Tu as raison. Nous sommes loin d'être tous compétents pour porter la souffrance d'autrui. Même pour aider autrui à porter sa souffrance. Mais le faire, ou essayer de le faire, est-ce pour autant de la pitié ? Je ne le crois pas.
Dans le cadre de Gollum et Frodo, tu dépeints bien la confiance qui aurait pu le sauver. Mais je ne blâme pas Sam de ne pas l'avoir fait. Ce sont leurs vies qu'ils mettent en jeu sur un schizophrène
Je ne blâme pas Sam non plus. Je suis même certaine que j'aurais agi comme lui (paraît que non, mais ma vie n'était pas en jeu). Il n'empêche que sa méfiance naturelle a sans doute empêché Gollum de guérir. Et dans le monde moderne, même si la vie des gens n'est pas en jeu, ils se comportent les plus souvent comme Sam également. Franchement, vous en connaissez beaucoup, des gens qui feraient confiance à un toxico ou un ex-toxico dans le cadre d'un boulot ?
Le défaut de la pitié et ce qui fait qu'il a si mauvaise presse en français c'est qu'il implique une notion de supériorité de l'un sur l'autre, l'un agissant justement pour soulager l'autre
La pitié entraîne-t-elle nécessairement une action charitable ? Rien n'est moins sûr. Je vais sans doute remettre mon disque rayé, mais oui, elle implique bel et bien une notion de supériorité de la personne qui n'est pas "pitoyable". Elle flatte son orgueil et atteint celui qui est dans la souffrance dans le sien. Et parfois, cet orgueil est la seule chose qui lui permet d'encore se battre. Parfois aussi, bien sûr, il lui permet d'accepter une aide bienvenue. Mais cette aide, qu'elle soit celle d'un ami ou d'un professionnel, doit-elle engendrer ce rapport hiérarchique ?
Dans nos sociétés, on n'aime peut-être pas beaucoup être aidés / assistés (j'aurais pourtant juré le contraire ;-) ).
Demander et accepter de l'aide, c'est, pour certaines personnes, plus nombreuses qu'on veut bien le croire, très difficile. Même si elles sont moins orgueilleuses que Morwen de Dor Lomin.
Poser le pas sur la première marche, pas bien profonde, entraîne avec plus de force vers la marche suivante. Et plus on descend de marche, plus la lumière est loin derrière nous, moins on a de liberté pour résister aux marches suivantes.
D'accord. Mais dans certaines circonstances est-on vraiment libre de poser le pied sur la première marche (non selon moi, oui selon A.) ?
Sinon, tu as raison, Vin'. La première marche, la première faiblesse, est à l'origine de toutes les autres, même si elle ne les engendre pas nécessairement. Sans le premier joint, l'héroïnomane en crise de manque ne devrait pas lutter comme un héros pour ne pas succomber à la dose qu'on lui présente. Et l'homme est rarement de taille à résister à cette tentation.

