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Le péché originel des Hommes chez Tolkien
#20
:-) poursuivons la disussion...
Druss a dit :
alors Les Hommes ont bien perdu l'immortalité. (tu l'as toi-même soutenu à Silmo plus haut).
Je suppose que tu fais référence à ceci
Silmo a dit :
La mortalité est un don d'Ilúvatar fait aux hommes dès le départ
Auquel cas, je me suis peut-être mal exprimé. Je réessaye donc.

Les hommes sont et ont toujours été mortels (je n'ai pas voulu dire autre chose). Cette mortalité est un don, pas une malédiction.

C'est peut-être de là que vient la confusion : Contrairement à ce qui semble séduisant dans l'immortalité, ce n'est pas un don (en tout cas, pas chez Tolkien) car les immortels voient Arda souffrir et sombrer tandis que les humains ne font que passer.

Comme je le soulignais dans mon premier post, Andreth le confirme dans l'extrait qu'avait fourni Aglarond :"nous ne pouvons nous rappeler aucun temps où nous n’étions pas tels que maintenant, sauf seulement des légendes de jours où la mort arrivait moins promptement et où notre durée de vie était encore bien plus longue, mais la mort était déjà là".

Autrement dit, quelles que soient les légendes inventées par les hommes (immortalité) dont Andreth fait écho, "la mort était là" dès le départ, il n'y a donc pas eu de moment où les hommes étaient immortels.

Ceci est encore confirmé par l'extrait des VT41 traduit par Dior et cité par Aglarond: "la mort (et en particulier la crainte d'elle) s'était abattue sur les Hommes comme une punition ou un résultat de quelque désastre"

Cela ne signifie pas que les hommes sont soudain devenus mortels mais qu'ils ont considéré la mort comme une punition (au lieu d'un DON) et se sont mis à la craindre.

(j'espère que cette fois, j'ai été plus clair :-)).


La question initialement posée par Aglarond, c'est celle de la faute commise par les hommes ("The first Fall" dont Tolkien - dans la Lettre n° 131 - nous dit qu'on ne sait rien) et qui conduit au raccourcissement de leur durée de vie.

1°) S'agit-il d'un acte particulièrement odieux perpétré par les Humains?

On se rapproche alors des croyances et mythes qui débutent par un crime. Exemple: un meurtre, un adultère, un inceste, un massacre ... La liste est longue. C'est celle des tragédies classiques (le meurtre entre frères chez les Atrides; le cannibalisme avec Pélops).
La faute se transforme en malédiction héréditaire et on a un peu ce schéma avec la tuerie d'Alqualondë.

Les sacrifices humains évoqués par Christopher Tolkien (cf. le post de Jean) sont à ranger dans cette catégorie.

Mais si l'on en croit le Conte D'Adanel (avec réserve car ce n'est que de la tradition) : "le Désastre eut lieu au commencement de l'histoire de notre peuple, avant que nul ne soit déjà mort" c'est-à-dire dès les premières générations d'humains, avant que les plus âgés ne meurent.

Ca fait court pour se mettre à massacrer ses semblables!


2°) Est-ce - plus probablement (toujours selon le conte d'Adanel) - le fait de s'être détournés d'Eru lorsque Melkor a appris aux Humains à redouter la mort? Aglarond parle plus haut de mort "devenue terrifiante" à cause de la faute originelle des hommes.

NB Quand elle raconte cela Andreth commence par "Certains disent que...". On est donc bien dans la "tradition" avec sa part d'Histoire et sa part de Mythe.

Dans cette seconde hypothèse, on est plus proche de l'interdit divin. L'interdit des Valar bravé par les Numénoréens fonctionne sur ce principe et constitue la deuxième chute.

Exemples : le vol du feu par Prométhée, celui de l'Ambroisie par Tantale, ou, comme le souligne Aglarond, le fruit défendu d'Adam et Eve pris sur l'Arbre de la Connaissance (Alors le serpent dit à la femme : " Si vous mangez de cet arbre, vous ne mourrez pas, mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez , vos yeux s'ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal" [...] L'Eternel Dieu dit : "Voici, l'homme est devenu comme l'un de nous, pour la connaissance du bien et du mal. Empêchons-le maintenant d'avancer sa main, de prendre de l'arbre de vie, d'en manger, et de vivre éternellement.")

Il s'agit d'un thème fréquent dans les mythologies et dans les religions, qu'on pourrait appeler la perte de l'Innocence (Selon Andreth, la Voix dit aux premiers Hommes "Ne cherchez pas à quitter l'enfance avant votre heure").

Dans le conte d'Adanel (extraits cités par Druss), lorsque Melkor dit aux humains : "Le monde est plein de richesses merveilleuses que la connaissance peut vous livrer. Vous pourriez avoir de la nourriture plus abondante et plus délicieuse que les pauvres choses que vous mangez maintenant. Vous pourriez avoir des habitations de bien-être, dans lesquelles vous pourriez garder la lumière et bannir la nuit. Vous pourriez même être vêtus comme je le suis.", il est le Serpent de la Genèse qui propose des nourritures délicieuses, offre la connaissance et fait prendre conscience aux hommes qu'ils sont nus. Comme le Serpent, il leur fait croire que c'est la Voix qui leur ment jusqu'à ce que les hommes se détournent d'Eru : "nous abjurons la Voix et ne l'écouterons plus".


Au sujet de la longévité des premiers humains dans le Légendaire

Elle est peut-être aussi à associer au fait qu'ils n'étaient pas encore exposés aux maladies, aux meurtres, etc... et, au début au moins, n'étaient pas aussi affectés par le marrissement d'Arda.

Du côté des religions du Livre, je ferais volontiers un parallèle avec Adam (mort à 930 ans) et ses descendants, lesquels auraient ruiné la caisse retraite de la SECU : Mathusalemn le plus connu aurait vécu 969 ans, son fils Lamech 777 ans, son petit-fils Noé 950 ans... et ensuite cela va en décroissant progressivement jusqu'à Abraham 175 ans.


A propos de la Dormition de la Vierge ou des Saints

D'après la page de Wikipédia sur la Dormition, les icônes des chrétiens orthodoxes représentent le Christ venant chercher l'âme de la Vierge sous la forme d'un nouveau-né emmailloté qu'il emporte au Ciel.

A noter que ce motif (qui symbolise l'innocence et la pureté de l'âme) existe également jusqu'à la Renaissance dans l'iconographie catholique (ce que WK oublie de signaler). On le trouve, par exemple, dans le répertoire sculpté de la cathédrale de Strasbourg, cf. ICI ou dans ce tableau d'un élève de Giotto ICI au musée de Chantilly.

Silmo

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