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Histoire de distance...
#6
Dans la logique de la traduction-adaptation du Livre Rouge, on peut considérer que Toilkien a converti les valeurs "authentiques" en mesures intelligibles à ses lecteurs anglais. Soit dans le système impérial :

- un mille terrestre (mile) = 5280 pieds = 1 609, 344 m
- une lieue (league) = 24000 pieds = 4 828, 032 m

Soit 3 milles pour une lieue.

La longueur de la lieue a pas mal varié en France selon les époques et même les endroits... Mais elles étaient plus petites que la lieue anglaise dans sa définition actuelle. Rabelais remarquait déjà dans Pantagruel la petitesse des lieues françaises - en revanche on peut avoir quelques doutes sur l'explication qu'il en donnait... :-D (*)

Revient assez souvent aussi le furlong (660 pieds = 201,168 m actuellement), que Francis Ledoux a conservé dans la traduction du fait de l'absence de mesure équivalente dans les anciennes mesures françaises. Il aurait pu toutefois tenter une conversion approximative en mesures françaises anciennes, par exemple en toises; une toise faisait six pieds du Roi (32,46 cm), soit 1,95 m en arrondissant. En traduisant "à un furlong" par "à cent toises" on n'aurait pas été loin du compte... Avis aux réviseurs ;)

Mais en pareille matière, on doit évoquer l'appendice sur "Les mesures linéaires númenoréennes" au chapitre "Le désastre des Champs d'Iris" des Contes et légendes inachevées. On y apprend bien des choses, notamment que "les mesures de distances sont données autant que possible en termes modernes" et que la "lieue" traduit en fait la plus longue mesure de distance dans le système númenoréen, appelée lár en quenya et daur en sindarin (littéralement "pause"). Tolkien spécule sur sa longueur, entre quatre et cinq kilomètres, correspondant en gros à une lieue anglaise... et sur les incertitudes qui pèsent sur ces calculs !

Deux articles intéressants de Wikipédia liés au sujet :

Unités de mesure anglo-saxonnes
Unités de mesure de l'Ancien Régime

B.

(*) Or, en cheminant, voyant Pantagruel que les lieues de France estoient petites par trop au regard des aultres pays, en demanda la cause et raison à Panurge, lequel luy dist une histoire que mect Marotus du Lac, monachus, es Gestes des Roys de Canarre, disant que : " d'ancienneté, les pays n'estoyent distinctz par lieues, miliaires, stades ny parasanges, jusques à ce que le roy Pharamond les distingua, ce que feut faict en la maniere que s'ensuyt ; car il print dedans Paris cent beaulx jeunes et gallans compaignons bien deliberez, et cent belles garses Picardes, et les feist bien traicter et bien penser par huyt jours, puis les appella, et à un chascun bailla sa garse, avecques force argent pour les despens, leur faisant commandement qu'ilz allassent en divers lieux par cy et par là, et, à tous les passaiges qu'ils biscoteroyent leurs garses, que ilz missent une pierre, et ce seroit une lieue.
Ainsi les compaignons joyeusement partirent, et, pour ce qu'ilz estoyent frays et de sejour, ilz fanfreluchoient à chasque bout de champ, et voylà pourquoy les lieues de France sont tant petites. Mais, quand ilz eurent long chemin parfaict et estoient jà las comme pauvres diables, et n'y avoit plus d'olif en ly caleil, ilz ne belinoyent si souvent et se contentoyent bien (j'entends quand aux hommes) de quelque meschante et paillarde foys le jour. Et voylà qui faict les lieues de Bretaigne, de Lanes, d'Allemaigne et aultre pays plus esloignez si grandes. Les aultres mettent d'aultres raisons ; mais celle là me semble la meilleure.
Chapitre 23, Comment Pantagruel partit de Paris, ouyant nouvelles que les Dipsodes envahyssoient le pays des Amaurotes, et la cause pourquoy les lieues sont tant petites en France.

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