Effectivement, Agamemnon semble un bon candidat non celte dans cette démonstration. Pour Odin, j'imagine qu'il s'agit du motif triple qui lui permet de s'emparer de la connaissance universelle et du pouvoir des runes : pendaison dans Yggdrasil, transpercement par la lance Gungnir, dépôt de l'œil dans le puit de Mimir.
En lisant quelques-uns des articles que tu cites, j'en viens à penser qu'on a là trois, peut-être quatre motifs originaux de blessure trifonctionnelle, bien distincts les uns des autres :
1) Un châtiment en trois parties successives, corrélat naturel de la triple transgression trifonctionnelle du guerrier impie : c'est le cas chez Héraclès, chez Indra, chez Starcatherus. Ce motif est le premier identifié par Dumézil. Chaque châtiment affaiblit (au moins temporairement) le guerrier, jusqu'au dernier où il trouve la mort (souvent suivie d'une transcendance).
2) Un châtiment unique, qui vient punir le péché typique du roi, l'orgueil : c'est le cas chez Yayati et Jamsid, deux exemples étudiés par Dumézil, et j'avancerais qu'on peut y rajouter Agamemnon, vu que l'orgueil est son principal défaut. Les rois irlandais de l'épopée pourraient bien se rattacher à ce motif. En effet, on trouve assez systématiquement des éléments trifonctionnels dans les récits de ces morts (ce qui est logique quand on tient compte du fait que le roi constitue normalement une union harmonieuse des trois fonctions), mais pas toujours dans les moyens par lesquels le châtiment s'effectue. Par exemple, après avoir été expulsé du paradis par un mouvement d'orgueil, Yayati est sauvé par quatre de ses petits-fils, qui se répartissent harmonieusement dans les trois domaines trifonctionnels (deux pour la première fonction), lesquels acceptent de transférer sur lui la somme de leurs mérites afin qu'il puisse retourner au ciel.
3) Une triple mort symbolique, où les éléments trifonctionnels apparaissent de manière concomitante, et qui sert de rite de passage chez un état plus exalté qu'auparavant. Dans ce cas, la victime n'a évidemment rien fait pour mériter la mort, mais en revanche elle y collabore activement. Le personnage concerné est souvent lui-même trifonctionnel : c'est le cas chez Lleu Llaw Gyffes, apparemment aussi chez Lailoken/Merlin (ils prédisent la façon dont ils vont mourir). J'ai tendance à penser que le cas d'Odin peut y être rattaché (il se sacrifie lui-même).
Éventuellement :
4) Trois types de sacrifices humains distincts, offerts aux trois principaux dieux qui se répartissent sur les trois fonctions. Apparemment, les sacrifices ne sont pas mis en rapports les uns avec les autres. On observe le cas au moins chez les Gaulois et les Scandinaves. Les Romains et les Indiens védiques ont occasionnellement procédé à des sacrifices humains, mais je connais très mal les textes correspondants. Quoi qu'il en soit, j'ai du mal à accepter d'appeler cela une « triple mort ».
Cette modeste tentative de ma part pourrait alors déboucher sur un axe d'analyse tolkienien, car Gandalf traverse bel et bien une mort à la fois réelle et symbolique, dont il émerge renforcé. Il se sacrifie volontairement pour sauver ses amis. Bref, il semble se calquer sur le cas n° 3. C'est d'autant plus patent que Gandalf est comparé à un roi au Conseil d'Elrond, et qu'il cumule des caractéristiques des trois fonctions : il est Magicien, il combat, il guérit (notamment Théoden).
En revanche, Frodo ne semble effectivement pas un très bon candidat à l'analyse, quand bien même il regroupe ses trois grandes blessures dans un même tableau (LR, VI/7 ; l'emphase est mienne) :
Elendil
En lisant quelques-uns des articles que tu cites, j'en viens à penser qu'on a là trois, peut-être quatre motifs originaux de blessure trifonctionnelle, bien distincts les uns des autres :
1) Un châtiment en trois parties successives, corrélat naturel de la triple transgression trifonctionnelle du guerrier impie : c'est le cas chez Héraclès, chez Indra, chez Starcatherus. Ce motif est le premier identifié par Dumézil. Chaque châtiment affaiblit (au moins temporairement) le guerrier, jusqu'au dernier où il trouve la mort (souvent suivie d'une transcendance).
2) Un châtiment unique, qui vient punir le péché typique du roi, l'orgueil : c'est le cas chez Yayati et Jamsid, deux exemples étudiés par Dumézil, et j'avancerais qu'on peut y rajouter Agamemnon, vu que l'orgueil est son principal défaut. Les rois irlandais de l'épopée pourraient bien se rattacher à ce motif. En effet, on trouve assez systématiquement des éléments trifonctionnels dans les récits de ces morts (ce qui est logique quand on tient compte du fait que le roi constitue normalement une union harmonieuse des trois fonctions), mais pas toujours dans les moyens par lesquels le châtiment s'effectue. Par exemple, après avoir été expulsé du paradis par un mouvement d'orgueil, Yayati est sauvé par quatre de ses petits-fils, qui se répartissent harmonieusement dans les trois domaines trifonctionnels (deux pour la première fonction), lesquels acceptent de transférer sur lui la somme de leurs mérites afin qu'il puisse retourner au ciel.
3) Une triple mort symbolique, où les éléments trifonctionnels apparaissent de manière concomitante, et qui sert de rite de passage chez un état plus exalté qu'auparavant. Dans ce cas, la victime n'a évidemment rien fait pour mériter la mort, mais en revanche elle y collabore activement. Le personnage concerné est souvent lui-même trifonctionnel : c'est le cas chez Lleu Llaw Gyffes, apparemment aussi chez Lailoken/Merlin (ils prédisent la façon dont ils vont mourir). J'ai tendance à penser que le cas d'Odin peut y être rattaché (il se sacrifie lui-même).
Éventuellement :
4) Trois types de sacrifices humains distincts, offerts aux trois principaux dieux qui se répartissent sur les trois fonctions. Apparemment, les sacrifices ne sont pas mis en rapports les uns avec les autres. On observe le cas au moins chez les Gaulois et les Scandinaves. Les Romains et les Indiens védiques ont occasionnellement procédé à des sacrifices humains, mais je connais très mal les textes correspondants. Quoi qu'il en soit, j'ai du mal à accepter d'appeler cela une « triple mort ».
Cette modeste tentative de ma part pourrait alors déboucher sur un axe d'analyse tolkienien, car Gandalf traverse bel et bien une mort à la fois réelle et symbolique, dont il émerge renforcé. Il se sacrifie volontairement pour sauver ses amis. Bref, il semble se calquer sur le cas n° 3. C'est d'autant plus patent que Gandalf est comparé à un roi au Conseil d'Elrond, et qu'il cumule des caractéristiques des trois fonctions : il est Magicien, il combat, il guérit (notamment Théoden).
En revanche, Frodo ne semble effectivement pas un très bon candidat à l'analyse, quand bien même il regroupe ses trois grandes blessures dans un même tableau (LR, VI/7 ; l'emphase est mienne) :
Quote:‘I fear it may be so with mine,’ said Frodo. ‘There is no real going back. Though I may come to the Shire, it will not seem the same; for I shall not be the same. I am wounded with knife, sting, and tooth, and a long burden. Where shall I find rest?’Ici les trois blessures sont successives et ne débouchent ni sur une mort héroïque, ni sur une transcendance. Elles ne sont pas le résultat d'un péché quelconque et ne suivent pas non plus un schéma trifonctionnel clair, puisqu'à chaque fois c'est un objet tranchant qui est impliqué.
Elendil

