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Approches interne et externe du monde de Tolkien
Aaah, on ne peut pas partir une semaine en vacance sans etre completement perdu au retour ! Essayons de repondre un peu.

Sur la question des intentions de l'auteur et de a quel point on doit les suivre, je commencerai par une petite citation de Gerard Defaux, parlant de Rabelais mais ca s'applique etonnamment bien a Tolkien : [emphase]« un livre est infiniment plus que la pensee consciente de son auteur ; il est la somme de ce que l'auteur a voulu y mettre et de ce qu'il y a mis sans le vouloir »[/emphase]. Je trouve ca tres juste, et ca implique plusieurs choses. Comme souvent, je vais essayer de prouver que la bonne voie est celle du "juste milieu" (un concept qui me seduit, meme si je l'ai longtemps meprise).

La premiere chose a dire, pour suivre Vincent et Coeur de Canard, c'est qu'effectivement toute l'explication d'une oeuvre ne se trouve pas dans les paroles ou ecrits de son auteur. Cela rejoint bien, il me semble, le concept d'applicabilite, oppose a celui d'allegorie. Sauron n'est pas Hitler, il n'y a pas allegorie, mais enfin il y a bien, il me semble, applicabilite dans une certaine mesure. De meme pour Staline, et d'autres (des presidents americains ? ;-)). En outre, comme le fait remarquer Vincent, les lettres sont des lettres piegees (ah-ah) puisque Tolkien a evolue au cours de sa vie. Il y a une verite a y chercher, mais parfois un auteur peut se tromper sur sa propre oeuvre.

Seulement, il me semble tout de meme que si l'on veut parvenir a la verite, il faut ajouter un peu de nuance a cette premiere idee, et aller dans le sens de Vinyamar. A mon avis, l'applicabilite implique une certaine liberte dans l'interpretation du lecteur, pas pour autant une liberte totale. De meme, pour reprendre les mots de Gerard Defaux, qu'un livre contienne aussi ce que l'auteur y a mis sans le savoir ne signifie pas qu'il y a mis tout et n'importe quoi. Quand je lis par exemple Isabelle Smadja qui ecrit que les ecrits de Tolkien sont motivees par une haine et un mepris fondamentaux a l'endroit du petit peuple, considere comme bon uniquement a servir les bourgeois, et qui fait de Gollum l'exemple type du revolutionnaire ecrase par les puissants (Frodo) et ceux des serviteurs qui sont trop betes pour se rebeller (Sam), je dis halte-la, halte-la, ca n'peut pas s'passer, non ca n'peut pas s'passer comme ca ! Du coup, je suis assez d'accord avec le mot de fidelite lache par Vinyamar (bravo, je trouve qu'il fallait un certain courage pour le faire) : fidelite non pas dans la lettre, puisque Tolkien n'a pas le monopole de l'explication de son oeuvre, mais dans l'esprit, parce que la Terre-du-Milieu nous dit quand meme quelque chose de nous.

Mais encore une fois (ne me faites pas plus carre que je ne suis) cela ne signifie pas que les methodes d'analyse "homologuees JRR" soient les seules valables, ni qu'il ait un monopole d'interpretation...

Pour ce qui est de l'essai et de la methode de brouillon : non, Vinyamar, je refuse de "faire le deuil de la perfection". Je ne peux pas travailler comme ca. L'auteur meme dont nous ne cessons de parler ici contredis il me semble tous tes dires : qui plus que lui a refuse de faire son deuil de la perfection, qui plus que lui a retravaille meme le publie ? Je crois que pour un temps au moins je vais faire de meme. Et puis, j'ai des exemple d'historiens, de tres grands historiens (Henri-Irenee Marrou par exemple) qui ont eux aussi retravaille leurs textes publies, voire qui les ont parfois entierement renies ou presque. On evolue, on s'ameliore, au moins on essaye, et on n'y peut rien. Le mieux est de faire avec, de toute facon ca vaut mieux comme ca.

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