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Approches interne et externe du monde de Tolkien
Tout à fait d'accord avec Cédric et Vincent ! D'une part le sens donné à une oeuvre est différent pour chaque lecteur, mais aussi à chaque lecture ! Le sens de tout texte (oral ou écrit) dépend à la fois du message véhiculé et des intentions de l'auteur, mais aussi du contexte direct d'énonciation (co-texte mais aussi contexte extralinguistique) et de l'interlocuteur. Or, le propre d'un texte fixé par écrit est que l'acte de communication du sens est différé. Chaque lecture correspond à une réception nouvelle du message, et donc à une énonciation différente (plus la distance temporelle entre la rédaction d'un texte et sa réception augmente, plus le risque est grand qu'il y ait un décalage entre le sens donné par l'auteur et celui que le lecteur donne au texte).

Par ailleurs, Coeur de canard touche à un point très important lorsqu'il dit "il faut noter que l'intention de l'auteur est brouille par des publications a posteriori de corpus pour laquel il n'est pas clair pour moi qu'il existait une volonte de l'auteur de les publier et que ce soit plus que des documents de travail".

C'est bien ce problème qui est à la base de la distinction, nécessaire, entre approche interne et externe de l'oeuvre de Tolkien. S'il en avait eut la possibilité, et le temps, Tolkien aurait peut-être pu fournir une version "définitive" de son légendarium (mais cela n'est pas sûr). mais ce n'est pas le cas et ceux qui se penchent sur son oeuvre sont bien obligés de prendre en compte l'énorme quantité de matériel inédits publiés par Ch. Tolkien et l'E.L.F. La distinction entre chronologie fictive et réelle est nécessaire pour pouvoir rendre compte d'un univers un minimum cohérent, ou au moins pour se mettre d'accord sur un "état de monde secondaire" donné, tout comme la linguistique opère une différence entre synchronie - étude d'un état de langue donné - et diachronie - évolution d'une langue dans le temps. Mais comme l'a souligné saussure, une étude en diachronie ne peut se faire que d'après des états synchroniques définis, sinon la réalité apparaît comme confuse et chaotique et l'on ne peut en dégager aucun système.

Ainsi, si l'on prend le cas particulier de l'étude des langues inventées de Tolkien, elles présentent de fait une double diachronie, réelle (la genèse de ces langues par l'auteur) et fictive (l'évolution de ces langues au sein du monde). Or, même si la seconde se veut fidèle à la réalité linguistique (les langues n'évoluent pas par hasard, ni n'importe comment : la plupart des faits obéissent à des "règles", comme les règles d'évolution phonétique), elle est dépendante de la première. Or, cette diachronie réelle n'est en rien comparable à une évolution "normale" : l'auteur est libre de modifier les données à sa guise, et c'est ce que Tolkien a fait tout au long de sa vie, à des degrés divers (cf. l'exemple de qui a signifié "oui", puis "non", puis de nouveau "oui" entre 1930 et 1960). Il n'y a aucune logique ou régularité à cette évolution, si ce n'est la seule volonté de l'auteur et sa liberté. Donc, la dépendance de la diachronie fictive par rapport à la diachronie réelle fait qu'on ne peut étudier la première sans se soucier de la seconde. Et je pense que cela est également valable pour les récits, mais aussi pour l'histoire, la géographie, etc. du monde secondaire.

C'est en ce sens que je considère que la distinction interne/externe est nécessaire dans l'étude des écrits de Tolkien, du moins si l'on se place dans une perspective "interniste". Mais je pense aussi qu'il y a une hiérarchisation des deux approches : l'approche interne est conditionnée par et dépendante de la dimension externe. Si l'on veut atteindre et décrire le monde fictif, on doit se préoccuper de la génétique textuelle des oeuvres.

Toko

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