03-04-2013, 19:01
La série télévisée Game of Thrones (titre souvent abrégé en GOT) est, parait-il, la série la plus téléchargée illégalement sur la Toile (je connais personnellement quelques-uns des coupables, qui sont JRRVFiens... ;-p...), ce qui n'a eu semble-t-il, en 2012, aucun effet négatif sur les ventes de DVD selon le directeur de la programmation de la chaîne HBO, qui diffuse la série, lequel directeur considérant tous ces téléchargements illégaux comme "une sorte de compliment" (cf. http://www.slate.fr/culture/70229/hbo-pi...compliment). Du côté de l'offre légale de visionnage, le bouquet de chaînes OCS (anciennement nommé Orange cinéma séries) a proposé en VOD le premier épisode de la nouvelle et troisième saison de la série dès le 1er avril en France, soit le lendemain de sa première diffusion aux États-Unis sur HBO.
À l'occasion du début de la diffusion de cette troisième saison, la presse française déballe, ces jours-ci, un certain nombre de papiers sur la série à succès tirée de la série romanesque du Trône de fer de George R. R. Martin. C'est notamment le cas du numéro 905 des Inrockuptibles daté d'aujourd'hui, 3 avril 2013.
![[Image: 1456682616_game-of-thrones_pulsions-et-d...l-2013.png]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1456682616_game-of-thrones_pulsions-et-dragons_les-inrocks-n905_avril-2013.png)
Anne Laffeter et Géraldine Sarratia y parlent de la série comme d'un "phénomène pop", d'un "hit", d'une "série médiévale trash", "excitante", "qui n'a pas fini de nous sidérer", qui "a totalement débeaufisé la fantasy" ("Avant, faut avouer, on avait du mal à s'intéresser à des histoires de mecs qui cherchent des bagues."), une série qui "permet à ses spectateurs d'assouvir leurs pulsions les plus primaires", "qui te donne envie de... [...] ...coucher avec un nain [...] ...être une chevalière transgenre [...] ...être un tyran teenager [...] ...chevaucher un sauvage", etc. Les connaisseurs de Game of Thrones reconnaitront probablement les allusions à certains personnages de la série... ;-)
Je me permets de reproduire ici un entretien que Anne Besson a accordé à Anne Laffeter pour ce numéro 905 des "Inrocks" (p.47) :
On trouvera également sur un blog hébergé par le site du journal Le Monde, un article de Pierre Sérisier, publié hier 2 avril, consacré à la série, décrite comme étant, par son succès, "simplement devenu[e] un phénomène" : http://seriestv.blog.lemonde.fr/2013/04/...phenomene/
Amicalement,
Hyarion.
À l'occasion du début de la diffusion de cette troisième saison, la presse française déballe, ces jours-ci, un certain nombre de papiers sur la série à succès tirée de la série romanesque du Trône de fer de George R. R. Martin. C'est notamment le cas du numéro 905 des Inrockuptibles daté d'aujourd'hui, 3 avril 2013.
![[Image: 1456682616_game-of-thrones_pulsions-et-d...l-2013.png]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1456682616_game-of-thrones_pulsions-et-dragons_les-inrocks-n905_avril-2013.png)
Anne Laffeter et Géraldine Sarratia y parlent de la série comme d'un "phénomène pop", d'un "hit", d'une "série médiévale trash", "excitante", "qui n'a pas fini de nous sidérer", qui "a totalement débeaufisé la fantasy" ("Avant, faut avouer, on avait du mal à s'intéresser à des histoires de mecs qui cherchent des bagues."), une série qui "permet à ses spectateurs d'assouvir leurs pulsions les plus primaires", "qui te donne envie de... [...] ...coucher avec un nain [...] ...être une chevalière transgenre [...] ...être un tyran teenager [...] ...chevaucher un sauvage", etc. Les connaisseurs de Game of Thrones reconnaitront probablement les allusions à certains personnages de la série... ;-)
Je me permets de reproduire ici un entretien que Anne Besson a accordé à Anne Laffeter pour ce numéro 905 des "Inrocks" (p.47) :
Quote:<font size=4>au coeur des ténèbres</font>
Anne Besson, maître de conférences et auteur d'un livre sur la fantasy, définit les contours de la saga initiée par George R. R. Martin.
Comment caractériser le style de la série ?
Anne Besson - C'est de la fantasy sombre et épique. Game of Thrones fait évoluer le modèle hérité du maître du genre, J. R. R. Tolkien, et son Seigneur des Anneaux. L'auteur de la saga Game of Thrones, George R. R. Martin, est comme Tolkien très attaché à l'approfondissement de son monde, à produire des intrigues multiples en lien les unes avec les autres. Le monde de Game of Thrones s'appuie sur un gros travail de documentation ; il est culturellement travaillé, avec des peuples différents bien pensés. George R. R. Martin est l'un des auteurs de fantasy qui proposent aujourd'hui le monde le plus complet, développé et cohérent. Mais il y a chez lui une évolution profonde par rapport à Tolkien : il a une vision très pessimiste et noire de la nature humaine. La narration porte en elle la dégradation inéluctable des personnages. Même s'il y a des aspects noirs chez Tolkien, le positif finit par l'emporter (il est catholique). Le Seigneur des Anneaux est au final un texte lumineux. Game of Thrones est un texte sombre.
Game of Thrones, en tant que fantasy moyenâgeuse, porte une vision très violente de cette période historique. Est-ce justifié ?
Il y a deux grandes façons de représenter le Moyen Âge dans notre histoire culturelle. Il y a d'abord le Moyen Âge merveilleux, celui de l'enchantement, de la magie, de la nature et du rapport au sacré préservés. C'est la vision de Tolkien. Elle domine le genre de la fantasy mais ne s'incarne pas dans Game of Thrones, qui s'intéresse à l'autre visage du Moyen Âge, très présent dans le romantisme noir de la littérature gothique de la deuxième moitié du XIXe siècle anglais. Le Moyen Âge y est représenté comme un âge obscur, de corruption des moeurs. Game of Thrones fait entrer en fantasy cette vision du médiéval, boueuse et sale. Martin, en incorporant moins de magie dans son récit, prend aussi le contrepied de Tolkien. Il y a peu de surnaturel et de fantastique. Dans le roman, les dragons et les White Walkers restent en marge de l'intrigue. La fantasy propose une vision biaisée de l'histoire, elle est dans le fantasme. C'est une forme d'évasion. Certaines personnes estiment qu'elle doit son succès à la fuite du réel qu'elle permettrait. Ça ne m'intéresse pas de voir les choses ainsi. D'une manière plus positive, on peut dire que la fantasy exprime le fait que d'autres mondes restent possibles face à l'échec du réel.
Dans Game of Thrones, on tue les enfants, l'inceste est courant. Comment lisez-vous ces transgressions ?
À l'origine, la fantasy est plus puritaine. Sexe, perversion et saleté sont des tendances du roman et des fictions historiques - telles Rome ou Borgia. Inscrire ces plaisirs ou ces perversions dans le passé permet de briser les barrières culturelles qui contraignent scénaristes et spectateurs. Le passé devient le réceptacle de toutes les provocations. Dans les premiers volumes de Game of Thrones, Martin pose un monde très sombre où tout peut arriver, où aucun personnage n'est à l'abri, n'est épargné.
On trouvera également sur un blog hébergé par le site du journal Le Monde, un article de Pierre Sérisier, publié hier 2 avril, consacré à la série, décrite comme étant, par son succès, "simplement devenu[e] un phénomène" : http://seriestv.blog.lemonde.fr/2013/04/...phenomene/
Amicalement,
Hyarion.

