18-05-2009, 13:01
Il est nécessaire de saisir l’enjeu fondamentalement aliénant et tragique de la Machine chez Tolkien pour comprendre son besoin de liberté et de cette [emphase]« Fantasy créatrice [qui] peut ouvrir [n]otre trésor et laisser s’envoler toutes les choses qui s’y trouvaient enfermées comme des oiseaux en cage »[/emphase] (MC, p. 182). Ce qui distingue alors le propos Tolkien de celui des intellectuels ou philosophes sur la technique, c’est que la réflexion apparaît sous la forme d’une narration ou d’un commentaire du « mythe » :
La [emphase]« faim »[/emphase] des contes de fées — compris comme pratique mytho-poétique et goût pour cette poétique — est une des rares réponses valables en face de l’appel à œuvrer dans une création déchue. L’acte poétique est cette technique originelle, qui n’a rien à voir avec la technique moderne, susceptible de manifester la vérité, la beauté, l’humilité (MC, p. 182) et l’amour (Smith, p. 101) dont l’homme a vitalement besoin.
Pour surmonter la Machine qui impose une vie spirituelle de nudité et de ténèbres, il est alors nécessaire de recouvrer une [emphase]« vision claire »[/emphase] (MC, p. 181) et l’[emphase]« amour nouveau »[/emphase] des êtres et du monde qui lui est indissolublement lié (L246, p. 463) :
« (…) toute tentative pour expliquer la portée du mythe ou du conte de fées doit recourir au langage allégorique. (…) De toute façon tout ceci se rapporte essentiellement à la Chute, à la Mortalité et à la Machine. »
(L131, Lettres, p. 210 = Letters, p. 145)
La [emphase]« faim »[/emphase] des contes de fées — compris comme pratique mytho-poétique et goût pour cette poétique — est une des rares réponses valables en face de l’appel à œuvrer dans une création déchue. L’acte poétique est cette technique originelle, qui n’a rien à voir avec la technique moderne, susceptible de manifester la vérité, la beauté, l’humilité (MC, p. 182) et l’amour (Smith, p. 101) dont l’homme a vitalement besoin.
« Quant à savoir qui en sera le lecteur ? Le monde semble être en passe de devenir de plus en plus divisé en deux factions impénétrables, les Morlocks et Eloi, et les autres. Mais ceux qui ont le moindre goût pour ce genre de chose l’ont vraiment, et ne peuvent jamais en avoir trop, ou en quantité suffisante pour apaiser leur faim. (…) Mais là où il est présent, cet engouement n’est pas limité par l’âge ou la profession (à moins d’exclure ceux qui se consacrent exclusivement aux machines). »
(L109, Lettres, p. 178 = Letters, p. 121)
Pour surmonter la Machine qui impose une vie spirituelle de nudité et de ténèbres, il est alors nécessaire de recouvrer une [emphase]« vision claire »[/emphase] (MC, p. 181) et l’[emphase]« amour nouveau »[/emphase] des êtres et du monde qui lui est indissolublement lié (L246, p. 463) :
« Nous devons de nouveau regarder le vert et de nouveau être éblouis (mais non aveuglés) par le bleu, le jaune et le rouge. Nous devons rencontrer le centaure et le dragon, puis soudain, apercevoir peut-être, tels les bergers d’antan, moutons, chiens et chevaux — ainsi que loups. C’est ce recouvrement que le conte de fées nous aide à réaliser. »
Il ne s’agit ni de prêcher un illusoire et impossible retour à la nature, ni d’identifier la nature au bien en réaction au mal que représente la Machine pour l’homme et pour la terre, mais par le [emphase]« re-gain (…) d’une vision claire »[/emphase] (id.), d’accéder à une pensée libérée de la Machine, esprit de puissance et de domination sans frein :
[citation=Bernard Charbonneau, Le Jardin de Babylone (1969), Paris, L’Encyclopédie des nuisances, 2002, p. 251]« Le premier devoir d’une conscience et d’une défense de la nature est donc de liquider cette imagerie du “retour à la terre” ou des idylles rousseauistes qui nous empêche de l’aimer pour ce qu’elle est. La nature n’est pas bonne, elle porte comme nous la marque de l’inachèvement et de la mort. Mais si nous l’aimons pour elle-même — et non quelque reflet anthropomorphiques de nos désirs —, alors nous apprendrons que c’est ainsi qu’elle nous donne la vie. Il nous faut découvrir jusqu’au bout la nature, c’est-à-dire la tension, créatrice de liberté, que la divinisation comme la destruction de nos rapports avec le cosmos feraient disparaître. Cette tension est toujours à surmonter, [et] ce n’est que s’il est capable de se dominer [que l’homme] pourra désormais continuer de dominer la terre. »[/citation]
Tolkien ne dit rien d'autre, mais cela, plusieurs l'ont déjà dit en ces lieux, déjà ;-)
S.
That's all folks ! :-)
(
Il ne s’agit ni de prêcher un illusoire et impossible retour à la nature, ni d’identifier la nature au bien en réaction au mal que représente la Machine pour l’homme et pour la terre, mais par le [emphase]« re-gain (…) d’une vision claire »[/emphase] (id.), d’accéder à une pensée libérée de la Machine, esprit de puissance et de domination sans frein :
[citation=Bernard Charbonneau, Le Jardin de Babylone (1969), Paris, L’Encyclopédie des nuisances, 2002, p. 251]« Le premier devoir d’une conscience et d’une défense de la nature est donc de liquider cette imagerie du “retour à la terre” ou des idylles rousseauistes qui nous empêche de l’aimer pour ce qu’elle est. La nature n’est pas bonne, elle porte comme nous la marque de l’inachèvement et de la mort. Mais si nous l’aimons pour elle-même — et non quelque reflet anthropomorphiques de nos désirs —, alors nous apprendrons que c’est ainsi qu’elle nous donne la vie. Il nous faut découvrir jusqu’au bout la nature, c’est-à-dire la tension, créatrice de liberté, que la divinisation comme la destruction de nos rapports avec le cosmos feraient disparaître. Cette tension est toujours à surmonter, [et] ce n’est que s’il est capable de se dominer [que l’homme] pourra désormais continuer de dominer la terre. »[/citation]
Tolkien ne dit rien d'autre, mais cela, plusieurs l'ont déjà dit en ces lieux, déjà ;-)
S.
That's all folks ! :-)

