« La mère de notre hobbit... Mais qu’est-ce que les hobbits ? »
(Bilbo le Hobbit, chap. I)
Je n’ai pas vu le nom de « la fameuse Belladone Touque » dans ce fuseau (peut-être ai-je lu trop vite), mais Tolkien lui attribue précisément le côté aventureux de son fils Bilbo.
« Mais si Bilbo, fils unique de Belladone, ressemblait en tout point par les traits et le comportement à une seconde édition de son solide et tranquille père, il devait avoir pris au côté Touque une certaine bizarrerie dans sa manière d’être, quelque chose qui ne demandait qu’une occasion pour se révéler. »
(ibid.)
Autrement dit, si Bilbo est un Hobbit à part, il le tient de sa mère. Certes, il ne s’agit pas tant de sa mère en particulier que du sang Touque que l’on dit avoir été mêlé à celui d’une fée.
Mais il n’en demeure pas moins que c’est au « fils de Belladone Touque » que Gandalf s’adresse, et non à celui de Bungo Saquet, lorsqu’il lui propose une aventure (en tout bien tout honneur, ça va sans dire ;-)).
J’ignore si on en sait plus sur la mère de Bilbo (mis à part les arbres généalogiques), mais en tout cas, loin de s’opposer à l’aventure, elle en représente l’origine héréditaire.
Je reviens à cette suspension du discours. Tolkien avait déjà eu plusieurs fois l’occasion, en tant que narrateur, de préciser ce qu’est un hobbit au début de son roman.
C’est en mentionnant la mère de Bilbo qu’il en vient à cette précision : parler de la lignée, c’est parler de l’essence, de ce que l’on est. Le nom s’inscrit dans une tradition, qui dit l’histoire. Or, ce qui fait que Bilbo n’est pas un hobbit comme les autres — son côté non-« hobbital » — lui vient de sa mère.
Cette hérédité maternelle se voit éclairée d’un jour particulier si l’on examine le prénom choisi par Tolkien.
« Belladonna » est un nom de plante, conformément à la tradition hobbite. Mais il n’est forcément pas anodin de la part de Tolkien, attaché aux questions de lexique botanique.
Ce terme est d’origine italienne, bella dona, qui signifie belle dame = fair lady.
(Rien à voir pourtant avec le film My fair lady où un linguiste pygmalion décide de transformer une fleuriste du peuple en belle dame de la haute société (Audrey Hepburn), grâce au travail de la parole — cette thèse aurait-elle déplu à Tolkien ?... ;-))
Mais la Belladone se nomme aussi en anglais « deadly nightshade », ce qui donne une tout autre résonance à l’ascendance maternelle de Bilbo. Il est né d’une « mortelle ombre de la nuit » (on croirait presque voir resugir un Nazgûl ;-)
Pire, la Belladone est aussi appelée Atropa, qui vient d’Atropos, l’une des trois Parques, qui fixaient le destin des hommes. Atropos était d’ailleurs celle qui coupait le fil.
Je ne crois pas qu’il faille surdéterminer ce point, encore moins le psychologiser coûte que coûte par rapport à Tolkien lui-même... Reste que la figure maternelle, bien que discrète, est très ambivalente dans le cas de Bilbo.
D’où, peut-être, la rupture du fil qui suit la première mention de la mère du Hobbit.
Sébastien

