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Médecine en Terre du Milieu
#2
La représentation de la médecine en Terre du Milieu

Après multiples recherches dans le forum, je n'ai pas retrouvé de fuseau concernant la médecine en Terre du Milieu, hormis celui intitulé « le don de guérison des Elfes » (septembre 2004). Par ailleurs, je citerai comme source l'article de Jérôme Coudurier-Abaléa « Médecine et guérison dans le Seigneur des anneaux » (Tolkien et le Moyen-Âge, Léo Carruthers et al.).

N'ayant pas encore eu le temps de lire les HoME, je me baserai d'abord sur :
- Le Seigneur des Anneaux (un tome) - Christian Bourgeois
- Le Silmarillion, contes et légendes inachevés (édition compacte) - Christian Bourgeois

D'abord, un petit résumé de l'article de Jérôme Coudurier-Abaléa.

Il y expose d'abord que, par rapport à d'autres sujets, la médecine et le soin sont sous représentés dans le SdA.

Ensuite, il se livre à une comparaison avec la médecine médiévale.
Il ressort que, dans le SdA, il attribue la chirurgie aux Eldar (Elrond et Frodo), l'utilisation des simples (« plantes médicinales ») aux hommes (Aragorn), et la guérison de l'esprit à Gandalf (et Théoden), ce qui correspond aux différentes professions qui s'occupaient de la santé au moyen-âge. De plus, il évoque la présence des « invocations » (paroles d'Aragorn contre le souffle Noir) comparées aux prières ou plutôt aux rituels chamaniques.
Mais il souligne l'absence de doctrine théorique encadrant les savoirs et les pratiques (par exemple la théorie des humeurs), en opposition à la médecine médiévale, très structurée sur le plan doctrinal (quel qu'il fusse, il y en a eu plusieurs).

En conclusion, il oppose donc la médecine médiévale, très complexe au plan théorique, mais inefficace, à la médecine de la Terre du Milieu, très efficace, mais non structurée, sans base théorique, décrite comme « une compilation de remèdes connus ».

Si on élargit l'étude aux autres livres du Légendaire, on arrive très vite en opposition avec les attributions des différentes tâches médicales en fonction des races. En effet, dans le Silmarillion, on voit régulièrement les Eldar utiliser des plantes à des fins médicales : Luthien sur Beren (Quenta Silmarillion, ch XIX), ainsi que des hommes réaliser des « gestes techniques » (terme barbare médical actuel pour tous les soins instrumentaux : chirurgie, pansements...), comme Niniel qui panse Turambar (Silmarillion ch. XXI et CLI 1).
En revanche, rien ne vient s'opposer à l'absence de doctrine théorique régissant la médecine dans son ensemble.

En ré-étudiant les occurrences du soin dans les oeuvres du Légendaire (hors HoME), on peut s'orienter vers plusieurs manières de soigner :

1- L'art de guérir,
2- Un pouvoir de guérison intrinsèque,
3- Un pouvoir de guérison extrinsèque,
4- Les artefacts.

1- L'art de guérir

On peut le diviser en deux : les soins techniques, avec de nombreuses occurrences de pansements, une attelle; et au recours à des herbes, ainsi qu'aux potions et au lembas.

Durant le premier Âge, on retrouve plusieurs pansements de Luthien à Beren (Silm. XIX), les soins non définis apportés par Beleg envers Turin, Gwindor, Androg (Silm. XXI et CLI 1) rapportés à l'art de la guérison, les soins apportés par Turin à Beleg (Silm. XXI), ceux apportés à Niniel par Brandir. On voit aussi Niniel panser la main de Turambar.
De la méthode, hors des pansements, on ne saura que peu de choses, sauf que Luthien utilise des herbes apportées par Huan lors de la blessure de Beren par Curufin, et que Beleg utilise des lembas pour soigner les compagnons de Turin et Gwindor (Silm. XXI). Enfin, il est dit qu'il est « un maître en l'art de guérir » (Silm. XXI et CLI 1).

Les écrits du second Âge n'apportent pas de précision sur des soins particuliers (l'Akallabeth, les CLI 2).

Au troisième Âge, on retrouve les informations les plus nombreuses.
Elrond soigne la blessure empoisonnée de sa femme (appendice B du SdA).
Aragorn panse et utilise de l'Athelas sur Frodo (SdA I,12), Elrond ôte la pointe de la lame de Morgul (II,1). Gandalf donne du Miruvor aux hobbits (II,3). Aragorn panse avec de l'Athelas Sam et Frodo (II,6). Les orques pansent Merry et donnent aux hobbits une potion stimulante (III,3). Gimli a un pansement sur le front au Hornburg (III,8). Enfin, on apprend que dans les maisons de guérison, la « médecine de Gondor était encore sagace et habile à la guérison des blessures et contusions comme des maladies [...] ». C'est là qu'on met une attelle à Eowyn et qu'on panse la blessure par flèche de Faramir (V,8). On y apprend aussi qu'ils y gardent une « réserve des herbes de guérison », qu'ils peuvent utiliser « en infusion ». Enfin, Aragorn soigne Frodo, Sam et Pippin, d'une manière indéterminée, avant la cérémonie de Cormallen (VI,4).

Tout ceci peut être désigné comme « art de guérir » car conséquence d'un savoir et d'un savoir-faire qui sont appliqués. A noter qu'il est attribué tant aux Eldar qu'aux humains, avec une forte probabilité que celui des humains provienne des Eldar : Turin a grandi en Doriath, Aragorn à Imladris, les hommes de Gondor ont hérité leur savoir de Numenor, vient-il précédemment des Eldars ?

2- Le pouvoir de guérison intrinsèque
(Laegalad l'appelait "autocentré" dans le fuseau "don de guérison")

Il désigne la capacité des enfants d'Iluvatar à guérir tout seuls. On sait donc que les elfes « ne peuvent mourir de maladie ou infection » mais que les hommes sont « sujets à de nombreuses maladies » et « guérissent lentement » (Silm. XII).
Ainsi, Maedhros guérit de la section de sa main par Fingolfin car « il a en lui la flamme de vie » et « la force de ceux qui ont grandi à Valinor » (Silm. XIII). Par ailleurs, Beleg blessé guérit par ses soins mais aussi car c'est « un des plus grands elfes » de la Terre du Milieu, et qu'il en a « pouvoir [comme] les Elfes des temps anciens » (Silm. XXI et CLI 1).

En conséquence, si les Eldar sont résistants aux blessures et aux maladies, c'est en rapport avec leur constitution même de Premiers-Nés, renforcée par l'exposition à la lumière de Valinor.

3- Le pouvoir de guérison extrinsèque

Là apparaît une capacité à soigner qui sort d'un acte « explicable ». En plus d'un savoir-faire certain, parfois, le soin réclame une composante supplémentaire désigné comme un pouvoir de guérison. Ainsi, Luthien peine à soigner Beren devant les portes d'Angband « grâce à son pouvoir affaibli » (Silm. XIX). Mais c'est dans le SdA qu'on retrouve les occurrences les plus nombreuses. Glorfindel apaise la douleur de Frodo par toucher et Aragorn par une chanson (SdA I, 11&12). Mais c'est à Minas Tirith qu'on retrouve majoritairement ces « pouvoirs », dispensés par Aragorn et les fils d'Elrond. Ils soignent de nombreuses personnes du souffle noir : Faramir, Eowyn et Merry en les « rappelant », par paroles et toucher puis d'autres gens de Gondor (SdA V,8). A noter que ce don de guérison s'applique non pas à des pathologies communes (pour lesquelles la médecine de Gondor conserve son efficacité, cf la description des maisons SdA V,8) mais aux maladies venant de l'Ombre.

4- Les artefacts

D'abord, l'Elessar, de qui, selon les CLI 2, « les mains qui touchaient la pierre apportaient aux autres guérison de tous les maux », sachant que les CLI 2 ne concluent pas que l'Elessar d'Aragorn est celui décrit (il y a deux versions différentes, l'une disant que l'Elessar original est resté avec Eärendil et que celui d'Aragorn est une copie, l'autre que Gandalf/Olorin a rapporté l'Elessar original de l'Extrême-Occident à Galadriel, qui est passé à Celebrian puis à Arwen puis à Aragorn). Dans le deuxième cas, on peut alors attribuer au moins une part du pouvoir de guérison d'Aragorn à la pierre, dans le premier, Aragorn est alors « seul responsable » de son pouvoir de guérison.

Pour les Anneaux Elfiques, il est dit qu'ils empêchent la course du temps mais je n'ai pas rencontré d'allusion claire à un pouvoir de guérison sur les êtres provenant de ces anneaux.

Voilà pour l'état des lieux. (Ouf !)

L'interprétation, maintenant. D'abord des explications de Tolkien.

Dans les Laws and Customs among the Eldar (HoME 10, part 3, second phase), Tolkien nous explique que « l'art de guérir et tout ce qui concerne les soins du corps » est pratiqué surtout par les Nissi (les femmes) car c'étaient « les hommes qui portaient les armes en cas de besoin » et que les Elfes croyaient que « donner la mort, même en cas de nécessité, diminuait le pouvoir de guérison » (la traduction est approximative, et de moi, mais j'ai conscience que certains ne sont pas anglophones !). On sait aussi que de « nombreux hommes-elfes étaient de grands guérisseurs et expérimentés dans la connaissance des corps vivants (living bodies, je ne vois pas comment traduire autrement) » mais que ceux-ci ne chassaient pas ni ne faisaient la guerre car le fait de donner la mort diminuerait leur pouvoir de guérison. Et c'est tout.

On sait aussi que chez les Quendi, le fëa (l'âme) habite le hröa (le corps), et que le temps améliore le contrôle du premier sur le deuxième.

Dans ce cas, on peut supposer que :
mon point n°2 résulte du contrôle accru du fëa sur le hröa (comme le suggéraient avec justesse Dior et Yyr dans le fuseau « don de guérison des Elfes », à la fin), d'où la notion que ceux qui ont été exposés à la lumière de Valinor guérissent plus facilement (lumière qui aurait renforcé le lien fëa / hröa et le contrôle du premier sur le deuxième) et que Beleg, en tant que « un des plus grands elfes », est dans le même cas.

Mais alors, mon point n°3 peut-il s'expliquer par une capacité à extérioriser le pouvoir de guérison évoqué dans le laws and customs ? Si ce pouvoir est « produit » par le fëa, on peut donc aisément comprendre que son atténuation par le fait de « donner la mort » rend plus difficile sa délivrance aux autres.

Et tout ça n'explique pas mon point n°1, hormis la « connaissance » (lore en anglais) et « l'expérience » des guérisseurs elfes dans le law and customs (tiens tiens, comme du savoir et du savoir-faire ?) dont l'origine est indéterminée. Pour les Calaquendi, peut-être ont-ils bénéficié des enseignements d'Estë, femme d'Irmo, qui « soigne tous les maux et les fatigues »... Mais pas les Moriquendi, dont fait partie Beleg...

Dans une deuxième partie, on pourra revenir sur le personnage d'Aragorn qui se plaît à être l'exception qui confirme la règle.

Qu'en pensez-vous ?
T., guérisseur dans le civil

PS : vous noterez que jamais je n'utilise le terme "magique" pour la simple et bonne raison que Tolkien non plus pour décrire des maux ou maladies.

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