Car finalement, pour le lecteur, il n'est vraiment pas nécessaire de comprendre ce que pourrait éventuellement vouloir dire le nom du personnage pour que le texte fonctionne... C'était un peu le ton de mon apostrophe finale : la brève description de la demeure tranquille de Borlas, douce pente bordée d'eau et tonnelle comprises, reprise à deux fois dans le texte, n'est pas sans poésie. Elle englobe le nom de son habitant, plutôt que l'inverse : Ce lieu-là, même succintement décrit, on peut le ressentir.
Mais ce qui me paraît tout aussi intéressant ici, en outre, et que j'aurais pu dire en introduction, c'est que Pen-arduin est un nom qui "sonne" bien. Ce n'est pas un nom volontairement bizarre comme on en trouve tant en S.F. et dans une certaine fantasy (du genre - sans critiquer hein! - F'lar, Jar Jar, Phlox...). Non, c'est un nom évocateur, osons-le presque familier, parce que proche de noms de notre monde "réel".
On pourrait rappeler Pen(n), en breton, c'est la pointe, l'extrémité de quelque chose, et par extension la tête. Penn ar Bed "Le Finistère", pen duik "(la mésange à) tête noire", penn mar'ch "tête de cheval", Paimpol (*Penn-Poul*) "tête de l'étang"... (Parlant d'extrémité, ahem, je suppute que le nom tristement celèbre d'un de nos hommes politiques, breton d'origine, vient aussi de là).
Arduin pourrait faire penser aux noms de famille Arduin, Ardouin, Ardoin, Harduin, Hardouin, Hardoin... Hartwin, du germanique (hard "fort" et win "ami").
Un nom banal, quoi !
Et c'est tant mieux, sans doute, si dans la nomenclature de Tolkien, ce nom a un sens, certes oui, mais un sens tissé dans le récit comme une image.
"si les auteurs de fantasy ne sont pas des philologues comme l'était Tolkien, s'ils ne peuvent pas inventer des langues comme l'a fait Tolkien, sont-ils condamnés à vivre dans l'ombre de la statue du maître, et à écrire des récits pauvres et sans épaisseur ? (...) Les créateurs d'univers de fantasy peuvent-ils s'en sortir, de façon originale, sans être des spécialistes des langues ?"
A te lire, La fantasy serait-elle condamnée, pour n'être ni pauvre ni dénuée d'épaisseur, à devoir inventer des langues? N'en déplaise à Tolkien, je ne le crois pas. L'invention d'une langue (n')est (que) l'un des artifices sous-créateur pour donner une impression de réel au récit. L'un de ceux que Tolkien, par inclinaison naturelle pour un philologue maîtrisant son sujet, a utilisé. Mais il y a des univers de fantasy originaux qui s'en sortent très bien sans y recourir, fonctionnant sur d'autres bases. Pour les autres, peut-être, l'erreur aura justement été de vouloir "recopier" un modèle.
"Sauf erreur de ma part, il me semble t'avoir entendu dire un jour qu'inventer une langue n'est pas, sur le principe, si impossible que cela, même pour quelqu'un qui n'a pas de formation de linguiste ou de philologue... Comment toutefois procéder dans ce cas-là ?"
Je ne sais pas si j'ai dit exactement cela. Ceci dit, je veux bien en reprendre une partie... D'une part, le travail premier d'un linguiste n'est pas d'inventer des langues... D'autre part faut-il être cartographe et géographe expert pour inventer un monde ? Tolkien ne l'était pas, et pourtant ses cartes fonctionnent plutôt bien avec le récit. Faut-il être botaniste pour décrire des plantes "inventées" ? Tolkien ne l'était pas (il avait juste un certaine passion pour le sujet) et pourtant l'alfirin ou l'athelas nous intriguent et nous parlent... etc. Comment procéder dans ces cas-là ? Heh, j'espère que nous ne nous limitons pas uniquement aux connaissances relatives à notre profession... Sinon, nous ne savons vraiment que bien peu de choses !
Didier.

