Par ailleurs, puisqu'on on débat de mots, il ne s'agit pas d'un problème de définition (ou de sens) à proprement parler mais plutôt d'acception de ces termes (un usage particulier, pour un référent particulier) : interne désigne bien ce qui est à l'intérieur et externe ce qui est à l'extérieur, en "tolkienophilie" ou en critique littéraire, il s'agit ensuite de préciser quel est le point de vue adopté (et donc l'objet d'étude) !
Comme je l'ai dit plus haut, l'acception particulière de ces termes tels qu'ils sont employés dans l'étude de Tolkien et au premier chef dans l'étude de ses langues inventées, vient de la perspective adoptée, qui est résolument interniste (puisque cette acception d'interne signifie bien qu'on privilégie le monde secondaire, que le descripteur se place à l'intérieur de celui-ci, l'histoire réelle des récits ou des langues étant qualifiée d'externes). Ainsi, alors que la critique littéraire classique a pour objet d'étude le texte, les études sur Tolkien sont centrées sur le monde secondaire ("envisagé en lui-même et pour lui-même" serais-je tenté d'ajouter, d'après la célèbre formule de Saussure !).
Et c'est sans doute une originalité de l'oeuvre de Tolkien que d'avoir décrit un monde si cohérent, détaillé et crédible qu'on peut l'envisager comme objet d'étude, de l'intérieur (caractéristique qui n'est bien sûr pas propre à Tolkien, puisque d'autres auteurs de SF ou de fantasy ont imaginé de tels monde, mais qui est sans doute emblématique si l'on considère d'une part l'engouement pour son oeuvre et son souci du détail et du réalisme). Le fait est que bien des oeuvres littéraires ne peuvent pas être étudiées de ce point de vue, ou de façon fort restreinte, soit parce que l'univers décrit, bien que fictif, est ancré dans le monde réel (romans historiques par exemple), soit parce que l'univers fictif n'est qu'un arrière plan, accessible uniquement par l'étude textuelle (interne) classique. Mais je n'i pas dit que l'oeuvre de Tolkien est la seule où l'on puisse centrer l'étude sur le monde secondaire.
Ainsi, chez Tolkien, les règles du "jeu" sont les mêmes que dans n'importe quelle oeuvre de fiction (c'est le "contrat" tacite entre l'auteur et le lecteur propre à toute fiction, littéraire ou autre), mais le jeu est tellement poussé que l'on peut étudier non seulement l'oeuvre en tant objet textuel mais aussi le référent du texte, le monde secondaire, et presque oublier qu'il s'agit d'un jeu !
Sébastien.

