À propos de Vioulac, je pense qu'il voulait bien dire « atomisation » et il a entièrement raison sur le fait que c'est un état volontairement confondu avec individualisation dans le monde actuel. Par contre, j'aimerais vraiment comprendre ce qu'il entend par « essance » (j'ai peu d'appétence pour les néologismes qui semblent surtout témoigner d'un manque de culture linguistique).
Aussi, il semble manquer un passage après : « La différence essantielle entre la machine et l’outil [consiste en] ».
Je suis globalement en désaccord l'idée selon laquelle la technique et le capital seraient à l'origine de l'aliénation de l'homme. D'abord parce que les hommes n'ont pas attendus la technique pour traiter leurs semblables comme des bêtes, ou pire : esclaves, serfs, etc. Plus on remonte loin dans l'histoire (écrite) des civilisation, plus il semble y en avoir, proportionnellement à la taille de la population. Idem pour les atteintes à l'écosystème, d'ailleurs : les Hommes n'ont pas attendu l'ère industrielle pour massacrer les lions d'Europe, les ours des cavernes, les éléphants du Proche Orient ou même les moas de Nouvelle-Zélande, et j'en passe. L'accélération moderne que l'on constate ne découle essentiellement que de deux faits : l'accroissement énorme de la population du globe et la meilleure prise en compte de ces disparitions, qui passaient souvent inaperçues jadis.
Ensuite parce que contrairement à ce que dit Ellul, sans les progrès techniques divers et variés, il est probable que ceux d'entre nous qui seraient encore en vie (moins du quart, sans nul doute) seraient fort occupés à soigner les bestiaux, réparer les outils agraires et préparer les semailles à l'heure qu'il est. Autant d'occupations fort peu en rapport avec les capacités les plus nobles de l'Homme. Peut-être ne serions nous pas nécessairement plus malheureux, mais souhaitons-nous pour autant retourner à cet état ? J'en doute. Il me semble relativement manifeste que la technique est l'un des ressorts nécessaires à l'éducation de masse — je suis prêt à discuter des rares contres-exemples pré-industriels. Et cette éducation est absolument nécessaire à une pleine réalisation de l'être humain (et ça, je l'admets, c'est une croyance de ma part).
Donc, pour ma part, tout revient effectivement à la finalité des actes et des instruments, comme le mentionne Laegalad. Les machines peuvent servir à multiplier nos capacités physiques, mais cela même n'est pas nécessairement mauvais en soi. Tolkien lui-même le concède, tant à titre personnel que dans sa fiction. Les palantíri ne sont pas des objets négatifs, c'est leur utilisation qui est susceptible de l'être. Et si les conséquences que peut avoir cette manipulation ont des conséquences immenses, elles ne sont pas en soi plus néfastes que la réduction en esclavage des peuples de Nurn ou que les déprédations gratuites des Orques. Je pense d'ailleurs que lorsque Tolkien parle de la Machine, il pense essentiellement à la matérialisation physique de la volonté de puissance, pas forcément aux machines en tant que telles (mais ça nécessiterait un long développement). Au final, il est vrai que la mécanisation de la société pose un danger manifeste pour notre environnement à tous. Mais en cela, nous sommes juste semblables à ces paysans indonésiens qui incendient les forêts primaires de leur pays, parce que le sol leur donnera une dizaine d'années de bonnes récoltes, avant que la pluie et le vent ne l'appauvrissent définitivement.

