23-02-2011, 07:25
[citation][297] La mise au jour de l’essance automatique et machinique du capital permet de récuser la légende naïve du « progrès » qui voit dans les « nouvelles technologies » de simples effets, en soi neutres, de l’ingéniosité humaine, dont ensuite on découvrirait incidemment l’application.
[297] (…) La révolution industrielle ne procède pas de l’apparition de nouvelles techniques, mais à l’inverse l’utilisation de machines dans la production présuppose que soit déjà accomplie la soumission de la production à la logique automatique du capital. En d’autres termes, la subsomption réelle (des hommes à la machinerie) suppose la subsomption formelle (des hommes au capital). Pour que la machine intègre massivement le système productif, il faut que celui-ci ait changé de nature et de structure, qu’il se soit lui-même mécanisé et automatisé, c’est-à-dire que l’homme ne soit plus sujet du processus, détenteur à la fois de l’habileté, de la manière et du savoir-faire, mais simple moyen d’un système autonome, et moyen lui-même abstrait et mécanisé (…)
[298] (…) La révolution industrielle ne procède pas de l’invention miraculeuse de telle ou telle machine, mais de la mécanisation de l’individu vivant, c’est-à-dire l’intégration de la praxis elle-même dans le champ du machinable : ce n’est qu’à partir du moment où les hommes sont devenus matériel humain qu’ils peuvent effectivement travailler comme [emphase]« machines vivantes »[/emphase] (9), servants des machines et fonctionnaires de la machinerie.
[298] (…) Marx répète inlassablement que cette suprême aliénation du vivant qu’est son abstraction et sa mécanisation concerne autant la victime que le profiteur du système : [emphase]« le prolétaire n’est qu’une machine à produire de la survaleur, le capitaliste n’est également qu’une machine à transformer cette survaleur en capital »[/emphase] (10).
[299] (…)[emphase]« Des mathématiciens et des mécaniciens, dont l’opinion est reproduite par quelques économistes anglais, définissent l’outil une machine simple, et la machine un outil composé. Pour eux, il n’y a pas de différence essantielle. »[/emphase] (11)
[299] (…)
Or c’est bien cette [emphase]« différence essantielle »[/emphase] [qui consiste à] déposséder les travailleurs particuliers de leur statut de producteur (…) le progrès n’est que celui du fonctionnement de la machinerie, les inventions ne sont que l’apparition de nouvelles fonctionnalités — et si les nouvelles technologies semblent émancipatrices, c’est qu’elles facilitent l’engrènement de l’individu dans la machinerie en huilant ses rouages. (…) La différence essantielle est précisément celle-ci, qui n’opère pas une simple évolution ou progrès, mais une rupture et une inversion du statut même de la technique. Au lieu que l’outil, en tant qu’organe, permette le déploiement de l’activité vitale de l’individu, c’est la machine qui instrumentalise l’homme et le réduit au rang d’organe du dispositif : la machine est ce [emphase]« mécanisme de production dont les organes sont des hommes »[/emphase] (12).
[300] (…) aux époques artisanales le travailleur [emphase]« emploie l’outil comme organe (als Organ), il l’anime de son adresse et de son activité, et son maniement (Handhabung) dépend de sa virtuosité »[/emphase] (13). (…) Au contraire, [emphase]« dans la production du capital, il ne s’agit plus d’emblée, de ce rapport semi-artistique — qui correspond parfaitement au développement de la capacité propre du travail manuel immédiat, de l’éducation de la main humaine (Ausbil¬dung der menschlichen Hand). Il s’agit d’emblée de masse, parce qu’il s’agit de valeur d’échange et de survaleur. Le principe développé du capital est précisément de rendre superflue l’habileté particulière et de rendre superflu le travail manuel (Handarbeit) »[/emphase] (14). Le principe même du machinisme est alors de déposséder l’homme de sa propre main : c’est la thèse centrale du Capital.[/citation]
[séparation]
[citation=Tolkien, SdA, III.3, L’Ourouk-haï.]« Nous sommes les combattants ourouk-haï ! Nous avons abattu le Grand Guerrier. Nous avons pris les captifs. Nous sommes les serviteurs de Saroumane le Sage, la Main Blanche : la Main qui nous donne de la chair humaine à manger. Nous sommes partis de l'Isengard, nous vous avons conduits jusqu’ici et nous vous ramènerons par le chemin que nous choisirons. Je suis Ouglouk. J’ai dit. »[/citation]
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(9) Marx, Le Capital, MEW 23, p. 419 ; trad. franç. p. 446.
(10) Ibid., p. 621 ; trad. franç. p. 667.
(11) Ibid., p. 391; trad. franç. p. 416.
(12) Ibid., p. 358 ; trad. franç. p. 380.
(13) Marx, Grundrisse, MEW 42, p. 593 ; trad. franç. T. II, p. 185.
(14) Ibid., p. 489; trad. Franc. p. 78.
[297] (…) La révolution industrielle ne procède pas de l’apparition de nouvelles techniques, mais à l’inverse l’utilisation de machines dans la production présuppose que soit déjà accomplie la soumission de la production à la logique automatique du capital. En d’autres termes, la subsomption réelle (des hommes à la machinerie) suppose la subsomption formelle (des hommes au capital). Pour que la machine intègre massivement le système productif, il faut que celui-ci ait changé de nature et de structure, qu’il se soit lui-même mécanisé et automatisé, c’est-à-dire que l’homme ne soit plus sujet du processus, détenteur à la fois de l’habileté, de la manière et du savoir-faire, mais simple moyen d’un système autonome, et moyen lui-même abstrait et mécanisé (…)
[298] (…) La révolution industrielle ne procède pas de l’invention miraculeuse de telle ou telle machine, mais de la mécanisation de l’individu vivant, c’est-à-dire l’intégration de la praxis elle-même dans le champ du machinable : ce n’est qu’à partir du moment où les hommes sont devenus matériel humain qu’ils peuvent effectivement travailler comme [emphase]« machines vivantes »[/emphase] (9), servants des machines et fonctionnaires de la machinerie.
[298] (…) Marx répète inlassablement que cette suprême aliénation du vivant qu’est son abstraction et sa mécanisation concerne autant la victime que le profiteur du système : [emphase]« le prolétaire n’est qu’une machine à produire de la survaleur, le capitaliste n’est également qu’une machine à transformer cette survaleur en capital »[/emphase] (10).
[299] (…)[emphase]« Des mathématiciens et des mécaniciens, dont l’opinion est reproduite par quelques économistes anglais, définissent l’outil une machine simple, et la machine un outil composé. Pour eux, il n’y a pas de différence essantielle. »[/emphase] (11)
[299] (…)
Or c’est bien cette [emphase]« différence essantielle »[/emphase] [qui consiste à] déposséder les travailleurs particuliers de leur statut de producteur (…) le progrès n’est que celui du fonctionnement de la machinerie, les inventions ne sont que l’apparition de nouvelles fonctionnalités — et si les nouvelles technologies semblent émancipatrices, c’est qu’elles facilitent l’engrènement de l’individu dans la machinerie en huilant ses rouages. (…) La différence essantielle est précisément celle-ci, qui n’opère pas une simple évolution ou progrès, mais une rupture et une inversion du statut même de la technique. Au lieu que l’outil, en tant qu’organe, permette le déploiement de l’activité vitale de l’individu, c’est la machine qui instrumentalise l’homme et le réduit au rang d’organe du dispositif : la machine est ce [emphase]« mécanisme de production dont les organes sont des hommes »[/emphase] (12).
[300] (…) aux époques artisanales le travailleur [emphase]« emploie l’outil comme organe (als Organ), il l’anime de son adresse et de son activité, et son maniement (Handhabung) dépend de sa virtuosité »[/emphase] (13). (…) Au contraire, [emphase]« dans la production du capital, il ne s’agit plus d’emblée, de ce rapport semi-artistique — qui correspond parfaitement au développement de la capacité propre du travail manuel immédiat, de l’éducation de la main humaine (Ausbil¬dung der menschlichen Hand). Il s’agit d’emblée de masse, parce qu’il s’agit de valeur d’échange et de survaleur. Le principe développé du capital est précisément de rendre superflue l’habileté particulière et de rendre superflu le travail manuel (Handarbeit) »[/emphase] (14). Le principe même du machinisme est alors de déposséder l’homme de sa propre main : c’est la thèse centrale du Capital.[/citation]
[séparation]
[citation=Tolkien, SdA, III.3, L’Ourouk-haï.]« Nous sommes les combattants ourouk-haï ! Nous avons abattu le Grand Guerrier. Nous avons pris les captifs. Nous sommes les serviteurs de Saroumane le Sage, la Main Blanche : la Main qui nous donne de la chair humaine à manger. Nous sommes partis de l'Isengard, nous vous avons conduits jusqu’ici et nous vous ramènerons par le chemin que nous choisirons. Je suis Ouglouk. J’ai dit. »[/citation]
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(9) Marx, Le Capital, MEW 23, p. 419 ; trad. franç. p. 446.
(10) Ibid., p. 621 ; trad. franç. p. 667.
(11) Ibid., p. 391; trad. franç. p. 416.
(12) Ibid., p. 358 ; trad. franç. p. 380.
(13) Marx, Grundrisse, MEW 42, p. 593 ; trad. franç. T. II, p. 185.
(14) Ibid., p. 489; trad. Franc. p. 78.

