08-12-2001, 11:57
Désolé d'avoir tardé mais je n'étais pas chez moi et sans les livres pour étayer...<p>Voilà le passage de mon article qui suscite une explication :<br>« L’estel est plus profond. C’est le concept théologique, et même la vertu, qui désigne l’espoir qui ne repose sur autre chose que la pensée selon laquelle Eru étant l’Un(ique) mais aussi Ilúvatar (père de toutes choses) comme on l’appelle en Arda, il ne saurait souffrir d’être dépossédé de ses enfants. En un mot, l’estel est la foi. » <br>La proposition qui fait problème est celle selon laquelle Eru « ne saurait souffrir d’être dépossédé de ses enfants ». Fort heureusement, il s’agit d’une déclaration de Tolkien lui-même que je vais essayer de mettre en perspective.<br> L’ensemble de cet extrait s’applique à travailler un aspect d’un des passages les plus curieux de Tolkien. En l’espèce, je reprenais la différence entre amdir et estel, telle qu’elle est exposée en Home X, 320. Je me bornais à (re)trouver dans l’espoir (estel) le principe (catholique) d’une attitude non peureuse de la mort. Cet espoir est fondé (mais je n’ai pu le développer car il faudrait travailler beaucoup d’autres questions en même temps) finalement sur l’Incarnation (de Dieu). Tolkien écrit : « If we are indeed the Eruhin, the Children of the One, the He will not suffer Himself to be deprived of His own (...) This is the last foundation of Estel » (Home X, 320). La fondation de l’espoir, c’est précisément qu’Eru ne peut souffrir d’être dépossédé de ses Enfants. Le problème qui se pose donc effectivement est : qui sont ces Enfants ? Les Hommes simplement ou bien les Elfes également ? La doctrine « commune », connue, dont je me suis fait l’écho dans l’article, consiste à dire qu’il s’agit (avant tout) des Hommes. Mais ce curieux passage permet d’aller plus loin. Il est bien question des Eruhin, des Enfants, Elfes et Hommes confondus, comment est-ce possible ?<br> Finrod le dit finalement (Home X, 323) : « (...) we should learn of the Hope from you » (sc. Andreth, donc les Hommes). Pourquoi les Elfes doivent-ils apprendre l’espoir des Hommes ? Parce que l’espoir (fondé sur la non dépossession des Enfants par Eru) passe par la révélation faite aux seuls Hommes (Finrod : « No such hope was ever spoken to the Quendi. To you only it was sent », Home X, 322) qu’Eru entrera en Arda, s’incarnera (Andreth : « the One will himself enter into Arda », Home X, 321). De la sorte on comprend pourquoi Findrod peut dire « I was thinking that by the Second Children we might have been delivred from death » (Home X, 319). C’est cette déclaration qui suscite la mise au point sur l’espoir et son arrière-plan théologique : l’Incarnation, source d’un nouvel espoir pour les Elfes.<br> Autrement dit, en régime (que j’appelle) « commun », la division est simple entre des Elfes mortels avec Arda et des Hommes immortels (au-delà d’Arda) [N-B cela dépasse déjà la banalité :les Elfes sont immortels et les Hommes mortels, qui n’est vraie qu’eu égard à Arda]. Mais quand Tolkien s’affronte à la question de l’Incarnation de Dieu dans le monde, cela change les choses. D’abord, remarquons que cette annonce n’est faite qu’aux Hommes. Il semble en cela s’accorder avec l’histoire biblique qu’il annonce (de loin) via cette sorte de prophétie. En retour, ce sont les Hommes qui apprennent ce qu’est l’estel, l’espoir, la foi aux Elfes. Seront-ils tous sauvés finalement ? Peut-être, il y a de l’espoir. Le point intéressant à pointer alors est de constater que leur rapport à Arda change [encore]. Il n’est plus question qu’Arda disparaisse totalement et que les Hommes soient sauvés hors d’Arda. Quand Tolkien parle de la venue de Dieu sur Terre, il confond volontairement sa première et dernière venue, l’Incarnation et la Parousie. En effet, Tolkien dit que Arda régénérée ne sera plus Arda corrompue ni la première Arda (« Arda Healed shall not be Arda Unmarred, but a third thing and a greater, and yet the same », Home X, 318). Mais cela suppose sans doute qu’à la première prophétie de Mandos (à propos de la mort des Elfes) ait succédé la seconde (l’apocalypse), dont là encore les textes de Home seuls parlent. Mais tout ce ceci est une autre histoire, et un autre article...<p>Eruvike<br>

