Comme d'autres tolkiendili, (cf cet essai par exemple), je suis convaincu de la catholicité de l'œuvre de Tolkien, thèse que j'ai défendue dans cet essai et celui-ci.
Un de mes arguments est notamment le thème de la Chute : dans la tradition judéo-chrétienne comme dans l'Ainulindalë, on retrouve bien cette rébellion de l'ange (Lucifer et Melkor). La rébellion des Eldar est aussi évidente. Mais je dois avouer que mon argumentation présentait une faiblesse : quid de la faute originelle des Hommes les ayant éloigné de Dieu, ou d'Eru ? Nous ne disposons pas en effet d'un récit de la Genèse pour l'éveil des Hommes dans le legendarium tolkienien.
Et pourtant, l'Athrabeth nous donne un petit indice... Vers le début du texte, Finrod et Andreth discutent du destin des Hommes, et de la croyance de ceux-ci, partagée par Andrth, que les Hommes étaient destinés à être réellement immortels, et que c'est Morgoth qui les a rendu mortels, en leur laissant leur souvenir d'une "pureté originelle", ce qui laisse Finrod pour le moins perplexe :
[citation]« Non, Andreth, l’esprit assombri et éperdu, s’incliner et pourtant détester ; s’enfuir et pourtant ne pas rejeter ; aimer le corps et pourtant le mépriser, le dégoût de la charogne : ces choses peuvent venir du Morgoth, en vérité. Mais destiner les immortels à la mort, de père en fils, et pourtant leur laisser le souvenir d’un héritage enlevé, et le désir pour ce qui est perdu : le Morgoth pourrait-il faire cela ? Non, dis-je. Et c’est pour cette raison que je disais que si ce que tu dis est vrai, alors tout en Arda est vain, du pinacle d’Oiolossë aux plus profonds abysses. Car je ne crois pas à ce que tu dis. Personne ne pourrait avoir fait cela, à part l’Unique.
« C’est pourquoi je te le dis, Andreth, qu’avez-vous fait, vous les Hommes, il y a longtemps dans les ténèbres ? Comment avez-vous mis Eru en colère ? Car autrement tous vos contes ne sont que des rêves sombres conçus dans un Esprit Ténébreux. Diras-tu ce que tu sais, ou as entendu ? »
« Je ne le dirai pas, » dit Andreth. « Nous ne parlons pas de cela à ceux qui sont d’une autre race. Mais en vérité, les Sages ne sont pas certains d’eux et parlent avec des voix discordantes, car quoiqu’il arrivât il y a longtemps, nous l’avons fuit ; nous avons essayé d’oublier, et nous l’avons essayé si longtemps que maintenant nous ne pouvons nous rappeler aucun temps où nous n’étions pas tels que maintenant, sauf seulement des légendes de jours où la mort arrivait moins promptement et où notre durée de vie était encore bien plus longue, mais la mort était déjà là. »
« Vous ne pouvez vous rappeler ? » dit Finrod. « N’y a-t-il aucun conte de vos jours avant la mort, bien que vous ne les disiez pas aux étrangers ? »
« Peut-être, » dit Andreth. « S’il n’y en a pas parmi mon peuple, alors peut-être parmi le peuple d’Adanel. » Elle devint silencieuse, et contempla le feu.[/citation]
(La traduction est de moi-même, ainsi que l'emphase.)
Ne serait-ce pas ce péché originel, c'est-à-dire cette rébellion, cette rupture de confiance avec Dieu, qui serait évoqué ici ?

