30-06-2006, 01:58
Vincent Wrote:je ne développerai pas ce point ici, mais je ne vois pas d'antipathie de la part de Tolkien. De mémoire : dans la lettre 43 (tu penses à cela ?), il montre le romantisme de certaines conceptions de l'amour
Euh ... (sans rien enlever à ce que tu dis ensuite quant au procédé ...) il en découvre pour le moins la faiblesse et le mensonge :). Entre les deux une inversion remarquable (et remarquablement à la mode) qui retourne : « l'Amour est Dieu ».
[citation=Lettres n° p.76][La romantique tradition chevaleresque] idéalise « l'amour », et à cet égard peut être une très bonne chose, puisqu'elle implique bien plus que le plaisir physique, et impose sinon la pureté, du moins la fidélité, et donc l'abnégation, le « service », la courtoisie, l'honneur et le courage. Sa faiblesse est, bien sûr, qu'il s'agit à l'origine d'un jeu courtois artificiel, d'une façon de goûter l'amour pour lui-même sans tenir compte du mariage (en étant même son contraire). Au centre ne se trouvait pas Dieu, mais les Déités imaginaires, l'Amour et la Dame. Cette tradition tend encore à faire de la Dame une sorte de guide ou une divinité - de l'expression démodée « sa divinité » = « la femme qu'il aime » -, le but ou la raison d'une conduite noble. Cela est, bien sûr, faux et au mieux une chimère (make-believe).[/citation]
Cette inversion qui entend déloger Dieu du centre pour lui substituer une invention sur mesure n'est pas loin de l'idolâtrie (et pour l'ami de Dieu c'est ... mal : à pratiquer encore moins souvent que croiser les effluves pour un ghostbuster :)).
Vinyamar Wrote:Quant à Gauvain, vu cette opposition apparente entre l'amour courtois qui y est célébré et l'antipathie que Tolkien prétend avoir par ailleurs envers cet amour courtois... je ne vois pas très bien.
Ma lecture du commentaire par Tolkien de Gauvain commence à dater un peu, mais et d'une il s'agit de faire la différence entre Tolkien d'une part et l'œuvre et l'auteur dont il est le porte-parole d'autre part, et de deux je ne garde pas comme souvenir que l'auteur y célébrait l'amour courtois, plutôt qu'il s'intéressait à comment il pouvait (ou ne pouvait pas) s'articuler avec une loi supérieure telle que la morale chrétienne. En quelques endroits transparaît cependant la propre idée de Tokien (qui fait sienne celle qu'il revendique pour l'auteur mais pas seulement), et elle me paraît rejoindre exactement ce que nous lisions plus haut :
[citation=MC, p.127]Et sur ce, nous finissons : l'auteur ne nous emmène pas au-delà. Nous avons vu un noble chevalier courtois apprendre à ses dépens les dangers de la courtoisie et le caractère irréel, en dernier ressort, des protestations de « service » complet offert à une dame entendue comme une « souveraine » dont la volonté fait loi. Et dans ce dernier ressort, nous l'avons vu préférer une loi supérieure. Mais bien qu'il se soit montré « irréprochable » selon cette loi supérieure, la dénonciation de ce genre de « courtoisie » allait plus loin et pour finir, il lui a fallu souffrir l'humiliation de découvrir que ce que voulait la dame, c'était en fait sa propre disgrâce, et que toutes ses déclarations d'amour étaient mensongères.[/citation]
Cette disgrâce n'étant pas dissociable de l'inversion idolâtrique dont il est question plus haut.
Vinyamar Wrote:[...] mais nous sommes dans un discours réaliste (un dialogue avec son fils sur le mariage) et non dans l'univers du conte
Mais à quoi alors sert le conte s'il ne nous parle pas ... de ce qui nous parle justement ? :) Si la magie du conte ne peut être employée comme [emphase]« Mirour de l'Omme »[/emphase] ou [emphase]« support du Mystère »[/emphase] (MC, p.157) ? Rejoindre et dépasser le plus brillant discours réaliste, si la réalité a jadis été blessée, par une parole destinée à procurer quelques brefs aperçus, quelques recouvrements [emphase]« des choses comme nous sommes (ou étions) censés les voir »[/emphase] (MC, p.181) ? :)
Partageant l'enthousiasme dit plus haut et ajoutant mes félicitations vives à celles déjà adressées à la traductrice,
Yyr
Parce que j'ai reçu aujourd'hui ... enfin il y a quelques heures ... une magnifique lettre rouge ; elle disait des choses très belles et précieuses. L'une d'entre elles suivait de si peu la parole qui dit :
[citation=1 Jn 4, 8]Dieu est Amour[/citation]

