde secondaire, puisqu'on passe par le filtre du traducteur-rapporteur Tolkien, dont on en sait pas a quel point il modifie ce qu'il rapporte. C'est ce qui rend a mon avis impossible l'analyse interne (au sens classique cette fois-ci) des textes a l'interieur du monde secondaire que propose Didier. Un sage gondorien pourrait certes analuser le style de l'Ainulindale pour en tirer des conclusions sur le mode de transmission des textes des Elfes vers les Hommes, mais le texte qu'il aurait sous les yeux n'est pas notre Ainulindale, ce qui fait que nous n'avons pas la meme possibilite d'etude. Donc certes il est tres interssant de se souvenir que Tolkien n'a pas donne des histoires, mais des textes qui parlent de pseudo-textes qui racontent des histoires ; mais c'est cette disctinction elle-meme (entre autres) qui fonde le statut mythologique des textes si critique ici (mais sur lequel je reviendrai comme promis) et surtout empeche l'analyse stylistique ou autre d'un texte que nous n'avons jamais eu !
Bref, en relisant le dernier post de Toko, je mn'apercois que je n'ai fais que dire en long ce qu'il a dit en court, ou a peu pres. Mais j'espere avoir un peu, du meme coup, clarifie les choses (sinon je n'ai servi a rien).

