Merci Sosryko. :-)
Pour Blaise Pascal, à travers l'ordre supérieur de la charité, il est donc question ici du cœur, conçu par Pascal plus ou moins comme étant le moyen intuitif d'une révélation intérieure du Dieu chrétien, et la source de connaissances supposées plus fermes que les connaissances de la raison. On emploie décidément bien souvent improprement la formule pascalienne « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point », puisque par cette formule, Pascal ne faisait que parler du cœur chrétien tourné vers Dieu et non de la question (plus large selon moi) des pensées et actions perçues comme irrationnelles, notamment en matière d'amour. En tout cas, il est donc bien question ici de foi et non de raison, et il n'est donc question d'amour que dans un sens religieux spécifique (l'amour et la charité ne subsument pas à [ou sous] les conceptions théologiques de ces termes, et on peut bien sûr le voir notamment avec Chaplin). Ce que l'on appelle la Charité avec majuscule serait donc, selon Pascal, l'ordre supérieur permettant de dépasser les contradictions et limites de la condition humaine, dominée par l'illusion quelles que soient les capacités de la raison et quels que soient nos occupations ou « divertissements ». La foi en un Dieu tel que le Dieu personnel de la Bible relève-t-elle, elle aussi, du divertissement tel que conçu par Pascal et relève-t-elle donc aussi de l'illusion ? La question ne se posait, semble-t-il, ni pour Pascal, ni pour Tolkien, mais elle n'en reste pas moins une question largement ouverte : tout dépend du goût que l'on a pour les paris, en fonction de ce que l'on croit connaître...
Tout cela me rappelle notamment ce qui distingue Montaigne de Pascal, ce dernier ayant critiqué l'auteur des Essais tout en s'en inspirant. S'agissant de la grâce (ou Grâce) caractérisant Dieu, les deux penseurs se rejoignent, mais pour ce qui est de quoi faire du temps qui nous est imparti à cette aune, ils diffèrent complètement. Comme a pu le résumer Bertrand Vergely, aux yeux de Pascal, Montaigne est trop humain, mais aux yeux de Montaigne, Pascal serait sans doute apparu comme ne l'étant pas assez.
Tolkien ne connaissait peut-être pas plus Blaise Pascal que Friedrich Nietzsche pour ce que l'on en sait... À noter toutefois que Pascal a pu être lu très tôt en Grande-Bretagne, et dès son vivant même, puisque les Provinciales ont fait l'objet d'une première traduction en anglais parue à Londres, chez Royston, en 1657. Pour ce qui est des Pensées, œuvre posthume, elles ont fait l'objet de traductions publiées aux XIXe et XXe siècles, et il était en tout cas possible de les lire en milieu universitaire du temps de Tolkien, au moins en partie si j'en crois cette édition des presses universitaires de Cambridge parue à partir de 1908, et proposant une sélection de textes traduits par Moritz Kaufmann : https://books.google.fr/books?id=pNbs0ge...over&hl=fr
On sait bien sûr que Tolkien pouvait lire le français, mais je ne crois pas qu'un auteur comme Pascal aurait pu lui être connu d'abord autrement que par quelque édition anglophone. Peut-être a-t-il par ailleurs été éventuellement quelque peu initié à la philosophie et à son histoire durant ses études, mais je n'ai jamais vu passer beaucoup d'informations de la part des tolkienologues à propos de ce qu'on lui enseignait exactement à l'époque, toutes disciplines confondues...
En fait, il y a tant d'informations concernant Tolkien que nous ignorons toujours, que ces informations aient été éventuellement négligées par les chercheurs, ou bien ignorées, ou bien encore détruites ou cachées par ailleurs... Quand je lis Tom Shippey déclarant que « a combinaison of circumstances means that we know more about Tolkien than about almost any other author, from any period » (cf. son avant-propos à Tolkien's Library: An Annotated Checklist), je me dis que cela serait bien que quelqu'un se dévoue, un jour, pour modérer quelque peu l'enthousiasme de l'auteur de J.R.R. Tolkien: Author of the Century : non seulement Tolkien ne me parait pas être forcément l'Author du Century, mais je ne crois pas non plus qu'il soit l'auteur dont on connaisse forcément beaucoup plus de choses que l'on en connait s'agissant de « presque n'importe quel autre auteur », toutes périodes confondues ! ^^'
B.
Pour Blaise Pascal, à travers l'ordre supérieur de la charité, il est donc question ici du cœur, conçu par Pascal plus ou moins comme étant le moyen intuitif d'une révélation intérieure du Dieu chrétien, et la source de connaissances supposées plus fermes que les connaissances de la raison. On emploie décidément bien souvent improprement la formule pascalienne « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point », puisque par cette formule, Pascal ne faisait que parler du cœur chrétien tourné vers Dieu et non de la question (plus large selon moi) des pensées et actions perçues comme irrationnelles, notamment en matière d'amour. En tout cas, il est donc bien question ici de foi et non de raison, et il n'est donc question d'amour que dans un sens religieux spécifique (l'amour et la charité ne subsument pas à [ou sous] les conceptions théologiques de ces termes, et on peut bien sûr le voir notamment avec Chaplin). Ce que l'on appelle la Charité avec majuscule serait donc, selon Pascal, l'ordre supérieur permettant de dépasser les contradictions et limites de la condition humaine, dominée par l'illusion quelles que soient les capacités de la raison et quels que soient nos occupations ou « divertissements ». La foi en un Dieu tel que le Dieu personnel de la Bible relève-t-elle, elle aussi, du divertissement tel que conçu par Pascal et relève-t-elle donc aussi de l'illusion ? La question ne se posait, semble-t-il, ni pour Pascal, ni pour Tolkien, mais elle n'en reste pas moins une question largement ouverte : tout dépend du goût que l'on a pour les paris, en fonction de ce que l'on croit connaître...
Tout cela me rappelle notamment ce qui distingue Montaigne de Pascal, ce dernier ayant critiqué l'auteur des Essais tout en s'en inspirant. S'agissant de la grâce (ou Grâce) caractérisant Dieu, les deux penseurs se rejoignent, mais pour ce qui est de quoi faire du temps qui nous est imparti à cette aune, ils diffèrent complètement. Comme a pu le résumer Bertrand Vergely, aux yeux de Pascal, Montaigne est trop humain, mais aux yeux de Montaigne, Pascal serait sans doute apparu comme ne l'étant pas assez.
sosryko Wrote:(Et une question que je ne m'étais jamais posée : Tolkien connaissait-il Pascal ?)
Tolkien ne connaissait peut-être pas plus Blaise Pascal que Friedrich Nietzsche pour ce que l'on en sait... À noter toutefois que Pascal a pu être lu très tôt en Grande-Bretagne, et dès son vivant même, puisque les Provinciales ont fait l'objet d'une première traduction en anglais parue à Londres, chez Royston, en 1657. Pour ce qui est des Pensées, œuvre posthume, elles ont fait l'objet de traductions publiées aux XIXe et XXe siècles, et il était en tout cas possible de les lire en milieu universitaire du temps de Tolkien, au moins en partie si j'en crois cette édition des presses universitaires de Cambridge parue à partir de 1908, et proposant une sélection de textes traduits par Moritz Kaufmann : https://books.google.fr/books?id=pNbs0ge...over&hl=fr
On sait bien sûr que Tolkien pouvait lire le français, mais je ne crois pas qu'un auteur comme Pascal aurait pu lui être connu d'abord autrement que par quelque édition anglophone. Peut-être a-t-il par ailleurs été éventuellement quelque peu initié à la philosophie et à son histoire durant ses études, mais je n'ai jamais vu passer beaucoup d'informations de la part des tolkienologues à propos de ce qu'on lui enseignait exactement à l'époque, toutes disciplines confondues...
En fait, il y a tant d'informations concernant Tolkien que nous ignorons toujours, que ces informations aient été éventuellement négligées par les chercheurs, ou bien ignorées, ou bien encore détruites ou cachées par ailleurs... Quand je lis Tom Shippey déclarant que « a combinaison of circumstances means that we know more about Tolkien than about almost any other author, from any period » (cf. son avant-propos à Tolkien's Library: An Annotated Checklist), je me dis que cela serait bien que quelqu'un se dévoue, un jour, pour modérer quelque peu l'enthousiasme de l'auteur de J.R.R. Tolkien: Author of the Century : non seulement Tolkien ne me parait pas être forcément l'Author du Century, mais je ne crois pas non plus qu'il soit l'auteur dont on connaisse forcément beaucoup plus de choses que l'on en connait s'agissant de « presque n'importe quel autre auteur », toutes périodes confondues ! ^^'
B.

