Cher Semprini,
Quel plaisir toujours renouvelé de te lire !
Merci d'avoir pris le temps d'une intervention, fut-elle tardive, ce que je ne pense pas qu'elle soit
Concernant la raison de ton intervention et sa conclusion, je ne pense pas avoir dit autre chose (et c'est d'ailleurs encore mieux mis en valeur dans l'article "Machine" du Dictionnaire Tolkien).
Quant au bon côté de la pièce, à l'utilisation bénéfiques des machines, Tolkien est clair là-dessus : voir la citation de OFS donnée à la toute fin d'un post du 15-05-2009.
Il est évident que sans prôner un retour à l'âge des cavernes, au Moyen Âge ou aux campagnes misérables sous Colbert, une pause dans certains domaines est sous-entendue par la critique de la Machine qui opposera toujours au tout technique une question de taille, de seuil, de limite, et/ou de simplicité volontaire... Il ne s'agit pas de laisser mourir les africains ou les chinois, mais il ne s'agit pas non plus penser que "sortir de la pauvreté" consiste à vivre sur le mode occidental, ni même qu'il soit bénéfique à la société occidentale de vouloir préserver son mode de vie actuel fondé sur l'accumulation de puissance sous une forme ou sous une autre (et en cela, ce qui faisait peut-être de Tolkien un réactionnaire fait aujourd'hui de lui bien plus que cela).
Pour autant, il me semble que la véritable ligne de partage entre les participants de ce fuseau n'est pas avant tout dans un désir de vivre dans le passé / une joie de vivre dans le présent mais bien dans dans l'évaluation de la nature de la Machine.
D'un côté ceux qui tiennent la machine pour une "surface vierge" et la réduise à "n'[être] qu'outil, moyen. Elle est ce qu'on en fait". De l'autre quelques personnes (je vous rassure minoritaires -- Ellul, Anders, Charbonneau, Castoriadis,... ) pour qui le problème n'est pas dans la machine mais dans le système qui la produit (la Machine/la Technnique) devenu ou en passe de devenir autonome et dont les manifestations ne dépendent pas seulement de la bonne (ou mauvaise volonté) de celui qui en use, mais qui portent en elles tout à la fois bienfaits et dangers. Ambivalence de la Technique disait Jacques Ellul. Pharmakon nous dit Bernatrd Stiegler.
Tolkien faisait partie de cette minorité. A nouveau la citation de OFS : L'avion est capable d'être bien utilisé et de de transporter des médecins pour sauver des vies, mais il demeure lié au Moloch moderne qu'est la Machine. On sait que ce même avion -- indépendamment de son usage volontairement malveillant (que ce soit comme usage de destruction militaire, capable de traumatiser un pays tout entier pour des décennies, ou comme objet à détruire d'un missile lorsqu'il survole votre espace aérien et alors qu'il transporte des familles innocentes ou des médecins [encore eux] qui se rendent à un colloque) — ce même avion donc participe d'un trafic aérien dont on sait qu'il contribue (pour une part faible mais toujours croissante) au changement climatique à l'échelle planétaire... Un colloque en 2008 sur l'avion avait un sous-titre qui résumait cette ambivalence : "le rêve, la puissance et le doute".
C'est ainsi que [emphase]« les effets néfastes de la Technique sont inséparables des effets positifs »[/emphase] ou [emphase]« que le progrès technique soulève plus de problèmes qu'il n'en résout »[/emphase] (Ellul). Or
[citation=Ellul, La technique ou l'enjeu du siècle, Economica, p. 399]
ce qui rend la constatation difficile, c'est que généralement le problème soulevé n'est pas du même ordre que le problème résolu : il se situe dans un autre domaine de la vie de l'homme. On aperçoit mal dès lors la relation [normal][ou bien après le bénéfice immédiat][/normal].
[/citation]
Enfin, merci Semprini de nous rappeler les liens entre Tolkien et John Ford
Sosryko
Quel plaisir toujours renouvelé de te lire !
Merci d'avoir pris le temps d'une intervention, fut-elle tardive, ce que je ne pense pas qu'elle soit

Concernant la raison de ton intervention et sa conclusion, je ne pense pas avoir dit autre chose (et c'est d'ailleurs encore mieux mis en valeur dans l'article "Machine" du Dictionnaire Tolkien).
Quant au bon côté de la pièce, à l'utilisation bénéfiques des machines, Tolkien est clair là-dessus : voir la citation de OFS donnée à la toute fin d'un post du 15-05-2009.
Il est évident que sans prôner un retour à l'âge des cavernes, au Moyen Âge ou aux campagnes misérables sous Colbert, une pause dans certains domaines est sous-entendue par la critique de la Machine qui opposera toujours au tout technique une question de taille, de seuil, de limite, et/ou de simplicité volontaire... Il ne s'agit pas de laisser mourir les africains ou les chinois, mais il ne s'agit pas non plus penser que "sortir de la pauvreté" consiste à vivre sur le mode occidental, ni même qu'il soit bénéfique à la société occidentale de vouloir préserver son mode de vie actuel fondé sur l'accumulation de puissance sous une forme ou sous une autre (et en cela, ce qui faisait peut-être de Tolkien un réactionnaire fait aujourd'hui de lui bien plus que cela).
Pour autant, il me semble que la véritable ligne de partage entre les participants de ce fuseau n'est pas avant tout dans un désir de vivre dans le passé / une joie de vivre dans le présent mais bien dans dans l'évaluation de la nature de la Machine.
D'un côté ceux qui tiennent la machine pour une "surface vierge" et la réduise à "n'[être] qu'outil, moyen. Elle est ce qu'on en fait". De l'autre quelques personnes (je vous rassure minoritaires -- Ellul, Anders, Charbonneau, Castoriadis,... ) pour qui le problème n'est pas dans la machine mais dans le système qui la produit (la Machine/la Technnique) devenu ou en passe de devenir autonome et dont les manifestations ne dépendent pas seulement de la bonne (ou mauvaise volonté) de celui qui en use, mais qui portent en elles tout à la fois bienfaits et dangers. Ambivalence de la Technique disait Jacques Ellul. Pharmakon nous dit Bernatrd Stiegler.
Tolkien faisait partie de cette minorité. A nouveau la citation de OFS : L'avion est capable d'être bien utilisé et de de transporter des médecins pour sauver des vies, mais il demeure lié au Moloch moderne qu'est la Machine. On sait que ce même avion -- indépendamment de son usage volontairement malveillant (que ce soit comme usage de destruction militaire, capable de traumatiser un pays tout entier pour des décennies, ou comme objet à détruire d'un missile lorsqu'il survole votre espace aérien et alors qu'il transporte des familles innocentes ou des médecins [encore eux] qui se rendent à un colloque) — ce même avion donc participe d'un trafic aérien dont on sait qu'il contribue (pour une part faible mais toujours croissante) au changement climatique à l'échelle planétaire... Un colloque en 2008 sur l'avion avait un sous-titre qui résumait cette ambivalence : "le rêve, la puissance et le doute".
C'est ainsi que [emphase]« les effets néfastes de la Technique sont inséparables des effets positifs »[/emphase] ou [emphase]« que le progrès technique soulève plus de problèmes qu'il n'en résout »[/emphase] (Ellul). Or
[citation=Ellul, La technique ou l'enjeu du siècle, Economica, p. 399]
ce qui rend la constatation difficile, c'est que généralement le problème soulevé n'est pas du même ordre que le problème résolu : il se situe dans un autre domaine de la vie de l'homme. On aperçoit mal dès lors la relation [normal][ou bien après le bénéfice immédiat][/normal].
[/citation]
Enfin, merci Semprini de nous rappeler les liens entre Tolkien et John Ford

Sosryko

