Cher Sosryko,
Pourquoi veux-tu nous "rassurer" en affirmant que les auteurs que tu cites sont minoritaires ? Serait-ce parce que la majorité des tolkiendili a une tendance naturelle au positivisme scientiste ou parce que les théories des auteurs en questions sont elles-mêmes un Pharmakon ?
Au demeurant, je suis ravi que tu cites B. Stiegler, qui est un auteur très intéressant, pour le peu que j'en ai vu. C'est de plus un continuateur des réflexions de G. Simondon sur la technique, que je t'incite une fois de plus à lire si tu ne l'a pas encore fait. A ce propos, je te propose bien volontiers un échange de bons procédés : si tu acceptes de lire Du mode d'existence des objets techniques, je m'engage à lire le livre d'Ellul que tu me recommanderas.
Incidemment, les statistiques ne soutiennent pas ton dernier exemple : malgré un décuplement des vols commerciaux, l'aviation ne produit pas plus de rejets polluants qu'il y a une trentaine d'années (je peux retrouver les études en question si nécessaires). C'est pour moi la preuve que le progrès technique, bien employé (i.e. en tenant compte des externalités qu'il peut générer), a un effet globalement positif. J'avais également lu il y a longtemps un article qui expliquait que la pollution du bassin parisien aurait été infiniment plus importante aujourd'hui si on était resté à la traction hippomobile, du fait de l'augmentation de la population et de ses besoins de transport. En effet, le cheval est apparemment un grand producteur de méthane du fait de son alimentation végétarienne. Ce qui vient relativiser les supposés méfaits de la voiture, même si bien évidemment il convient de continuer la recherche de solutions de transports plus adaptées et encore moins polluantes.
Pour ma part, compte tenu de l'augmentation de la population humaine, laquelle est inévitable si on n'accepte pas une énorme mortalité infantile et si aucun contrôle étatique des naissances n'est institué, je considère que le progrès technique est une nécessité, ne serait-ce que pour garantir les besoins de base de chaque être humain. Ce qui n'interdit pas, bien sûr, de s'interroger sur la pertinence des choix techniques et le danger inhérent à certaines technologies.
Amicalement,
Elendil
[séparation]
PS : Suite à un voyage en avion, j'ai lu la réponse de Hyarion après avoir écrit (et posté) la mienne. Il y a toutefois un point qui m'interpelle :
Il me semble tout de même que le principe d'une communauté comme JRRVF, comme l'indique son nom, c'est potentiellement de parler de tous les sujets qui se rapportent à Tolkien. De ce fait, je ne vois guère pourquoi certains sujets seraient moins acceptables que d'autres, quand bien même ils s'intéresseraient au discours de Tolkien sur des sujets relatifs au monde réel et pas à sa subcréation. Bien sûr, nul ne doit se sentir forcé de participer à tous les fuseaux. A chacun de faire ses propres choix (et c'est la raison pour laquelle je m'abstiens le plus souvent de réagir aux questions sur les films).
Et c'est certainement la preuve de la richesse de l'œuvre de fiction de Tolkien si les lectures qu'on peut en faire sont aussi nombreuses qu'il y a de lecteurs. Excellente raison pour en discuter, dans le respect des uns et des autres.
Pour ma part, c'est là que je cesse de suivre ce que tu veux nous dire : que la créativité de Tolkien soit essentielle (même si j'éviterais pour ma part l'article défini), nul ici n'en discutera, je pense. Toutefois, parler de créativité en général sans rentrer dans des considérations plus précises sur ce qu'elle est et en quoi elle nous parle me semble peu intéressant, car on risque alors de se cantonner à la surface des choses. En particulier, la créativité n'est pas tout : nombre d'auteurs font preuve d'une créativité remarquable, sans pour autant qu'ils suscitent autant d'intérêt, tant de la part du grand public, que des spécialistes de la littérature. On est en droit de se demander pourquoi et notamment si cela ne vient pas des thèmes que Tolkien aborde.
D'autre part, tu récusais initialement l'idée de questionner Tolkien pour parler d'autres choses et tu souhaites en conclusion dépasser Tolkien en continuant à créer, soit par l'analyse, soit par l'imagination. J'ai le sentiment qu'il y a une certaine contradiction dans tes propos. A moins que ce qui t'inquiètes soit la perspective que certains se cantonnent à considérer Tolkien comme un "point d'arrivée" pour reprendre tes propos. Toutefois, je ne suis pas persuadé de la réalité de ce risque, car je ne vois pas qui, ici, défendrait (même inconsciemment) une telle position.
Pourquoi veux-tu nous "rassurer" en affirmant que les auteurs que tu cites sont minoritaires ? Serait-ce parce que la majorité des tolkiendili a une tendance naturelle au positivisme scientiste ou parce que les théories des auteurs en questions sont elles-mêmes un Pharmakon ?

Au demeurant, je suis ravi que tu cites B. Stiegler, qui est un auteur très intéressant, pour le peu que j'en ai vu. C'est de plus un continuateur des réflexions de G. Simondon sur la technique, que je t'incite une fois de plus à lire si tu ne l'a pas encore fait. A ce propos, je te propose bien volontiers un échange de bons procédés : si tu acceptes de lire Du mode d'existence des objets techniques, je m'engage à lire le livre d'Ellul que tu me recommanderas.

Incidemment, les statistiques ne soutiennent pas ton dernier exemple : malgré un décuplement des vols commerciaux, l'aviation ne produit pas plus de rejets polluants qu'il y a une trentaine d'années (je peux retrouver les études en question si nécessaires). C'est pour moi la preuve que le progrès technique, bien employé (i.e. en tenant compte des externalités qu'il peut générer), a un effet globalement positif. J'avais également lu il y a longtemps un article qui expliquait que la pollution du bassin parisien aurait été infiniment plus importante aujourd'hui si on était resté à la traction hippomobile, du fait de l'augmentation de la population et de ses besoins de transport. En effet, le cheval est apparemment un grand producteur de méthane du fait de son alimentation végétarienne. Ce qui vient relativiser les supposés méfaits de la voiture, même si bien évidemment il convient de continuer la recherche de solutions de transports plus adaptées et encore moins polluantes.
Pour ma part, compte tenu de l'augmentation de la population humaine, laquelle est inévitable si on n'accepte pas une énorme mortalité infantile et si aucun contrôle étatique des naissances n'est institué, je considère que le progrès technique est une nécessité, ne serait-ce que pour garantir les besoins de base de chaque être humain. Ce qui n'interdit pas, bien sûr, de s'interroger sur la pertinence des choix techniques et le danger inhérent à certaines technologies.
Amicalement,
Elendil
[séparation]
PS : Suite à un voyage en avion, j'ai lu la réponse de Hyarion après avoir écrit (et posté) la mienne. Il y a toutefois un point qui m'interpelle :
Hyarion Wrote:Le débat sur les dérives de la société technicienne, sur la civilisation technologique et la question des exigences éthiques qu'elle pose, n'est assurément pas nouveau et, en tout cas, il dépasse très largement Tolkien, comme bien d'autres sujets au centre desquels est placé l'écrivain ici et ailleurs comme si le simple fait de le faire pouvait être un liant privilégié entre lecteurs d'un même écrivain autour de sujets sur lesquels, pourtant, le fait de s'intéresser à Tolkien n'a pas vocation à "faire communauté" sur les sujets en question. Ce que je veux dire, c'est qu'un centre d'intérêt commun n'a pas particulièrement vocation à servir de prétexte pour parler "d'autre chose", même si des liens de tous ordres peuvent évidemment être établis.
Il me semble tout de même que le principe d'une communauté comme JRRVF, comme l'indique son nom, c'est potentiellement de parler de tous les sujets qui se rapportent à Tolkien. De ce fait, je ne vois guère pourquoi certains sujets seraient moins acceptables que d'autres, quand bien même ils s'intéresseraient au discours de Tolkien sur des sujets relatifs au monde réel et pas à sa subcréation. Bien sûr, nul ne doit se sentir forcé de participer à tous les fuseaux. A chacun de faire ses propres choix (et c'est la raison pour laquelle je m'abstiens le plus souvent de réagir aux questions sur les films).
Quote:Yyr, sur le présent fuseau, en 2011, avait évoqué l'idée de "chercher à avancer ensemble." Encore faudrait-il savoir dans quel sens, car je ne suis pas sûr que ce que je retiens de Tolkien soit philosophiquement, voire spirituellement, tout-à-fait la même chose que ce que d'autres peuvent en retenir, quelles qu'aient été les idées personnelles de Tolkien lui-même sur des questions qui se posent encore aujourd'hui...
Et c'est certainement la preuve de la richesse de l'œuvre de fiction de Tolkien si les lectures qu'on peut en faire sont aussi nombreuses qu'il y a de lecteurs. Excellente raison pour en discuter, dans le respect des uns et des autres.

Quote:J'ai aimé la façon dont Semprini est revenu, finalement, à l'essentiel : la créativité de l'artiste, et sa mise en contexte dans quelque-chose qui dépasse les approches disciplinaires particulières, la spécialité du "tolkienologue" et même le questionnement éthique autour de la Machine (entre autres questionnements possibles). C'est là, à mon avis, que Tolkien, comme d'autres écrivains, d'autres artistes, apporte sa spécificité au monde, laquelle n'est pas tant à chercher particulièrement derrière les langues inventées, la foi catholique ou la mythographie, que dans le dénominateur commun à tous les grands artistes, à tous les grands poètes : l'imagination et la créativité qui en découle, quel que soit, au fond, ce à quoi le créateur peut avoir réagi à l'origine. De facto, ces artistes ne me paraissent pas être des "fins en soi" mais plutôt des points de départ vers d'autres processus créatifs : de ce point de vue, la créativité de Tolkien devrait être vu, selon moi, plutôt comme une invitation à continuer à créer après lui que comme une sorte de point d'arrivée, voire de maître à penser.
Pour ma part, c'est là que je cesse de suivre ce que tu veux nous dire : que la créativité de Tolkien soit essentielle (même si j'éviterais pour ma part l'article défini), nul ici n'en discutera, je pense. Toutefois, parler de créativité en général sans rentrer dans des considérations plus précises sur ce qu'elle est et en quoi elle nous parle me semble peu intéressant, car on risque alors de se cantonner à la surface des choses. En particulier, la créativité n'est pas tout : nombre d'auteurs font preuve d'une créativité remarquable, sans pour autant qu'ils suscitent autant d'intérêt, tant de la part du grand public, que des spécialistes de la littérature. On est en droit de se demander pourquoi et notamment si cela ne vient pas des thèmes que Tolkien aborde.
D'autre part, tu récusais initialement l'idée de questionner Tolkien pour parler d'autres choses et tu souhaites en conclusion dépasser Tolkien en continuant à créer, soit par l'analyse, soit par l'imagination. J'ai le sentiment qu'il y a une certaine contradiction dans tes propos. A moins que ce qui t'inquiètes soit la perspective que certains se cantonnent à considérer Tolkien comme un "point d'arrivée" pour reprendre tes propos. Toutefois, je ne suis pas persuadé de la réalité de ce risque, car je ne vois pas qui, ici, défendrait (même inconsciemment) une telle position.

