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de la Malédiction
#15
Bonjour,

Oui, c'est bien cela Vinyamar.

L'oeuvre de Tolkien est construite en deux versants. Le premier versant, mythologique (le Silm), narre le récit d'une malédiction originelle qui est le marrissement d'Arda. A compter de ce marrissement, toute matière, tout évènement se retrouve comme traversé de lignes droites provenant du fonds des âges, qui portent en elles les prémisses de catastrophes à venir, comme des potentialités de mal.

Le second versant, qui assume les formes du narratif et de l'histoire (le SdA), raconte comment l'homme prend conscience de cette malédiction (car le récit apporte le sens) et comment il essaie de s'en délivrer en brisant ces lignes droites (en particulier par la destruction métaphorique de l'Anneau) et en y substituant par sa volonté les germes de nouveaux départs (de nouvelles lignes droites, peut-être).

Et le constat auquel arrive Tolkien à la fin du Seigneur des Anneaux est le suivant: (i) c'est par sa pitié et son pardon envers Gollum que Frodo sauve la Terre du Milieu, (ii) cette pitié, cette compassion envers l'autre, cette capacité de donner son pardon, doivent être gravées sans trève sur le frontispice de l'humanité, car les lignes droites provenant du marrissement d'Arda continueront sans trève à nous poursuivre. Ce qu'a fait Frodon, Tolkien nous demande de le recommencer à chaque fois, éternellement, car telle est notre nature qu'il faut sans cesse lutter contre elle. Il faut briser les lignes droites du passé pour y substituer de nouvelles.

Schématiquement, il y a donc chez Tolkien la présence d'un constat (dans le Silmarillion) suivie d'une philosophie pratique (mise en oeuvre dans le SdA) pour remédier à ce constat.

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