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L'Allégorie chez Tolkien
#14
Cher Círdan,

voilà un sujet passionnant, qui donne l'occasion d'évoquer ce cher C. S. Lewis. Je pestais de ne pouvoir me plonger dans mes livres et y chercher quelques réponses, mais une rapide recherche m'a conduit à un billet d'un blog (inconnu jusqu'alors) qui reprend tout ce que je pense au sujet de l'allégorie chez C.S. Lewis. En résumé :
- L'allégorie pour Lewis est l'allégorie médiévale : est allégorique un récit dans lequel le matériel représente l'immatériel, i.e. des personnages ancrés dans l'espace et le temps du récit représentent des idées, des notions, des sentiments, des expériences...
- la liberté du lecteur lui donne de voir en un texte quelconque une allégorie s'il le souhaite : tout texte (romanesque j'imagine) peut être lu comme allégorie ;
- une seule véritable allégorie chez Lewis : The Pilgrim's Regress ;
- le qualificatif d'allégorie est par conséquent rejeté à plusieurs reprise par Lewis à propos de Perelandra ou des Chroniques de Narnia. Dans Perelandra, Ransom n'est pas le Sacrifice quand bien même il se sacrifie pour Perelandra, de même que dans les Chroniques de Narnia, Aslan n'est pas la Royauté mais bien Christ. Finalement, CS Lewis écrit pour répondre sur un mode imaginaire à des questions spirituelles : Comment Christ se manifesterait dans un monde (Narnia) où les hommes côtoient les créatures qui sur Terre relèvent des mythes et des contes ? Et si un monde (Perelandra) avait échappé à la Chute ?

- j'ajouterais que ces récits de Lewis sont aussi différents de l'allégorie (au sens où il l'entendait) que certaines paraboles (celle du Fils prodigue ou celle de la brebis perdue). Le symbolisme est manifeste ; le lecteur apprécie (ou rejette) un récit qui l'invite à opérer des analogies entre le monde imaginaire et le texte biblique. Il y a là une différence essentielle avec Tolkien, comme tu le fais remarquer. Autre écart essentiel avec le SdA : CS Lewis écrit des récits qui se déroulent après Bethléem.
- Quant au SdA justement, si Tolkien en rejette une lecture allégorique, il reconnaît que ponctuellement l'allégorie (au sens de CS Lewis) est non seulement possible mais devient nécessaire "pour révéler certaines fonctions" de ses personnages : il suffit de renvoyer à Tom Bombadil, personne qui incarne l'esprit de la campagne d'Oxford d'une manière externe, et qui conserve cette nature allégorique jusqu'au sein du légendaire puisqu'il représente la connaissance qui ne cherche ni la puissance ni l’accaparement (L53, Lettres, p. 274 = Letters, p. 192).

S.
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