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[Critiques] The Hobbit: An Unexpected Journey - Peter Jackson (2012)
Ta comparaison avec Hobitit est la meilleure preuve que ce ne sont pas que des détails... À mon sens, l'adaptation PJ est, globalement et au final (ou presque), ratée mais, pour tous ceux qui ont un peu de gout pour ce genre de choses, elle vaut la peine d'être vue — et je ne parle pas ici de l'érudit qui survit au visionnement intégral de Hobitit ou à l'adaptation russe de 1985 par passion heuristique, mais bien à l'amateur qui y trouve une nourriture esthétique, à condition de faire la part des choses. Or cette part des choses, ce n'est pas une ligne qui séparerait simplement l'essentiel (le scénario) et le détail (un mouvement nain, si tant est que l'on puisse considérer que c'est un détail, mais je comprends l'idée ; et le soupçon de la fabrication après coup manifeste l'ignorance de ces making-of : vu les images d'archives qui accompagnent les citations données plus haut, c'eût été plus difficile de les produire après coup qu'avant). Par exemple, la scène où Bilbo découvre l'or des Nains et fait la rencontre de Smaug ou, dans le premier opus, celle de la rencontre de Bilbo et de Gollum sont, de mon point de vue, particulièrement réussies. Si le reste gâche l'ensemble, rien n'empêche que ces scènes-là soient réussies, et ça me semble une attitude symptomatique d'une certaine posture critique de boire le mauvais vin jusqu'à la lie pour bien confirmer qu'il est mauvais et, systématiquement, de ne rien en conserver alors qu'il y a, à l'évidence, des réussites chez PJ qu'aucune adaptation intégrale de l'œuvre n'avait jamais ne serait-ce qu'approché.

Si l'on prend le seul point de vue de la visualisation, en termes cinématographiques (qui implique la mise en scène, la photographie, l'animation), il y a de multiples éléments d'une qualité remarquable. L'ensemble des films aurait sans aucun doute rendu Tolkien malade, mais je l'imagine très bien, comme face à de nombreuses autres adaptations par rapport auxquelles il était généralement critique, faire la part des choses et apprécier tel aspect de Gollum, tel aspect de Smaug, tous deux pouvant difficilement être relégués au rang de détail sous prétexte que le récit d'ensemble passe avant eux. Or je me souviens fort bien que Vincent avait développé, à Cerisy, une argumentation de ce genre : la qualité du film, c'est sa visualisation, que l'on doit à la Nouvelle-Zélande ainsi qu'au travail d'Alan Lee et de John Howe. À mon avis, c'est le comble du malentendu (dont je perçois très bien la conception sous-jacente : Alan Lee et John Howe, fidèles illustrateurs de l'œuvre de longue date et artiste attachant ; PJ : business man qui joue les artistes au volant d'un bulldozer commercial dont on sait les ravages... et les bienfaits cependant, ne serait-ce que pour le succès prévisible des nouvelles traductions anniversaires (75 ans du Hobbit, 60 ans du SdA) dont le calendrier coïncide, par bonne fortune, avec certaines sorties sur grand écran). Un peu d'observation sérieuse, si elle n'est pas complètement occultée par un jugement définitif posé a priori, et un peu de parcours des making-of, montrent à l'envi que tout ce qu'il y a de bon dans le film, comme tout ce qu'il y a de pire est imputable à l'équipe PJ qui implique à la fois PJ & Alan Lee & John Howe & Dan Hennah & Fran Walsh & Philipa Boyens & Weta &c.

Shu.

ps : Au passage je note que, suite à la surenchère jacksonienne sur longue durée autant qu'à ma lecture assidue du matraquage intellectuel antijacksonien sur les sites Tolkien de la plus haute qualité (et également, suite à certains éclairages décisifs à Cerisy), j'ai largement évolué d'une position proPJ à une position modérée ; non que j'affectionne particulièrement la position du milieu (ce serait plutôt le contraire), mais que je ne puisse plus, aujourd'hui, défendre PJ (qui n'en a pas besoin bien sûr) : il y a trop de gâchis en amont et en aval. En revanche, je continue à sentir et à penser que jeter le tout dans un grand sac (car ça ne passerait jamais avec l'eau du bain) est le résultat d'une grande opacité intellectuelle qui se révèlera comme telle au cours du temps (quand on aura oublié le rouleau compresseur commercial, et qu'on n'en voudra pas plus, implicitement, à PJ d'avoir produit un bulldozer qu'à, disons, Cecile B. DeMille avec Les Dix Commandements ou, dans un autre domaine, Hugo avec Hernani).
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