Je suis étudiante en dernière année en latin-français et prépare actuellement un mémoire sur le Seigneur des Anneaux, avec l'aide précieuse d'un membre bien connu ici, shudhakalyan, qui a déjà eu la gentillesse de se séparer temporairement d'une partie de sa bibliothèque sur Tolkien^^. Je traite particulièrement de l'influence de la mythologie gréco-latine dans l'oeuvre de Tolkien. Bien entendu, ce n'est pas ce qui ressort à priori (on pense plutôt à la culture nordique et celtique), néanmoins, étant donné que Tolkien avait une parfaite maitrise du latin et du grec, connaissait très bien la littérature classique et a passé une année universitaire dans une filière gréco-latine, un "fond" mythologique de cette culture est très probablement présent dans son oeuvre (du moins je l'espère, sinon je n'aurais pas grand chose à raconter dans mon mémoire ^^). Après tout, Tolkien déclare même avoir"découvert le sentiment du plaisir littéraire chez Homère" (Cf. Lettre 142 à Robert Murray)
Je me consacre principalement au SdA mais étant donné sa grande complémentarité avec le Silmarillon ( Cf. Lettre 131 à Milton Waldman), je pense pouvoir en exploiter certains éléments tels que le rapprochement évident entre Numénor et l'Atlantide, Húrin et Maedhros (un fils de Fëanor) qui sont comparés à des "Prométhée" (Cf. Isabelle Patin, Tolkien et ses légendes) ou encore le caractère presque oedipien de Túrin.
Au sein même du SdA, voici quelques éléments "en vrac" (soyez indulgents, ce mémoire est en pleine construction^^ =p):
- Le Quenya est comparé par Tolkien à "une sorte de "latin elfique"" (Cf. Lettre 144 à Naomi Mitchison)
- Bien que l'armée des Ents en mouvement soit une sorte de réponse à Shakespeare qui avait traité un thème similaire mais d'une façon "médiocre" (Cf. Lettre 163 à W.H. Auden), des similitudes peuvent être observées avec les forêts en marche mentionnées par Ovide, dans les métamorphoses.
- Le parallèle entre Galadriel et les "ensorceleuse de l'Odyssée" (Cf. Charles Delattre dans Tolkien trente ans après). Delattre établit également un lien entre l'oeil de Sauron et la Méduse, au regard insoutenable. De même, il fait remonter l'épisode de la disparition de Bilbo, au début de l'oeuvre, à un motif antique: l'histoire de Gygès.
- l'épisode du Balrog, saisi au talon par Gandalf, évoque le fameux "talon d'Achille" (Cf. Paul Airiau, dans Tolkien trente ans après)
-le terme "moria" est l'anagramme de moira, qui signifie "destin" en grec, et est assez proche de mors, en latin (Cf. Vincent Ferré, Tolkien: sur les rivages de la terre du milieu).
- Un rapprochement est aussi évoqué par Vincent Ferré (op. cit.) entre Eowyn, dans ses aspects guerriers, et Camille, personnage de l'Enéide.
- certains labyrinthes tels que le marais des morts ou la Moria évoquent le dédale qu'affronta Thésée.
J'ai prévu de diviser mon mémoire en trois chapitres. Le premier traitera du projet de Tolkien de fournir une mythologie à l'Angleterre, le second sera consacré aux divers personnages manifestant des liens avec la mythologie gréco-latine, et le dernier aux milieux de l'oeuvre (et certains lieux comme Numénor).
Je vais également réaliser, d'ici janvier, un travail consacré au motif du labyrinthe dans le SdA, qui me permettra également d'aborder le lien avec la mythologie classique, et que je pourrais reprendre, partiellement, dans mon mémoire.
Toutes vos remarques, idées et suggestions sont les bienvenues :)

