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Le péché originel des Hommes chez Tolkien
#23
Silmo a dit :
1°) S'agit-il d'un acte particulièrement odieux perpétré par les Humains?

On se rapproche alors des croyances et mythes qui débutent par un crime. Exemple: un meurtre, un adultère, un inceste, un massacre ... La liste est longue. C'est celle des tragédies classiques (le meurtre entre frères chez les Atrides; le cannibalisme avec Pélops).
La faute se transforme en malédiction héréditaire et on a un peu ce schéma avec la tuerie d'Alqualondë.

Les sacrifices humains évoqués par Christopher Tolkien (cf. le post de Jean) sont à ranger dans cette catégorie.

Mais si l'on en croit le Conte D'Adanel (avec réserve car ce n'est que de la tradition) : "le Désastre eut lieu au commencement de l'histoire de notre peuple, avant que nul ne soit déjà mort" c'est-à-dire dès les premières générations d'humains, avant que les plus âgés ne meurent.

Ca fait court pour se mettre à massacrer ses semblables!

En fait, il semble que Christopher se soit focalisé sur la fin du Conte d'Adanel, laquelle fin ce qui suit le raccourcissement de la vie des hommes : il faut donc accepter que ces premiers crimes ont eu lieu avant la disparition des premières générations des hommes.

Lorsque le coeur en sous l'ombre de Melkor, le temps n'est jamais trop court pour se mettre à massacrer ses semblables!

Nous n’entendîmes plus jamais la première Voix, excepté une fois. Dans le calme de la nuit, Elle a parlé, disant : « Vous M’avez abjuré, mais vous demeurez Miens. Je vous ai donné la vie. Désormais, elle sera réduite, et chacun d’entre vous dans peu de temps viendra à Moi, pour apprendre qui est votre Seigneur : celui à qui vous rendez un culte, ou Moi qui l’ai façonné ».
Alors notre terreur de l’Obscurité augmenta ; car nous croyions que la Voix était celle de l’Obscurité au-delà des étoiles. Et certains d’entre nous commencèrent à mourir dans l’horreur et l’effroi, craignant de partir pour entrer dans l’Obscurité. Alors nous appelâmes notre Maître pour nous sauver de la mort, et il ne répondit point. Mais lorsque nous allâmes à la Maison et que nous nous prosternâmes tous, enfin, il vint, puissant et majestueux, mais son visage était cruel et fier.
« Maintenant, vous êtes Miens et devez faire Ma volonté », dit-il. « Je ne me préoccupe pas que certains d’entre vous meurent et aillent apaiser la faim de l’Obscurité ; car sinon vous seriez bientôt trop nombreux, rampant comme des poux sur la terre. Mais si vous ne faites pas Ma volonté, vous sentirez Ma colère, et vous mourrez plus tôt encore, car je vous tuerai. »
Par la suite, nous fûmes gravement affligés, par l’épuisement et la faim et la maladie ; et la Terre et toutes choses en elle furent irritées contre nous. Le Feu et l’Eau se rebellaient contre nous. Les oiseaux et les bêtes nous évitaient, ou, s'ils étaient forts, nous assaillaient. Les plantes nous donnaient du poison ; et nous craignions les ombres sous les arbres.
Alors nous aspirâmes à notre vie telle qu’elle était avant la venue du Maître ; et nous le haïssions, mais ne le craignions pas moins que l’Obscurité. Et nous répondions à ses exigences, et plus que ses exigences ; car quoi que nous pensions pouvoir lui plaire, fusse malsain, nous le faisions, dans l'espoir qu’il allégerait nos afflictions, ou, tout au moins, qu’il ne nous tuerait pas.
Pour la plupart d’entre nous ce fut en vain. Mais il commença à montrer de la faveur à certains : aux plus forts et aux plus cruels, et à ceux qui allaient le plus souvent à la Maison. Il leur donna des dons, et une connaissance qu’ils gardaient secrète ; et ils devinrent puissants et fiers, et ils nous asservirent, de sorte que nous ne retirâmes aucun repos de notre travail à cause de nos afflictions.
Alors s’élevèrent certains parmi nous qui, dans leur désespoir, dirent ouvertement : « Maintenant nous savons enfin qui a menti, et qui a désiré nous dévorer. Non pas la première Voix. C’est le Maître que nous avons pris qui est l’Obscurité ; et il n’est pas venu d’elle, comme il l’a dit, mais il a sa demeure en elle. Nous ne le servirons plus désormais ! Il est notre Ennemi ».
Alors dans la crainte qu’il pût les entendre et qu’il nous punît tous, nous les tuâmes quand c’était possible ; et ceux qui se sauvaient, nous les chassions ; et ceux qui étaient capturés, nos maîtres, ses amis, ordonnaient qu’ils fussent conduits à la Maison et là qu’ils fussent mis à mort par le feu. Cela lui plaisait grandement, disaient ses amis ; et, en effet, pendant un temps, il sembla que nos afflictions furent allégées.
Mais on raconte qu’il y eut un petit nombre qui nous échappèrent, et s’en allèrent dans des pays lointains, fuyant l’ombre. Pourtant ils n’échappèrent pas à la colère de la Voix ; car ils avaient bâti la Maison et s’étaient prosternés à l’intérieur. Et ils parvinrent enfin à l’extrémité de la terre et aux rivages de l’eau infranchissable ; et voici que l’Ennemi les avait précédés !
Conte d'Adanel HoMe X (trad. Yyr et Sosryko)


La chute des hommes en Arda est donc suivie par le crime : on retrouve l'enchaînement biblique (chute du premier couple, meutre d'Abel par son frère), mais pour des raisons différentes : le crime de Cain est motivé par jalousie, celui des premiers hommes d'Arda par idolatrie -- par peur de leur nouveau seigneur et pour plaire à Melkor.

Pour enchaîner sur le post précédent de Tar Palantir, ll est là le "Désastre (...) au commencement de l'historie de notre peuple", dans l'idolâtrie qui a consisté à prendre la Voix pour l'Obscurité et Melkor comme Maître : « Maintenant nous savons enfin qui a menti, et qui a désiré nous dévorer. Non pas la première Voix. C’est le Maître que nous avons pris qui est l’Obscurité ; et il n’est pas venu d’elle, comme il l’a dit, mais il a sa demeure en elle. Nous ne le servirons plus désormais ! Il est notre Ennemi »

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