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Les monstres et les critiques
#15
Voici, Vincent, 4 citations que je trouve belles, savoureuses et, pour certaines (3 & 4), fondamentales :

(1)

[citation=— l'anglais et le gallois, MC, p. 205.]Le gallois (...) est encore une langue parlée, et il est peut-être bien vrai que ceux qui l'abordent comme étrangers, aussi bien disposés soient-ils, ne sauraient en atteindre profondément le cœur. Mais un homme devrait regarder par-dessus la haie de la ferme ou du jardin d'à côté — parcelle du pays que lui-même habite et cultive — même s'il ne se permet pas de donner des conseils : il y a beaucoup à apprendre en dehors des secrets intimes[/citation]

(2)

[citation=— Un vice secret, MC, p. 256-257.]C’est certainement la contemplation de la relation entre le son et la notion qui constitue la principale source de plaisir. (...). Il est certain que dans le cas des langues mortes, aucun érudit ne pourra jamais atteindre la position ,de celui qui la parlait, du point de vue purement notionnel de la langue qu'il étudie, ni posséder ou ressentir toutes les connotations sous-jacentes propres à un mot selon les périodes. Reste qu'en compensation , il perçoit les formes lexicales avec une grande fraîcheur. Ainsi, même vue de [257] manière imprécise dans le un miroir déformant de notre ignorance des détails de la prononciation grecque, nous apprécions peut-être la splendeur d’Homère dans ses formes lexicales de façon plus intense ou plus consciente que ne l’appréciaient les Grecs, en dépit des nombreux éléments de poésie qui peuvent nous échapper. Il en va de même pour l’anglo-saxon. Cela est un des arguments réels en faveur de l’étude assidue des langues anciennes, mais qui n’est pas synonyme d’aveuglement — n’allons pas croire que nous éprouvons quelque chose qui n’était pas présent : à une certaine distance, nous sommes en position de mieux voir certains éléments et moins distinctement d’autres.[/citation]

(3)

[citation=— Beowulf : Les Monstres et les critiques, MC, p. 35.]Tout comme ses ancêtres, un chrétien demeurait (et demeure) un mortel prisonnier d’un monde hostile. (…) Cependant, la vision de la guerre évolue : elle commence à se dissoudre, alors même que le combat sur les domaines du Temps prend ainsi son aspect le plus vaste. La tragédie de la grande défaite dans le Temps reste un moment intense, mais finit par cesser d’être importante : ce n’est pas une défaite, car la fin du monde fait partie des desseins de Metod, l’Arbitre qui réside au-dessus du monde mortel. Au-delà se profile une possibilité de victoire éternelle (ou de défaite éternelle), et c’est entre l’âme et ses adversaires qu’a lieu la vraie bataille. Ainsi, les vieux monstres sont devenus les images de l’esprit ou des esprits du Mal, ou plutôt les esprits du Mal se sont incarnés dans les monstres et ont adopté la forme apparente des corps hideux des ogres (þyrsas) et des démons (sigelhearwan) de l’imaginaire païen.[/citation]

(4)

[citation=— l'anglais et le gallois, MC, p. 208, 209, 212, 215.]La langue est le premier facteur de différenciation des peuples — non des “races”, quoi que puisse signifier ce terme fort mal employé dans l’histoire longtemps faite de mélanges de l’Europe occidentale.

(…) Des peuples non des races. Nous parlons d’événements qui sont avant tout une lutte entre les langues. Je m’autorise ici un aparté qui n’est pas sans rapport avec mon sujet principal. Si l’on ne perd pas de vue la langue en tant que telle, alors il faut considérer certains formes de recherche avec prudence, ou du moins ne pas en détourner les résultats.

(…) Je ne suis pas allemand, bien que mon nom de famille soit allemand (anglicisé, comme Cerdic). Mes autres noms sont hébreu, scandinave, grec et français. À part mon nom de famille, je n’ai hérité de rien qui ait à l’origine appartenu à sa langue ou à sa culture, et au bout de deux cent ans, le “sang” saxon et polonais est probablement un composante physique négligeable.

(…) Voilà tout ce que j’ai à dire pour l’heure sur la confusion entre langue (et nomenclature) et “race”, ainsi que sur l’usage romantique impropre des termes “celtique” et “teutonique” (ou “germanique”). Je me suis tout de même trop longtemps étendu sur ces points pour les limites étroites de mon sujet (…), mais je dois alléguer que même si les chiens que je pourchasse peuvent sembler mort à la plupart de ceux qui m’écoutent, ils sont encore bien vivants et aboient dans l’ensemble de ce pays.[/citation]
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