23-02-2011, 07:21

Laegalad Wrote:Et pour finir : ce n'est pas la machine, qui aliène. C'est le travail.
Parlons un peu aliénation par le travail alors ;-)
Comme, moi aussi, je croule sous le mien, de travail, je ne peux que mettre en forme quelques citations relevées dans les dernières pages d'un livre de Jean Vioulac (histoire de vous changer d’Ellul, des écrivains et des poètes ;-)), livre dont j’ai beaucoup apprécié la lecture (difficile pour moi, n'ayant pas/plus tous les outils philosophiques nécessaires, mais ce que j’ai compris et/ou qui m’a parlé m’a beaucoup intéressé :
[citation=Jean Vioulac, L’Époque de la technique, Marx, Heidegger et l’accomplissement de la métaphysique, Paris, PUF, 2009 (Épiméthée)]Marx insiste sur le fait que le [emphase]« développement du moyen de travail en machinerie n’est pas fortuit pour le capital mais il est la réorganisation historique du [294] moyen de travail traditionnel légué par le passé, qui se voit remodelé de manière adéquate au capital »[/emphase] : la machinerie constitue alors [emphase]« la forme la plus adéquate du capital en général (…) »[/emphase] (*), elle n’est rien d’autre que la matérialisation du concept de capital.
[294] (…) L’automatisme est l’essance même du capital, et le capital est lui-même un automate ; Marx le répète sans cesse : l’argent ne devient capital qu’au moment exact où sa tendance à l’accroissement fonctionne [emphase]« comme un automate (als Automat) »[/emphase] (1) et où la valeur devient [emphase]« un sujet automate (Automatisches Subjekt) »[/emphase] (2). Le capital est ce sujet automate : il est [emphase]« fétiche automatique (automatische Fetish) »[/emphase] (3), une [emphase]« substance motrice [295] d’elle-même »[/emphase] (4) (…)
[295] (…) Notre époque est donc celle de la technique parce que son essance même est automatique : elle n’est pas technique parce que s’y rencontrent des machines, ni même parce que ne s’y rencontrent que des machines, mais parce que l’instance même de production de l’étant est elle-même objective, artificielle et automatique (…)
[295] (…) La rotation automatique est l’acte même du capital comme autovalorisation infinie qui ne subsiste que dans le mouvement incessant de la circulation : le moteur est alors la matérialisation du [emphase]« perpetum mobile de la circulation »[/emphase] (5)
[295] (…) Le règne des machines motorisées est imposé par l’essance automotrice du capital. Ainsi les progrès fulgurants des moyens de communication et de circulation au XXe siècle [296] ne sont rien d’autre que le déploiement systématisé de cette essance, qui pose sa propre spatialité. [emphase]« La tendance à créer le marché mondial est immédiatement donné dans le concept de capital. Chaque limite y apparaît comme un obstacle à franchir »[/emphase] (6) : le capital se déploie comme illimitation inconditionnée qui fait voler en éclats toute contrée et tout monde. Ne subsiste alors que le continuum de la zone de circulation, où permutent incessamment hommes et choses. Or la vitesse de ces échanges est facteur direct du taux de valorisation ; l’extension au maximum de l’espace est strictement liée à une réduction au minimum du temps : [emphase]« Si donc le capital tend, d’une part, nécessairement à supprimer toutes les limites spatiales qui s’opposent au trafic, c’est-à-dire l’échange, et à conquérir la terre entière comme son marché, il tend, d’autre part, à anéantir l’espace par le temps (den Daum Zu vernichten durch die Zeit), c’est-à-dire à réduire au minimum le temps que coûte le mouvement d’un lieu à un autre. »[/emphase] (7) Ce n’est que parce qu’il déploie le tout en zone de circulation dont la vitesse détermine la survaleur que le capital impose la production en masse de moyens de circulation : [emphase]« Il est dans la nature du capital de se propulser au-delà de toutes les limites spatiales. La création des conditions physiques de l’échange — des moyens de communication et de transports — devient donc dans une tout autre mesure une nécessité pour lui — l’anéantissement de l’espace par le temps (die Vernichtung des Raums durch die Zeit). »[/emphase] (8) Les caractéristiques de la totalité planétaire contemporaine — l’information en continu et en temps réel, la communication en direct, la démultiplication et l’accélération des mouvements, la mobilité de tous et de tout — procèdent ainsi de l’essance spécifique du capital, qui produit le tout de l’étant, non plus comme un monde, mais comme une vaste machinerie, où le tout est fragmenté en particules élémentaires mises en mouvement pour produire de la valeur. La zone urbaine planétaire, en tant qu’échangeur et circulateur, n’est rien d’autre que la machinerie adéquate au capital : un immense accélérateur de particules.[/citation]
[séparation]
[citation=Tolkien, L53, Lettres, p. 99-100]« Plus les choses prennent de l’ampleur, plus le globe rapetisse et se ternit. Tout est en passe de devenir une seule petite banlieue desséchée de province. Quand ils auront introduit (…) la production de masse à travers le Proche-Orient, le Moyen-Orient, l’Extrême-Orient, l’URSS, la pampa, el Gran Chaco, le bassin du Danube, l’Afrique Équatoriale, çà et là et à travers le pays Mumbo intérieur, le Gondwana, Lhasa et les villages du plus profond du Berkshire, comme nous serons heureux. En tout cas, cela devrait réduire les voyages. Il n’y aura plus nulle part où aller. Alors les gens iront (je pense) d’autant plus vite. »[/citation]
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(*) Marx, Grundrisse, MEW 42, p.594 ; trad. franç. p. 186. MEW = Marx Engels Werke, Berlin, Dietz-Verlag, 1961-1968 ; les Editions sociales pour la traduction française.
(1) Marx, Critique de l’économie politique, MEW 13, p. 109 ; trad. franç. p. 390.
(2) Marx, Le Capital, MEW 23, p. 169 ; trad. franç. p. 173.
(3) Marx, Théories sur la plus-value, MEW 26.3, p. 447 ; trad. franç. t. III, p. 538.
(4) Marx, Le Capital, MEW 23, p. 169 ; trad. franç. p. 174.
(5) Ibid., p. 144 ; trad. franç. p. 147.
(6) Marx, Grundisse, MEW 42, p. 321 ; trad. franç. t. I, p. 347.
(7) Ibid., p. 445 ; trad. franç. t. II, p. 32.
(8) Ibid., p. 430 ; trad. franç. t. II, p. 17.

