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La perception de la mort chez Tolkien
#6
Excusez-moi de ne pas avoir repondu plus tot, mais je suis malheureusement dans une periode qui me laisse beaucoup moins de temps pour frequenter le forum ;-( je vais malgre tout tenter de donner un bref apercu de mon idee sur cette question.<p>Je crois, Vinyamar, que j'aime beaucoup mieux quand tu parles de la mort chez Tolkien comme un evenement "qui peut etre magnifie" que lorsque tu ecris de maniere trop globale qu'il s'agit d'une "etape belle et essentielle", puisque de toutes evidences, toute mort n'est pas semblable a celle de Thingol. Les tetes tranchees et balancees par dessus les murs de Minas Tirith lors du siege, le corps du messager Hirgon trouve par les Rohirrim lors de leur chevauchee sont quelques exemples de ce qui ne me semble guere "magnifie". Doit-on accepter la mort de Saeros pour la jalousie dont il fait preuve a l'egard de Turin? Je trouve le prix cher paye, et la maniere elle-meme n'est guere "belle" et encore moins "essentielle". Il ne faut pas oublie que la mort est une etape souillee par Morgoth dans la tres grande majorite des cas. l'Athrabeth Finrod Ah Andreth est, a mon avis, le texte le plus important sur ce sujet. Ce qui est significatif: l'ambiguite du statut de la mort comme "don d'Iluvatar" me semble maintenu jusqu'a la fin du debat, et bien que la plupart des Tollkiendili se rangent a l'opinion de Finrod, il me semble que Tolkien a egalement tenu a garder une legitimite a la tradition humaine qui veut que les Atani n'etaient pas originellement voues a la mort, mais que celle-ci est en soi mauvaise car intimmement lie a Morgoth. Evidemment, si comme Finrod on peut avec quasi-certitude rejeter la capacite de Morgoth a etre le createur de la mort (ca semble clairement au-dessus de la condition d'un Valar), cela ne signifie pas qu'il ne soit pas lie a l'origine de celle-ci. Rien n'empeche de croire que les hommes n'etaient pas prevu pour ce destin, ce qui nuance l'appelation de "don d'Iluvatar" - si c'est un cadeau, il est d'un statut tres special: ce don est une CONSEQUENCE de la chute de Melkor et c'est aussi une punition pour avoir succomber a son charme. <br>Apres tout, cela convient bien a une vision chretienne qui veut que la chute de l'homme soit la seconde (Si Satan ne s'etait pas rebelle, personne n'aurait croquer le fruit). Tolkien maintient volontairement un flou sur la maniere dont se produit la chute des Atani dans son univers, mais les traditions que rapporte Andreth evoquent clairement qu'ils se sont compromis avec le Vala Maudit <br>Il me semble que la mort est toujours fruit de cette ambiguite don/punition. Et si l'on a d'un cote Aragorn et Thingol, a l'oppose, le destin de Turin et de ceux qui l'entourent est un contre-exemple particulierement interessant (et bien que le conte de Beren et Luthien soit la legende preferee de notre auteur, c'est bien celle de Turin qui - parmi tous ses ecrits - sera l'objet du travail le plus long et le plus attentif). Ici la mort est bien une malediction qui s'abat sur les personnages. Ici, desole Vinyamar, je crois, qu'effectivement, la mort est absurde et ceratinement pas magnifiee, car elle est controlee par Morgoth: il pourrait etre pertinent de faire un un commentaire comparatif de la mort de Thingol avec celle de Saeros, dont la jalousie envers Turin est chere payee et dont la maniere ne porte aucune noblesse, simplement l'absurdite d'etre les jouets de Morgoth (il a ete deja dit sur ce forum, combien son emprise dans la Narn, est sans commune mesure avec les autres legendes). <br>Enfin, on ne peut passer sous silence combien le SdA, s'il est en partie acceptance de la Mort, est plus encore l'archetype du combat contre celle-ci. La aussi, tout est construit autour de ce double visage qu'offre la Camarde.<br>Et puis, il y a aussi cette troublante mort d'Arwen, qui, n'en deplaise a Lothiriel, est tres reussie en ce qu'elle montre (entre autres, car on pourrait developper de nombreuses idees sur ce court passage; T.A. Shippey l'evoque d'ailleurs dans son dernier livre)combien l'ambiguite du statut n'est pas ecartee de maniere systematique chez les plus sages malgre la plenitude de la fin d'Aragorn.<p>Cirdan<p>PS: <br>pour Silmo: <br>il est agreable, comme dirait Bernard Levin, de savoir que les humbles heriteront de la terre et que les sombres presages n'ont pas reussi a entamer l'espoir, le courage et l'admirable ferocite des peuplades d'Eriador face aux hordes trop fieres d'Ar-Wikinzon. Ce match etait "comme un eclair dans un ciel serein"... Grandiose.
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