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Les Cavaliers Noirs : pisteurs
#16
À la question de Merry, qui s’interroge si les Cavaliers Noirs peuvent voir (après avoir constaté qu’ils « semblent se servir surtout de leur nez, non de leurs yeux, comme pour nous flairer, si flairer est le mot juste », Lauzon, p. 250), la réponse de l’Arpenteur est sans équivoque : « Eux-mêmes ne voient pas le monde de lumière tel que nous le percevons, mais nos silhouettes jettent des ombres dans leur esprit que seul le soleil de midi parvient à détruire ; et dans le noir, ils distinguent beaucoup de signes et de formes qui se dérobent à nos regards » (ibid.).

Tout comme Gollum, aveuglé par la lumière du soleil et de la lune, les Nazgûl sont dans un état de quasi-cécité en plein jour, mais ont une vue perçante dans les ténèbres. Et, de nuit comme de jour, ils se servent de leur odorat pour « [sentir] à tout moment le sang des êtres vivants, le désirant et le haïssant » (ibid.).

Il existe cependant un autre sens selon Aragorn, plus important encore : « il est d’autre sens que l’odorat et la vue. Nous pouvons sentir leur présence : elle a troublé nos cœurs sitôt que nous sommes arrivés ici, avant que nous les ayons vus ; ils sentent la nôtre encore plus nettement. » (ibid.) De fait, alors que la vue perçoit les êtres, cet « autre sens » permettrait de distinguer leur essence – autrement dit, ce qui est en leur cœur.

On retrouve cette articulation un peu plus loin dans le même paragraphe lorsque Sam avoue avoir « senti quelque chose monter en catimini le long de la pente » et que Frodo lui demande s’il a vu quelque chose – ce à quoi il lui répond que « non ». Les Cavaliers Noirs semblent d’ailleurs troubler la vue des hobbits, puisque Merry croit avoir vu quelque chose lui aussi, mais sans en être certain : « j’ai cru voir deux ou trois formes noires » (Lauzon, p. 256). Un peu plus loin encore, la peur que suscite la présence des Nazgûl semble même priver les Hobbits de la faculté de voir ce qui se passe autour d’eux, puisque Pippin et Merry se jettent « face contre terre » (ibid.).

Si la terreur peut être/rendre aveugle, il n’en demeure donc pas moins que l’on peut encore voir avec le cœur, comme lorsque les hobbits « sentirent plutôt qu’ils ne virent une ombre monter », et qu’en plissant les yeux (autrement dit, en ayant une vision plus réduite), « les ombres parurent grandir » (ibid.)
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