11-12-2014, 05:56
Merci d'avoir pris le temps d'intervenir, Semprini. J'ai plusieurs fois été tenté moi-même de le faire, ces dernières années, avant d'être à chaque fois, je l'avoue, quelque peu découragé par le caractère probablement vain de la démarche, tant à l'égard de la (vaste) question évoquée qu'à l'égard de la nature des échanges possibles ici sur cette question.
Cette histoire de Machine honnie par J. R. R. Tolkien illustre, parmi d'autre sujets, le sentiment que j'évoquais récemment dans un autre fuseau, à savoir (et ça n'engage que moi, évidemment) celui de me sentir à l'étroit vis-à-vis des approches traditionnelles de Tolkien, qu'elles soient positivistes, chrétiennes ou basiquement consuméristes. Dans ce genre de discussion, toujours vaguement sur fond de "Kulturkampf" post-moderne (opposant, en gros, et fusse avec tout un tas de nuances, les esprits plus ou moins positivistes ne jurant que par leur conception de la science et les esprits plus ou moins religieux ne jurant que par leur conception de la transcendance), je suis tenté par la position de "l'esthète amusé et pyrrhonien" pour reprendre les mots d'Aldous Huxley... même si l'amusement est, à la longue, tout relatif...
Je ne sais pas si la machine est une surface vierge à ne considérer que comme un moyen. Je ne sais pas non plus si l'être humain est en train de perdre la maîtrise (supposée) de son pouvoir technologique et, au-delà, de sa propre histoire. On peut avoir des certitudes, d'un côté ou de l'autre : je laisse les certitudes (positivistes, chrétiennes, ou autres) à ceux qui les aiment.
Je note qu'un point essentiel n'a pas été abordé franchement jusqu'ici : je veux parler évidemment du très épineux dossier de l'usage de la technique dans le domaine des sciences de la vie, avec les implications dans les domaines de la sexualité et de la famille que cet usage implique. Gageons que si cet aspect très délicat était franchement abordé ici, qui plus est avec des textes de Tolkien à l'appui (je pense évidemment à Of the Laws and Customs among the Eldar dans HoME X, texte auquel j'ai déjà fait allusion plusieurs fois par le passé, mais il y a aussi la fameuse Lettre 43 déjà discutée, etc.), il y aurait encore moins de chance d'aboutir à un consensus qu'en évoquant la question de la société technicienne de manière plus générale, à travers des sujets sensiblement moins clivants a priori, comme la faim dans le monde.
Ma modeste opinion, forgé simplement après quelques lectures, est qu'il y a un principe, la liberté humaine, et une réalité, celle du monde de la technique et des formes d'aliénation qui lui sont propres. Entre principe et réalité, il y a contradiction. Cette contradiction peut-elle être résolue ? Je ne sais pas. Rien n'empêche cependant, heureusement, de réfléchir à celle-ci, afin d'essayer de la comprendre et d'en saisir la portée : je ne crois pas, toutefois, que ce sera d'une pensée positiviste scientiste ou d'une pensée religieuse particulière que viendra l'éclairage, s'il peut advenir... Il y a sans doute, en tout cas, un équilibre à trouver entre liberté et responsabilité, par-delà les croyances et certitudes des uns et des autres.
Le débat sur les dérives de la société technicienne, sur la civilisation technologique et la question des exigences éthiques qu'elle pose, n'est assurément pas nouveau et, en tout cas, il dépasse très largement Tolkien, comme bien d'autres sujets au centre desquels est placé l'écrivain ici et ailleurs comme si le simple fait de le faire pouvait être un liant privilégié entre lecteurs d'un même écrivain autour de sujets sur lesquels, pourtant, le fait de s'intéresser à Tolkien n'a pas vocation à "faire communauté" sur les sujets en question. Ce que je veux dire, c'est qu'un centre d'intérêt commun n'a pas particulièrement vocation à servir de prétexte pour parler "d'autre chose", même si des liens de tous ordres peuvent évidemment être établis. J'ai toujours eu l'impression d'une certaine ambiguïté à ce propos, notamment à propos de sujets comme cette histoire de Machine : je ne sais pas s'il est question simplement de partage, ou s'il y a aussi un message particulier que l'on souhaiterait faire passer sans forcément pour autant vouloir vraiment débattre...
Yyr, sur le présent fuseau, en 2011, avait évoqué l'idée de "chercher à avancer ensemble." Encore faudrait-il savoir dans quel sens, car je ne suis pas sûr que ce que je retiens de Tolkien soit philosophiquement, voire spirituellement, tout-à-fait la même chose que ce que d'autres peuvent en retenir, quelles qu'aient été les idées personnelles de Tolkien lui-même sur des questions qui se posent encore aujourd'hui...
Pour moi, et je le dis sans esprit "revendicatif", Tolkien n'est pas un maître à penser, ou un prophète, ou un "lanceur d'alerte", même si l'on a cependant bien raison d'en parler comme un écrivain qui, sous couvert de fiction, parlait assurément de "notre" monde et de ses problèmes, comme beaucoup d'autres écrivains. Peut-être parce que les mots "mythe" et "mythologie" sont aujourd'hui plutôt à la mode (sans que l'on s'interroge beaucoup sur leur polysémie, propice à toutes les confusions), et pour sans doute plein d'autres raisons, Tolkien semble bénéficier d'une sorte d'aura de nature à en faire quelqu'un d'à part : c'est plutôt le sens de la promotion dont il fait l'objet ces temps-ci à la faveur d'une certaine opportunité médiatique. J'avoue ne pas être très en phase avec ce mouvement... Pour moi, Tolkien est un écrivain, un artiste, un poète : c'est ainsi qu'il m'a toujours intéressé, car c'est en tant que tel, comme beaucoup d'autres (et pas forcément beaucoup mieux que d'autres : qui sont les tolkienophiles pour prétendre cela ?), qu'il a certainement touché du doigt quelque-chose, ce qui est son honneur d'artiste (et non pas tant de mythographe), quelque-chose qui dépasse assurément aussi bien le positivisme scientiste que n'importe quelle croyance religieuse prétendant plus ou moins au monopole de la transcendance (quand bien même certains préfèrent imprudemment ne jurer que par la fameuse Lettre 142). Je suis ouvert à la plupart des opinions et sincèrement intéressé par la diversité des approches, mais je regrette cependant le relatif phagocytage de la lecture et de l'étude de Tolkien par toutes sortes de disciplines, spécialités et grilles de lecture qui finissent par recouvrir le sujet de nouvelles strates quand le discours de promotion supposé faire consensus prétend pourtant justement aujourd'hui "déstratifier" ledit sujet.
Pourquoi venir vous ennuyer avec tout cela ? Parce que la raison de l'intervention de Semprini m'a interpellé :
J'ai aimé la façon dont Semprini est revenu, finalement, à l'essentiel : la créativité de l'artiste, et sa mise en contexte dans quelque-chose qui dépasse les approches disciplinaires particulières, la spécialité du "tolkienologue" et même le questionnement éthique autour de la Machine (entre autres questionnements possibles). C'est là, à mon avis, que Tolkien, comme d'autres écrivains, d'autres artistes, apporte sa spécificité au monde, laquelle n'est pas tant à chercher particulièrement derrière les langues inventées, la foi catholique ou la mythographie, que dans le dénominateur commun à tous les grands artistes, à tous les grands poètes : l'imagination et la créativité qui en découle, quel que soit, au fond, ce à quoi le créateur peut avoir réagi à l'origine. De facto, ces artistes ne me paraissent pas être des "fins en soi" mais plutôt des points de départ vers d'autres processus créatifs : de ce point de vue, la créativité de Tolkien devrait être vu, selon moi, plutôt comme une invitation à continuer à créer après lui que comme une sorte de point d'arrivée, voire de maître à penser.
Je viens de relire la fin de l'introduction du dernier livre de Vincent :
[citation=FERRÉ, Vincent, Lire J.R.R. Tolkien, Paris, Pocket, 2014, p. 18]
À leur tour, certains lecteurs du Seigneur des Anneaux pourront écrire, peindre, pour suivre l'exemple de son auteur et inventer des mondes ; d'autres préfèreront parler du roman, lors de rencontres ou sur les forums en ligne, débattre des interprétations, des influences... et surtout, essayer de convaincre ceux qui n'ont pas encore eu cette chance : lire et (re)lire toute l’œuvre de Tolkien !
[/citation]
Si certains suivent l'exemple de Tolkien, en créant dans l'ombre d'une autre création, puisqu'il faut bien partir de quelque part, souhaitons en tout cas qu'ils sachent s'émanciper de leur modèle un jour ou l'autre. Si d'autres préfèrent parler des créations des autres, c'est aussi légitime, mais souhaitons aussi qu'ils puissent se sentir capables de saisir, même à un modeste niveau, l'invitation que m'a paru faire Tolkien, à savoir de ne pas seulement s'arrêter à ce qu'il a conçu et fait : après tout, n'est-ce-pas justement le message laissé à travers l'histoire de Feuille, de Niggle ?
Je vais m'arrêter là également, sachant que je n'ai sans doute pas davantage su éviter la tentation du discours discursif, ce dont je m'excuse... Je ne suis même pas sûr d'avoir écrit quelque-chose de bien clair, mais ce qui est fait est fait...
[small]La majeure partie de ce message a été rédigé durant la nuit, tandis qu'à la télé, sur Arte, on rediffusait The Tree of Life de Terrence Malick, un film que j'avais déjà vu en salle à sa sortie : ça ne se voit peut-être pas, mais cela a donné une ambiance particulière au contexte de la rédaction...[/small]
Cordialement,
Hyarion.
Cette histoire de Machine honnie par J. R. R. Tolkien illustre, parmi d'autre sujets, le sentiment que j'évoquais récemment dans un autre fuseau, à savoir (et ça n'engage que moi, évidemment) celui de me sentir à l'étroit vis-à-vis des approches traditionnelles de Tolkien, qu'elles soient positivistes, chrétiennes ou basiquement consuméristes. Dans ce genre de discussion, toujours vaguement sur fond de "Kulturkampf" post-moderne (opposant, en gros, et fusse avec tout un tas de nuances, les esprits plus ou moins positivistes ne jurant que par leur conception de la science et les esprits plus ou moins religieux ne jurant que par leur conception de la transcendance), je suis tenté par la position de "l'esthète amusé et pyrrhonien" pour reprendre les mots d'Aldous Huxley... même si l'amusement est, à la longue, tout relatif...
Je ne sais pas si la machine est une surface vierge à ne considérer que comme un moyen. Je ne sais pas non plus si l'être humain est en train de perdre la maîtrise (supposée) de son pouvoir technologique et, au-delà, de sa propre histoire. On peut avoir des certitudes, d'un côté ou de l'autre : je laisse les certitudes (positivistes, chrétiennes, ou autres) à ceux qui les aiment.
Je note qu'un point essentiel n'a pas été abordé franchement jusqu'ici : je veux parler évidemment du très épineux dossier de l'usage de la technique dans le domaine des sciences de la vie, avec les implications dans les domaines de la sexualité et de la famille que cet usage implique. Gageons que si cet aspect très délicat était franchement abordé ici, qui plus est avec des textes de Tolkien à l'appui (je pense évidemment à Of the Laws and Customs among the Eldar dans HoME X, texte auquel j'ai déjà fait allusion plusieurs fois par le passé, mais il y a aussi la fameuse Lettre 43 déjà discutée, etc.), il y aurait encore moins de chance d'aboutir à un consensus qu'en évoquant la question de la société technicienne de manière plus générale, à travers des sujets sensiblement moins clivants a priori, comme la faim dans le monde.
Ma modeste opinion, forgé simplement après quelques lectures, est qu'il y a un principe, la liberté humaine, et une réalité, celle du monde de la technique et des formes d'aliénation qui lui sont propres. Entre principe et réalité, il y a contradiction. Cette contradiction peut-elle être résolue ? Je ne sais pas. Rien n'empêche cependant, heureusement, de réfléchir à celle-ci, afin d'essayer de la comprendre et d'en saisir la portée : je ne crois pas, toutefois, que ce sera d'une pensée positiviste scientiste ou d'une pensée religieuse particulière que viendra l'éclairage, s'il peut advenir... Il y a sans doute, en tout cas, un équilibre à trouver entre liberté et responsabilité, par-delà les croyances et certitudes des uns et des autres.
Le débat sur les dérives de la société technicienne, sur la civilisation technologique et la question des exigences éthiques qu'elle pose, n'est assurément pas nouveau et, en tout cas, il dépasse très largement Tolkien, comme bien d'autres sujets au centre desquels est placé l'écrivain ici et ailleurs comme si le simple fait de le faire pouvait être un liant privilégié entre lecteurs d'un même écrivain autour de sujets sur lesquels, pourtant, le fait de s'intéresser à Tolkien n'a pas vocation à "faire communauté" sur les sujets en question. Ce que je veux dire, c'est qu'un centre d'intérêt commun n'a pas particulièrement vocation à servir de prétexte pour parler "d'autre chose", même si des liens de tous ordres peuvent évidemment être établis. J'ai toujours eu l'impression d'une certaine ambiguïté à ce propos, notamment à propos de sujets comme cette histoire de Machine : je ne sais pas s'il est question simplement de partage, ou s'il y a aussi un message particulier que l'on souhaiterait faire passer sans forcément pour autant vouloir vraiment débattre...
Yyr, sur le présent fuseau, en 2011, avait évoqué l'idée de "chercher à avancer ensemble." Encore faudrait-il savoir dans quel sens, car je ne suis pas sûr que ce que je retiens de Tolkien soit philosophiquement, voire spirituellement, tout-à-fait la même chose que ce que d'autres peuvent en retenir, quelles qu'aient été les idées personnelles de Tolkien lui-même sur des questions qui se posent encore aujourd'hui...
Pour moi, et je le dis sans esprit "revendicatif", Tolkien n'est pas un maître à penser, ou un prophète, ou un "lanceur d'alerte", même si l'on a cependant bien raison d'en parler comme un écrivain qui, sous couvert de fiction, parlait assurément de "notre" monde et de ses problèmes, comme beaucoup d'autres écrivains. Peut-être parce que les mots "mythe" et "mythologie" sont aujourd'hui plutôt à la mode (sans que l'on s'interroge beaucoup sur leur polysémie, propice à toutes les confusions), et pour sans doute plein d'autres raisons, Tolkien semble bénéficier d'une sorte d'aura de nature à en faire quelqu'un d'à part : c'est plutôt le sens de la promotion dont il fait l'objet ces temps-ci à la faveur d'une certaine opportunité médiatique. J'avoue ne pas être très en phase avec ce mouvement... Pour moi, Tolkien est un écrivain, un artiste, un poète : c'est ainsi qu'il m'a toujours intéressé, car c'est en tant que tel, comme beaucoup d'autres (et pas forcément beaucoup mieux que d'autres : qui sont les tolkienophiles pour prétendre cela ?), qu'il a certainement touché du doigt quelque-chose, ce qui est son honneur d'artiste (et non pas tant de mythographe), quelque-chose qui dépasse assurément aussi bien le positivisme scientiste que n'importe quelle croyance religieuse prétendant plus ou moins au monopole de la transcendance (quand bien même certains préfèrent imprudemment ne jurer que par la fameuse Lettre 142). Je suis ouvert à la plupart des opinions et sincèrement intéressé par la diversité des approches, mais je regrette cependant le relatif phagocytage de la lecture et de l'étude de Tolkien par toutes sortes de disciplines, spécialités et grilles de lecture qui finissent par recouvrir le sujet de nouvelles strates quand le discours de promotion supposé faire consensus prétend pourtant justement aujourd'hui "déstratifier" ledit sujet.
Pourquoi venir vous ennuyer avec tout cela ? Parce que la raison de l'intervention de Semprini m'a interpellé :
Semprini Wrote:- Mais j'en viens à la raison de mon intervention : La machine devient alors une sorte d'aliment artistique, fécond pour les artistes mélancoliques. Lorsqu'un Tolkien, ou un John Ford (pour moi, il y a pas mal de points communs entre les deux) font des oeuvres mélancoliques, dont le regard parait tourné vers la passé, je ne crois pas qu'ils regrettent ce passé, qu'ils disent "c'était mieux avant". Ils savent que le passé n'est pas recouvrable, qu'on ne peut revenir en arrière, qu'il n'y a pas d'éternel retour (ils ne sont pas catholiques tous les deux pour rien). Ils ne cachent rien d'ailleurs de la brutalité, des préjugés, qui existaient dans ce passé. Si le passé ne peut revenir, il ne peut être alors qu'images dans une mémoire inscrites dans le temps. Le passé devient une création de la mémoire, une création de l'artiste qu'il voit en lui-même, qu'il recrée en lui-même, et l'on rejoint, alors, à partir du point de départ de la machine, l'idée que le légendaire tolkienien est une création, une invention. Tolkien insistait beaucoup sur cette idée de création, comme on le sait. Il y a un regret, et ce regret trouve dans la machine une nourriture artistique. Il y a un état d'esprit. Un état d'esprit d'artiste. On peut effectivement condamner la machine ou le progrès en se mettant dans un état d'esprit particulier (ou à l'inverse, comme les positivistes ne voir que le bon côté de la machine - autre état d'espit). Mais en réalité, une machine contient nécessairement une part d'invention et elle n'est donc pas entièrement mauvaise ("rien n'est mauvais au début"...). Dans le mot machine, tel que Tolkien l'utilise, il y a donc bien l'idée d'un trope, d'un concept, d'une attitude face à la vie. Ce n'est pas la machine en soit que condamne Tolkien peut-être, mais davantage, l'usage, le dessein, qui se trouve derrière elle, l'attitude "machinesque" qui peut présider à une décision, l'esprit de machine en somme. "L'esprit de machine", "l'esprit de rouage" autant de chose que Sylvebarbe aurait dit de Saruman. Il me semble donc bien voir ce que veut dire Tolkien, et je partage sa mélancolie, même si je ne crois pas qu'en pratique, il faille toujours le prendre au pied de la... lettre.
J'ai aimé la façon dont Semprini est revenu, finalement, à l'essentiel : la créativité de l'artiste, et sa mise en contexte dans quelque-chose qui dépasse les approches disciplinaires particulières, la spécialité du "tolkienologue" et même le questionnement éthique autour de la Machine (entre autres questionnements possibles). C'est là, à mon avis, que Tolkien, comme d'autres écrivains, d'autres artistes, apporte sa spécificité au monde, laquelle n'est pas tant à chercher particulièrement derrière les langues inventées, la foi catholique ou la mythographie, que dans le dénominateur commun à tous les grands artistes, à tous les grands poètes : l'imagination et la créativité qui en découle, quel que soit, au fond, ce à quoi le créateur peut avoir réagi à l'origine. De facto, ces artistes ne me paraissent pas être des "fins en soi" mais plutôt des points de départ vers d'autres processus créatifs : de ce point de vue, la créativité de Tolkien devrait être vu, selon moi, plutôt comme une invitation à continuer à créer après lui que comme une sorte de point d'arrivée, voire de maître à penser.
Je viens de relire la fin de l'introduction du dernier livre de Vincent :
[citation=FERRÉ, Vincent, Lire J.R.R. Tolkien, Paris, Pocket, 2014, p. 18]
À leur tour, certains lecteurs du Seigneur des Anneaux pourront écrire, peindre, pour suivre l'exemple de son auteur et inventer des mondes ; d'autres préfèreront parler du roman, lors de rencontres ou sur les forums en ligne, débattre des interprétations, des influences... et surtout, essayer de convaincre ceux qui n'ont pas encore eu cette chance : lire et (re)lire toute l’œuvre de Tolkien !
[/citation]
Si certains suivent l'exemple de Tolkien, en créant dans l'ombre d'une autre création, puisqu'il faut bien partir de quelque part, souhaitons en tout cas qu'ils sachent s'émanciper de leur modèle un jour ou l'autre. Si d'autres préfèrent parler des créations des autres, c'est aussi légitime, mais souhaitons aussi qu'ils puissent se sentir capables de saisir, même à un modeste niveau, l'invitation que m'a paru faire Tolkien, à savoir de ne pas seulement s'arrêter à ce qu'il a conçu et fait : après tout, n'est-ce-pas justement le message laissé à travers l'histoire de Feuille, de Niggle ?
Semprini Wrote:Bon, j'arrête cette intervention tardive qui est un peu partie dans toutes les directions. :8
Je vais m'arrêter là également, sachant que je n'ai sans doute pas davantage su éviter la tentation du discours discursif, ce dont je m'excuse... Je ne suis même pas sûr d'avoir écrit quelque-chose de bien clair, mais ce qui est fait est fait...
[small]La majeure partie de ce message a été rédigé durant la nuit, tandis qu'à la télé, sur Arte, on rediffusait The Tree of Life de Terrence Malick, un film que j'avais déjà vu en salle à sa sortie : ça ne se voit peut-être pas, mais cela a donné une ambiance particulière au contexte de la rédaction...[/small]
Cordialement,
Hyarion.

