Bonsoir,
Je n'ai fait que survoler ce fuseau et ce que je vais dire ne pourra donc qu'être superficiel ou hors sujet et sans doute quelqu'un avant moi a déjà écrit cela ici, mais s'agissant de l'usage de la machine, quelques commentaires très lacunaires :
- L'usage de la machine peut être bénéfique. Elle a permis de sortir de la pauvreté des millions d'être humains dans le monde.
- Sans doute, cet usage de la machine s'est fait dans le cadre d'opérations rémunératrices pour les investisseurs, dont le regard était davantage vissé sur les chiffres de retour sur investissement qu'ils n'étaient guidés par la philantropie. Je rappelle quand même que beaucoup de projets d'investissements en Afrique francophone aujourd'hui sont co-financés notamment par la Banque Mondiale, la BEI, l'Agence Française du Développement etc.
- Mais aujourd'hui en Afrique, continent sous-équipés en infrastructures, la machine continue de permettre la constructions de routes, de réseaux, d'écoles, qui aident tel quartier, tel village, à recevoir l'eau ou l'électricité qu'ils ne recevaient pas il y a encore quelques années. Quitte à parler de la machine, autant parler aussi du bon côté de la pièce, pour avoir un regard global sur le sujet, sans se limiter au seul regard (même si l'on sait combien il nous est cher) d'un homme qui a vu la banlieu de Birmingham s'industrialiser et perdre ses prés verdoyants. Et quid des fronts pionniers au Brésil ? Mais, sans doute les côtés sont-ils plus que deux. Ce n'est pas une pièce, c'est un polygone ! Comment fait-on pour que 100.000 personnes en Chine ou en Afrique (je dis 100.00 pour l'exemple) aient de l'électricité ou de l'eau quand il y a un obstacle géologique qui empêche le génie civil de relier des postes de livraison ? Il faudra peut-être faire sauter l'obstacle, ou bien les laisser dans leur misère, ou bien les déplacer de force dans d'autres zones habitables, etc. Je ne sais pas comment on fait. Je ne dis pas qu'il y a une solution meilleure que l'autre, mais que chaque solution a son pour et son contre.
- On pourrait aussi rappeler, qu'en France, avant la révolution industrielle et l'avènement de la machine, le colbertisme, d'un point de vue économique, avait volontairement laissé dans la pauvreté la plus extrême les campagnes en fixant très bas les prix auxquels les denrées de la campagne pouvaient être vendus en ville. (Colbert n'était pas le bienveillant protecteur du capitalisme centralisé qu'a essayé de nous vendre le bateleur Montebourg, et savait très bien ce qu'il faisait - mais je m'égare, je crains)
- Pour en revenir au sujet, la machine est pour moi une surface vierge, elle n'est rien elle-même, elle n'est qu'outil, moyen. Elle est ce qu'on en fait. On peut en faire un trope, comme Bernanos dans ses pamphlets (Les Robots contiennent des pages autrement plus violentes que celles de Tolkien, mais bon, Bernanos ne disait pas les choses à moitié, cela faisait partie de son grand style, ce style pour lequel on l'aime aujourd'hui) et comme Tolkien dans ses livres et lettres. Ou donner lieu à des concepts philosophiques qui ont inspiré des grands livres de philosophie. Dans Condition de l'Homme moderne, je me souviens qu'Arendt était éloquente sur ces sujets.
- Mais j'en viens à la raison de mon intervention : La machine devient alors une sorte d'aliment artistique, fécond pour les artistes mélancoliques. Lorsqu'un Tolkien, ou un John Ford (pour moi, il y a pas mal de points communs entre les deux) font des oeuvres mélancoliques, dont le regard parait tourné vers la passé, je ne crois pas qu'ils regrettent ce passé, qu'ils disent "c'était mieux avant". Ils savent que le passé n'est pas recouvrable, qu'on ne peut revenir en arrière, qu'il n'y a pas d'éternel retour (ils ne sont pas catholiques tous les deux pour rien). Ils ne cachent rien d'ailleurs de la brutalité, des préjugés, qui existaient dans ce passé. Si le passé ne peut revenir, il ne peut être alors qu'images dans une mémoire inscrites dans le temps. Le passé devient une création de la mémoire, une création de l'artiste qu'il voit en lui-même, qu'il recrée en lui-même, et l'on rejoint, alors, à partir du point de départ de la machine, l'idée que le légendaire tolkienien est une création, une invention. Tolkien insistait beaucoup sur cette idée de création, comme on le sait. Il y a un regret, et ce regret trouve dans la machine une nourriture artistique. Il y a un état d'esprit. Un état d'esprit d'artiste. On peut effectivement condamner la machine ou le progrès en se mettant dans un état d'esprit particulier (ou à l'inverse, comme les positivistes ne voir que le bon côté de la machine - autre état d'espit). Mais en réalité, une machine contient nécessairement une part d'invention et elle n'est donc pas entièrement mauvaise ("rien n'est mauvais au début"...). Dans le mot machine, tel que Tolkien l'utilise, il y a donc bien l'idée d'un trope, d'un concept, d'une attitude face à la vie. Ce n'est pas la machine en soit que condamne Tolkien peut-être, mais davantage, l'usage, le dessein, qui se trouve derrière elle, l'attitude "machinesque" qui peut présider à une décision, l'esprit de machine en somme. "L'esprit de machine", "l'esprit de rouage" autant de chose que Sylvebarbe aurait dit de Saruman. Il me semble donc bien voir ce que veut dire Tolkien, et je partage sa mélancolie, même si je ne crois pas qu'en pratique, il faille toujours le prendre au pied de la... lettre.
Bon, j'arrête cette intervention tardive qui est un peu partie dans toutes les directions. :8
Je n'ai fait que survoler ce fuseau et ce que je vais dire ne pourra donc qu'être superficiel ou hors sujet et sans doute quelqu'un avant moi a déjà écrit cela ici, mais s'agissant de l'usage de la machine, quelques commentaires très lacunaires :
- L'usage de la machine peut être bénéfique. Elle a permis de sortir de la pauvreté des millions d'être humains dans le monde.
- Sans doute, cet usage de la machine s'est fait dans le cadre d'opérations rémunératrices pour les investisseurs, dont le regard était davantage vissé sur les chiffres de retour sur investissement qu'ils n'étaient guidés par la philantropie. Je rappelle quand même que beaucoup de projets d'investissements en Afrique francophone aujourd'hui sont co-financés notamment par la Banque Mondiale, la BEI, l'Agence Française du Développement etc.
- Mais aujourd'hui en Afrique, continent sous-équipés en infrastructures, la machine continue de permettre la constructions de routes, de réseaux, d'écoles, qui aident tel quartier, tel village, à recevoir l'eau ou l'électricité qu'ils ne recevaient pas il y a encore quelques années. Quitte à parler de la machine, autant parler aussi du bon côté de la pièce, pour avoir un regard global sur le sujet, sans se limiter au seul regard (même si l'on sait combien il nous est cher) d'un homme qui a vu la banlieu de Birmingham s'industrialiser et perdre ses prés verdoyants. Et quid des fronts pionniers au Brésil ? Mais, sans doute les côtés sont-ils plus que deux. Ce n'est pas une pièce, c'est un polygone ! Comment fait-on pour que 100.000 personnes en Chine ou en Afrique (je dis 100.00 pour l'exemple) aient de l'électricité ou de l'eau quand il y a un obstacle géologique qui empêche le génie civil de relier des postes de livraison ? Il faudra peut-être faire sauter l'obstacle, ou bien les laisser dans leur misère, ou bien les déplacer de force dans d'autres zones habitables, etc. Je ne sais pas comment on fait. Je ne dis pas qu'il y a une solution meilleure que l'autre, mais que chaque solution a son pour et son contre.
- On pourrait aussi rappeler, qu'en France, avant la révolution industrielle et l'avènement de la machine, le colbertisme, d'un point de vue économique, avait volontairement laissé dans la pauvreté la plus extrême les campagnes en fixant très bas les prix auxquels les denrées de la campagne pouvaient être vendus en ville. (Colbert n'était pas le bienveillant protecteur du capitalisme centralisé qu'a essayé de nous vendre le bateleur Montebourg, et savait très bien ce qu'il faisait - mais je m'égare, je crains)
- Pour en revenir au sujet, la machine est pour moi une surface vierge, elle n'est rien elle-même, elle n'est qu'outil, moyen. Elle est ce qu'on en fait. On peut en faire un trope, comme Bernanos dans ses pamphlets (Les Robots contiennent des pages autrement plus violentes que celles de Tolkien, mais bon, Bernanos ne disait pas les choses à moitié, cela faisait partie de son grand style, ce style pour lequel on l'aime aujourd'hui) et comme Tolkien dans ses livres et lettres. Ou donner lieu à des concepts philosophiques qui ont inspiré des grands livres de philosophie. Dans Condition de l'Homme moderne, je me souviens qu'Arendt était éloquente sur ces sujets.
- Mais j'en viens à la raison de mon intervention : La machine devient alors une sorte d'aliment artistique, fécond pour les artistes mélancoliques. Lorsqu'un Tolkien, ou un John Ford (pour moi, il y a pas mal de points communs entre les deux) font des oeuvres mélancoliques, dont le regard parait tourné vers la passé, je ne crois pas qu'ils regrettent ce passé, qu'ils disent "c'était mieux avant". Ils savent que le passé n'est pas recouvrable, qu'on ne peut revenir en arrière, qu'il n'y a pas d'éternel retour (ils ne sont pas catholiques tous les deux pour rien). Ils ne cachent rien d'ailleurs de la brutalité, des préjugés, qui existaient dans ce passé. Si le passé ne peut revenir, il ne peut être alors qu'images dans une mémoire inscrites dans le temps. Le passé devient une création de la mémoire, une création de l'artiste qu'il voit en lui-même, qu'il recrée en lui-même, et l'on rejoint, alors, à partir du point de départ de la machine, l'idée que le légendaire tolkienien est une création, une invention. Tolkien insistait beaucoup sur cette idée de création, comme on le sait. Il y a un regret, et ce regret trouve dans la machine une nourriture artistique. Il y a un état d'esprit. Un état d'esprit d'artiste. On peut effectivement condamner la machine ou le progrès en se mettant dans un état d'esprit particulier (ou à l'inverse, comme les positivistes ne voir que le bon côté de la machine - autre état d'espit). Mais en réalité, une machine contient nécessairement une part d'invention et elle n'est donc pas entièrement mauvaise ("rien n'est mauvais au début"...). Dans le mot machine, tel que Tolkien l'utilise, il y a donc bien l'idée d'un trope, d'un concept, d'une attitude face à la vie. Ce n'est pas la machine en soit que condamne Tolkien peut-être, mais davantage, l'usage, le dessein, qui se trouve derrière elle, l'attitude "machinesque" qui peut présider à une décision, l'esprit de machine en somme. "L'esprit de machine", "l'esprit de rouage" autant de chose que Sylvebarbe aurait dit de Saruman. Il me semble donc bien voir ce que veut dire Tolkien, et je partage sa mélancolie, même si je ne crois pas qu'en pratique, il faille toujours le prendre au pied de la... lettre.
Bon, j'arrête cette intervention tardive qui est un peu partie dans toutes les directions. :8

