Conan existe, et Frodon existe, les deux type de héros sont donc narrativement possibles, et le SdA aurait très bien pu exister avec Boromir pour héros, cassant de l'orque sur son passage. Nous nous accordons tous pour dire que cela a plus de sens si le héros est Frodon (et donc plus de succès auprès du lecteur), mais narrativement ce n'était pas une "nécessité".
Aredwin>>Pour ce qui est de de la Terre Gaste (ou de la Gaste Cité), parler d'une simple malédiction est un peu réducteur à mon goût
Je ne crois pas m'être bien exprimé, parce que la malédiction n'a rien de simpliste ou de réducteur, au contraire ! La malédiction n'EST PAS dans mon propos un mauvais sort lancé par un être malveillant.
La Malédiction (et Semprini l'a bien compris, ouf !) est un état de fait, un mal initial non "naturel", qui permet de provoquer l'aventure. Cet état de fait peut être ou non expliqué (on peut savoir ou non d'où vient cette malédiction) ce qui est là ton propos, mais en fait ce n'est pas important (c'est toujours mieux si on le sait). Les Montaigus et les Capulet se haïssent, peu importe pourquoi au fond ; Grendel attaque le royaume de Beowulf, peu importe de savoir pourquoi ; etc...
Que la malédiction (du Graal) soit infligée au roi pêcheur impotent ou à sa Terre, c'est la même chose, le roi et sa Terre étant liés intimement. Le fait est qu'il y a une malédiction (inconnue) dont il faut sauver le roi et sa terre, en retrouvant le Graal.
Isengar et Semprini,
malédiction et marrissement... Oui, et non. Au moins vous voyez bien de quoi je veux parler, cela se situe effectivement à un tel niveau.
Par contre mon propos (initialement, mais on peut certainement dévier) n'était que de parler du procédé narratif (c'est même pas de l'externalisme, mais du "mécanisme" narratif).
Il y a à la base de toute aventure une Malédiction contre laquelle le (ou les) héros va être en lutte. L'Anneau n'est pas (selon moi) la matérialisation d'une Malédiction plus vaste (même si mythologiquement c'est vrai), parce que d'un point de vue narratif, dans le SdA, la malédiction c'est l'Anneau.
Le marissement est certes une forme de Malédiction, mais il n'est pas utilisé comme moteur par l'auteur ; on ne voit nul héros se démener contre le marrissement du monde (même si c'est suggéré, cela ne constitue en soit aucune aventure, ce n'est pas utilisé comme un procédé narratif).
Ce que je dis ne me semble pas très clair...
Semprini, ton analyse est audacieuse (Kantienne ? :-) ) et pourquoi pas ?
Mais je ne sais pas si le SdA a vraiment cette valeur moralisatrice de nous inciter à faire comme Frodon, à nous libérer constamment de la Malédiction par la compassion et la pitié ; ou plus globalement comme tu le dis, à échapper aux lignes droites de la Malédiction originelle (du marrissement) par des actions de vertus. C'est certainement ce que pensait Tolkien, mais je ne suis pas sûr de trouver un tel message à la fin du SdA.
Je ne suis pas totalement certain que le marissement soit une malédiction suffisante pour provoquer l'aventure du héros. (Et pourtant, la sainteté des religieux ne vient pas d'un autre combat !)
Mais ce que je veux dire, c'est que le marissement a malgré tout laissé le monde dans un état merveilleux. Car c'est Dieu / Eru qui l'a fait, et toutes les entraves de Melkor ne serviront finalement qu'à la Gloire même d'Eru (sans doute en provoquant des héros comme Frodon, qui en luttant contre les lignes droite (pas si droites que ça d'ailleurs) de la Malédiction réhaussent le monde par leur pitié et leur vertu).
Un des talents de Tolkien est justement de nous laisser nous émerveiller à nouveau du monde. Ce mariage entre Merveille et Malédiction est un très vaste sujet, et ce n'était pas tout à fait ce vers quoi je comptais me diriger (mais rien ne l'empêche).
:-)

