sosryko Wrote:En terme tolkieniens :
[citation=Tolkien, Mythopoeia, FAT, p. 310]
I bow not yet before the Iron Crown,
Nor cast my own small golden scepter down
[/citation]
Dans la pratique, c’est Ellul qui n’a jamais conduit de voiture, qui n’a jamais pris l’avion, qui s’opposait au nucléaire civil, qui écrivait souvent à la bougie, qui chauffait très peu sa maison, qui œuvrait dans diverses associations pour accompagner les premiers malades du Sida, les jeunes filles mères, réfléchir au système médical qui fait de l’homme malade un objet technique, aider les jeunes bordelais en rupture avec la société technicienne (les « blousons noirs », les jeunes qui vivaient dans la rue…) non pas à s’y conformer mais à trouver une autonomie qu’elle ne leur avait jamais donnée puisque son but a toujours été l’assimilation, et qui prônait l’unique [emphase]« révolution de notre siècle »[/emphase] méritant d’être qualifiée de « révolution » en ce sens qu’elle aurait été [emphase]« la seule révolution qui consiste à s’emparer non pas du pouvoir mais des potentialités positives des techniques modernes et à les orienter dans le sens unique de la libération de l’homme. »[/emphase] (Changer de révolution, p. 256).
Merci de tes renseignements sur Ellul. On peut quand même remarquer une chose : à te lire, Ellul a mis en pratique son aversion pour la machine ou la technique, en refusant de conduire, en écrivan à la bougie, en oeuvrant personnellement dans des associations où il donnait de sa personne, en appelant à la transformation du monde. C'est tout à son honneur et j'ai toujours eu de l'admiration pour ceux qui parviennent à mettre en conformité leurs actes avec leurs paroles. Or, je ne suis pas certain que ce soit ce qu'a fait Tolkien, qui a profité du confort de la vie moderne, qui a continué à mener une vie assez rangée, qui a déménagé à la fin de sa vie dans la station balnéaire assez cossue de Bornemouth. L'aversion de Tolkien pour la machine et la vie moderne, plutôt que lui faire refuser son époque a donc été surtout, comme je l'ai dit plus haut, un aliment artistique, cet aliment qui a nourri son oeuvre, l'éperon de sa mélancolie, cette mélancolie si poignante qui transparaît dans ses livre, cette mélancolie qui provient du savoir qu'on ne peut faire de" révolution" ici-bas car on ne peut changer les hommes et que toute "révolution" s'est toujours transformée en prise de pouvoir d'une minorité par la violence. Je ne suis donc pas certain, malgré les rapports que tu établis entre les écrits d'Ellul et de Tolkien, qu'ils donnent en pratique la même réponse à la question de la technique.
Merci à toi et à Hyarion pour tes conseils de lecture. En l'état, les citation d'Ellul que tu donnes me paraissent fort abstraites et pessimistes quant à l'avenir du monde, et ne répondent pas à la question que je posais plus haut : comment fait-on en pratique pour faire vivre 7 milliards d'individus sans la technique ? Mais je lirai Le Système technicien.

