Thread Rating:
  • 0 Vote(s) - 0 Average
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
La Machine ou la nécessité de raser le monde réel
#35
Silmo Wrote:Pour ma part, en résumé super rapide, j'ai tendance à croire (merci Darwin) que notre espèce va continuer à s'adapter (réparons le volant) ou bien elle disparaitra mais après tout, nous ne sommes que de passage dans l'univers.
Dans tous les cas l'ordre naturel des choses rétablira toujours l'équilibre vers lequel il tend.

Silmo, si tu vois de la colère dans les propos de Jérôme, j'appréhende un certain cynisme dans les tiens. Que nous puissions nous tromper tous les deux ! ;-)

Du point de vue du cosmos, il est des plus probables que le déséquilibre introduit par l'Histoire se résorbera, que le récit du développement sans limite de la puissance de l'Homme (cf. La puissance sans fin) ne sera qu'un détail du Grand Récit cher à Michel Serres.

Pour autant, et au-delà du fait que le plus probable n'est pas le certain (en physique, tout système écarté de son équilibre ne tend pas forcément à le retrouver, certains de ces équilibres justement sont ou peuvent devenir instables lorsque certains paramètres sont modifié au cours de leur... histoire), en quoi pourrais-je être consolé par le point de vue du cosmos, celui du Dieu de Descartes ou celui de la... Machine (qui va jusqu'à nous donner d'embrasser l'univers entier, dans l'espace et dans le temps) ?
En quoi pourrais-je être consolé d'avoir troqué un point de vue personnel (limité à l'urgence de mon temps et circonscrit à ce qui dépend de ma responsabilité) contre le regard que pourrait avoir un avatar dématérialisé à l'échelle du cosmos ?



C'est à dessein que j'emploie cette image, venant de terminer la vision des derniers épisodes de Caprica. c'est bien gentil d'avoir un avatar capable de vivre éternellement dans le V-World (encore faut-il avoir un prise de courant...), mais cela ne me concerne pas et surtout, cela ne ramène pas les martyrs pour la cause !



Que l’urgence soit relative en soi ou en fonction de notre « positionnement philosophique », passe encore — encore que… ce ne sont pas seulement des philosophes, des écologistes, des religieux ou des hommes de la rues, mais avant tout des scientifiques qui parlent d’urgence : [emphase]« c’est un fait remarquable que nombre de scientifiques (…) sont beaucoup plus lucides (…) que l’opinion publique [sur le fait que notre] civilisation (…) repose sur le développement sans frein [cf. ta voiture] des sciences et des techniques et [qu’elle] risque d’en mourir »[/emphase] — bon, [emphase]« pas tous cependant, loin de là ! »[/emphase], mais devant [emphase]« les arguments avancés par les scientifiques pour justifier leur sinistre pronostic »[/emphase], sans forcément sombrer dans le pessimisme ou le catastrophisme, comment ne pas s’interroger sur la [emphase]« violence des hommes »[/emphase] et du [emphase]« monde humain »[/emphase] (cf. Jean-Pierre Dupuy, La marque du sacré, Champs essais, p. 36-3, 39, 43) ?

Sans se soucier du danger pour notre espèce (que des hominidés existent ou pas) ou pour notre nature (que ces hominidés soient humain ou pas), comment vivre, en attendant, déresponsabilisé de la dévastation du monde que nous avons déjà provoquée et que nous poursuivons ? raser le monde, ce n’est pas rien. Que la vie sur notre terre résiste et s’adapte jusqu’au moment où le soleil devenue géante rouge l’engloutisse, c’est quasi-certain ; mais comment ne pas être attristé (pour le moins ; avec colère, parfois ;-)) d’être membre d’une société dont l’avidité bien plus que le confort réduit le monde en cendre et produit l’extinction du vivant ?

Ce qui nous amène à cette responsabilité de chacun là où il se trouve. Or, la Machine a pour conséquence, justement, de diluer cet dignité qui est nôtre (et qui vient avec la Raison) dans les grandes eaux bouillonnantes et brassées de l’angoisse ou de l’ennui (monde de la Machine comme Aliénation, cf. « France Télécom : on vous fera aimer l’an 2000 ») et de la jouissance à défaut de joie (Machine comme Divertissement, qui aide à supporter le premier tout en amplifiant son emprise).

Laegalad Wrote:Tout comme Silmo. Le "c'était mieux avant" me gêne toujours (...)
Du reste, je suis curieuse de savoir comment on pourrait arrêter le progrès.

"Est-ce que c’était mieux avant ?" A supposer qu’on puisse définir ce qu’on met derrière la particule « c’ » (vaste programme), il n’y aura aucune réponse valable effectivement ; ou plutôt, il y aura autant de réponses que de points de vue, le progrès technique n'étant pas la seule mesure de l'Histoire, fort heureusement.
Ensuite, faut-il arrêter le Progrès ? Là encore, question fiction puisque l’élan technique est irréversible.
Par contre, on pourrait reformuler : peut-on/doit-on rejeter le Progrès ? c’est tout autre chose. Chacun fera ce qu’il pourra – à défaut de vouloir – mais il ne devra rien, assurément, puisque [emphase]« dans la mesure où la technique est devenue un milieu »[normal], [/normal]« on ne peut plus “détechniciser” [normal][l'homme moderne, et encore moins le post-moderne ;-) car][/normal] ce serait l’équivalent pour les primitif de la forêt de mettre le feu à leur milieu natal »[/emphase] (Jacques Ellul, « La technique considérée en tant que système », dans Cahiers Jacques-Ellul 2004/2, p. 50, 54).

Et dans ce que chacun fera, il s’agira de séparer les sentiments de l’analyse comme il faudrait séparer les envies des besoins :

[citation=Jacques Ellul, dans Jacques Ellul, Didier Nordon, L’Homme à lui-même, correspondance, Paris, Editions de Félin, 1992, p. 117-118
cf. aussi « Réflexions sur l’ambivalence du progrès technique », dans La Technique ou l’enjeu du siècle, Economica, p. 393-409, qui développe ces idées.
](…) combien de fois [on me dit] : “Vous qui haissez la technique…” Mais pas du tout : je suis rempli d’admiration pour ce que l’on réalise dans tous les domaines techniques. Mais je me borne à poser [118] les deux questions simplistes : quelle est l'utilité humaine réelle ? (par exemple “gagner du temps” en allant plus vite ou en faisant la vaisselle avec tel produit n'a aucune utilité réelle, parce que vous ne ferez rien de ce temps “gagné” ! [normal][où est le temps gagné, effectivement, lorsque pour trouver le produit voulu il faut aller dans une grande surface à plusieurs kilomètres de chez soi, donc en prenant la rocade pour éviter les embouteillages du centre-ville, le trouver parmi une dizaine d’autres marques et, lorsqu’on a hésité sur les mérites des produits voisins, patienter pour passer en caisse ?][/normal]) et puis : quel est le coût réel de tel usage technique (pas en argent, mais en conditionnement, en dangers, en mode de vie, en pertes culturelles, en effets écologiques etc. ). Et si vous tenez compte de tous les effets connaissables, cela vaut-il encore la peine d'user de tel produit ou de telle machine ? Enfin on me dira : “Mais vous ne pouvez nier les admirables progrès, par exemple, de la chirurgie…” Bien entendu, je suis là aussi plein d'admiration [normal][Tolkien rapporte le même argument dans les brouillons de OFS...][/normal]. Mais je demande que l'on replace ces progrès dans l'ensemble du système technicien [normal][... et y répond finalement de la même manière !][/normal]. Simples exemples, pour dire que j'essaie de ne pas mêler mes sentiments à mes analyses ![/citation]
Reply


Messages In This Thread

Forum Jump:


Users browsing this thread: 1 Guest(s)