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L'Allégorie chez Tolkien
#18
Comme il a été remarqué, il se peut tout à fait que Tolkien ait voulu se détacher du style de C.S. Lewis ou du mode allégorique médiéval, qu'il ne semble guère avoir goûté. Cela pourrait expliquer la remarque de la préface à la deuxième édition. Il me paraît remarquable, en particulier, que le seul point sur lequel Tolkien critique l'art du poète de Sir Gawain est l'usage qui est fait du symbole du pentangle sur le bouclier de Gauvain :

[citation=MC, p. 78–79]And if the pentangle with its touch of learned pedantry, at war it seemed with the artistic instinct of a narrative poet, may for a moment have made us fear that we were going to lose Faerie only to gain a formalized allegory, we are now swiftly reassured.[/citation]

Pour autant, Círdan a eu raison de souligner que Tolkien fait aussi usage d'allégories à l'occasion. Shippey recense trois allégories distinctes dans « Beowulf: The Monsters and the Critics », ce qui est beaucoup pour un texte académique. De la même manière, Niggle est incontestablement une allégorie de bout en bout, et Shippey avance des arguments très convaincants pour affirmer qu'il en va de même de Smith of Wootton Major (voir le recueil d'essais Roots and Branches: Selected Papers on Tolkien). Il se pourrait donc bien que Tolkien ne se défende de l'accusation d'allégorie au sujet du SdA que parce qu'il connaît parfaitement les rouages de ce type d'écriture et ne veut pas être accusé de mettre au point des allégories boiteuses. Fierté professionnelle, en somme. Les deux hypothèses ne me semblent pas nécessairement exclusives.

Elendil
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