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De la Mère dans le Légendaire
#41
Dame Becky,

Je ne condamne pas Morwen. Je lui ressemble trop pour ça (ou peut-être - autopsychologie de bas étage - est ce parce qu'elle me ressemble que ce qui m'énerve chez moi m'énerve chez elle... le problème est sans doute là). Je ne condamne pas non plus Aredhel ni ne veux excuser Eöl qui se comporte en "tyran domestique" plus souvent qu'à son tour (ce qui n'empêche qu'il est vraiment le père du gamin et qu'il y a vraiment un problème quand Aredhel ne cesse de lui parler de son peuple, de son oncle etc... (peuple, sois dit en passant, parmi lequel aussi elle se sentait prisonnière) et de contribuer ainsi à le dresser de plus en plus contre Eöl. Elle le fait "à la maison" (et pour cause), alors qu'Erendis le fait (pour une raison totalement opposée) dans le lieu de vie qu'elle s'est choisi, mais ce n'est pas si différent, fondamentalement. Les enfants de parents qui ne s'aiment pas, ou qui ne s'aiment plus, partent chez Tolkien avec un sérieux handicap dans la vie, handicap qu'ils ne parviennent pas à surmonter par la suite (pas plus les fils de Feanor,d'ailleurs, que Maeglin ou Ancalimë). Et ce n'est pas vraiment différent de ce qui se passe dans la "vie réelle", où, si certains parents ont la sagesse - et l'amour - suffisants pour ne pas "prendre en otage" l'enfant et son affection, la majorité, hélas, tente de "se l'approprier" au détriment du conjoint pas ou plus aimé. Aredhel - même si elle est une elfe - et Erendis sont en ce point ô combien humaines !

Dame Lilotte,

Je ne crois pas qu'on en demande plus à une mère de fiction qu'à une mère réelle. "Dans la vraie vie", une femme - ou un homme - qui ne réussit pas à "surmonter son chagrin" très rapidement après la mort d'un enfant sera très vite condamnée elle aussi. Une condamnation mêlée de pitié, certes, mais une condamnation quand même. Après la mort d'un enfant, on se doit d' "être forte", de vivre "pour ceux qui restent". On "en aura d'autres" (comme si Nienor pouvait remplacer Lalaith... elle ne le peux pas, parce qu'elle est Nienor, PAS Lalaith...). Et que dire d'une mère qui se laisse au sens propre, mais aussi figuré, "mourir de chagrin" comme Rian à la mort de son époux (ce qui est quand même classique de chez classique en littérature)? Là, la condamnation sera sans faille. Non, il ne me semble pas que la majorité des gens demandent plus aux personnages de romans qu'aux personnes "de la vraie vie", sauf peut-être dans les cas de "mésentente conjugale" où l'on est souvent plus compréhensifs.

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