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[Critiques] The Hobbit: The Battle of the Five Armies - P. J. (2014)
#16
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Or donc, après The Hobbit: An Unexpected Journey (Le Hobbit : Un Voyage Inattendu) il y a deux ans puis The Hobbit: The Desolation of Smaug (Le Hobbit : la Désolation de Smaug) l'année dernière, j'ai vu le film The Hobbit: The Battle of the Five Armies (Le Hobbit : la Bataille des Cinq Armées) dans la soirée du vendredi 12 décembre, en version originale anglaise, en 3D et en "high frame rate" (HFR) de 48 images par seconde. Finalement, j'aurai vu toute la trilogie en HFR, y compris le deuxième film, ce dont je ne me suis rendu compte qu'après avoir publié ma précédente critique qui lui était dédiée : c'est dire si ce procédé, en l'état et fusse-t-il destiné à devenir une norme à l'avenir, m'a beaucoup marqué - à ce sujet, je ne peux que renvoyer du reste aux observations que j'avais faite dans mon autre précédente critique écrite pour le premier film, n'ayant rien de plus à y ajouter aujourd'hui...

La projection, assez longue, de ce dernier film de la dernière trilogie de Peter Jackson a marqué pour moi la fin d'une époque commencée il y a déjà maintenant une quinzaine d'années si l'on remonte au début du tournage de la trilogie du Seigneur des Anneaux. Pourtant, il m'aura fallu quelques jours de réflexion après le visionnage de ce dernier long métrage de 144 minutes avant d'y consacrer une dernière critique. Toujours coincé entre les avis des jacksonophiles inconditionnels défendant le cinéaste en invoquant une "trahison nécessaire" vis-à-vis de Tolkien, et les avis des tolkienophiles jacksonophobes vouant le réalisateur aux gémonies en l'accusant de "trahison" tout court, je peine toujours à trouver ma place, attaché que je suis à la nuance et à un regard équilibré tant sur J. R. R. Tolkien, son œuvre et sa réception que sur la liberté à laquelle tout artiste, tout créateur, a droit, y compris s'agissant d'un travail adaptant ou s'inspirant plus ou moins explicitement de l'œuvre d'un autre artiste. Essayons cependant de consacrer malgré tout, une dernière fois, quelques mots pour ce dernier acte de l'adaptation cinématographique du roman The Hobbit, quitte à répéter un peu au passage certaines choses que j'ai pu écrire ici ou là ailleurs depuis ma précédente critique.

Pour ce dernier acte, sans surprise, Peter Jackson et ses collaborateurs poursuivent l'intrigue laissée en suspens au terme de The Hobbit: The Desolation of Smaug, à savoir, pour mémoire, approximativement à la fin du chapitre 12 du Hobbit. Ainsi, The Hobbit: The Battle of the Five Armies couvre théoriquement le reste du roman en matière d'adaptation... mais je dis bien théoriquement, car le visionnage du film révèle à l'évidence combien Jackson s'est progressivement éloigné du livre original pour proposer, in fine, tout autre chose... sans que cela, du reste, évite pour autant de donner une impression de déjà vu.

Les points forts du film sont surtout, comme pour les films précédents, ses qualités formelles, toujours au rendez-vous quoique le primat de l'action dans ce dernier volet laisse finalement peu de marge de manœuvre pour la contemplation comme c'était le cas jusqu'alors. C'est, à vrai dire, au moment du générique de fin de ce dernier long métrage, lequel, comme pour le Retour du Roi de 2003, propose des portraits dessinés des personnages réalisés par Alan Lee, ainsi que divers dessins de sa main et de celle de John Howe réalisés pour la dernière trilogie, que l'intérêt majeur de tous ces films de Peter Jackson, à savoir l'esthétique apportée par des artistes comme Lee et Howe, s'est à nouveau imposé à mon regard. Au dehors de cela, le point fort spécifique à The Hobbit: The Battle of the Five Armies est incontestablement son début, avec une spectaculaire séquence inaugurale dominée par le dragon Smaug attaquant Esgaroth avant d'être finalement tué par Bard. Smaug était déjà impressionnant dans le film précédent, et il l'est tout autant dans ce dernier film, aussi bien sur le plan esthétique que sur le plan psychologique, la créature puissante et malfaisante mis en scène par Jackson me semblant tout-à-fait fidèle au modèle tolkienien, non seulement s'agissant de Smaug lui-même tel qu'il apparaît dans le roman mais aussi plus largement des dragons de Tolkien tels qu'ils les a originellement conçu notamment à travers Glaurung, le dragon des Enfants de Húrin, que j'avais déjà évoqué dans ma précédente critique.

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Pour le reste du film, si l'on excepte le voyage de retour de Bilbo bien vite expédié en conclusion, l'essentiel de l'intrigue se déplace du côté d'Erebor, des ruines de Dale et de ses environs, voire même un peu du côté de Gundabad, et se résume à la promesse du titre, soit à la grande bataille mêlant cinq armées de nains, d'elfes, d'hommes et d'orques, tandis que l'intrigue parallèle se déroulant à Dol Guldur est menée à son terme un peu avant le grand affrontement final. Concernant le jeu des acteurs, le constat précédemment fait pour le deuxième film se retrouve dans sa suite : la bonne performance des acteurs présents depuis le premier film se confirme à nouveau, et constitue un autre point fort de ce film comme pour les précédents, notamment en ce qui concerne Martin Freeman dans le rôle de Bilbo ainsi que Ian McKellen dans celui de Gandalf ; les prestations du reste du casting restent quant à elles honorables et si des reproches peuvent sans doute encore être fait sur le traitement de tel ou tel personnage, en particulier ici celui d'Alfrid interprété par Ryan Gage, ersatz comique assez pénible - en l'état - des rôles de Rowan Atkinson dans la série télévisée Blackadder - m'a-t-il semblé -, lesdits reproches possibles me paraissent, là encore, surtout relever de responsabilités en matière de choix scénaristiques et de mise en scène...

Cela m'oblige inévitablement à en revenir au problème majeur de l'étirement de l'intrigue par rapport au roman original que j'ai plusieurs fois évoqué, comme d'autres, dans mes précédentes critiques, et je ne peux donc, s'agissant de cette difficulté principale du projet jacksonien, que faire mien le constat de Noémie Luciani dans sa critique du film publiée sur le site du journal Le Monde le 9 décembre dernier : « Indubitablement, la matière s’épuise. Avec Le Seigneur des Anneaux, Peter Jackson avait adapté les trois gros tomes du livre en trois gros films (près de douze heures en tout si l’on cumule les versions longues), qui avaient néanmoins nécessité un certain nombre d’ellipses. Pour Le Hobbit, c’est un très petit livre, écrit par J.R.R. Tolkien en préambule au Seigneur des Anneaux, qu’il adapte à nouveau en trois gros films, de près de trois heures chacun. » Il était sans doute encore permis a priori d'espérer que Peter Jackson se rattrape éventuellement après un deuxième volet de son adaptation du Hobbit déjà moins convainquant que le premier, mais force est de constater que le rattrapage souhaité n'a pas eu lieu, le réalisateur s'étant visiblement enfermé dans une logique d'étalement du récit destinée à faire rentrer l'histoire dans le carcan formel d'une trilogie dont on mesure aujourd'hui encore plus qu'hier à quel point il ne pouvait pas être le cadre rêvé pour la mise en scène d'un sujet tel que The Hobbit...

Que retenir dès lors de plus de cette conclusion à cette ultime trilogie ? Au-delà de la question générale de l'étirement de l'intrigue, un certain nombre de choix effectués en matière de scénario et de mise en scène ne convainquent pas. Par exemple, en amont de l'affrontement des armées, l'épisode mettant en scène les corbeaux de Ravenhill et leur chef Roäc fils de Carc, épisode situé au chapitre 15 du roman, est à peine traité, les corbeaux étant généralement plus ou moins réduits à un rôle très elliptique de vague moyen de communication animalier pour les Nains sans que cela ne soit vraiment explicité et sans que l'on fasse parler au moins un des oiseaux. En conséquence, un faux suspense est plus ou moins instauré au détriment du suspense original du roman, en dissimulant au spectateur l'arrivée de l'armée des nains menée par Dáin II Ironfoot jusqu'au dernier moment, sans que cette nouvelle configuration scénaristique ne paraisse cependant plus efficace que la structure narrative du roman, du moins pour qui connait l'histoire originale et son ton bien particulier. Toujours en ce qui concerne les moments précédents la bataille, on ne peut manquer de remarquer la présence, au service des orques, de créatures géantes fouisseuses présentées comme étant des "Earth-Eaters", possible interprétation (très libre) des "Were-worms" évoqué par Bilbo dans le premier chapitre du Hobbit ainsi que des "nameless things" évoquées par Gandalf dans le chapitre 5 du livre III du Lord of the Rings. Ces "Earth-Eaters" ont la particularité de ressembler beaucoup à des Shai-Hulud ou vers des sables ("sandworms") d'Arrakis imaginés par Frank Herbert et apparaissant notamment dans l'adaptation de son roman Dune réalisé par David Lynch. L'amateur de science-fiction pourra y voir un clin d'œil amusant, mais quand on songe à la véritable catastrophe industrielle que fut le film de Lynch sorti en salles il y a trente ans, on pourra sans doute toujours interpréter la présence de ces vers géants fouisseurs dans un film de Peter Jackson comme un curieux symbole...

La Bataille des Cinq Armées proprement dite s'étale donc sur une majeure partie de l'intrigue et se termine d'une manière confuse, avec une arrivée express des Aigles et de Beorn expédiée en quelques instants. Le propos concernant la bataille se concentre finalement sur des affrontements individuels, lesquels pourront toujours être vu comme des hommages à la littérature épique antique et médiévale, mais qui, en l'état, en dépit de quelques réels moments d'émotion, donne plutôt l'impression de combats où l'accent est mis sur des prouesses individuelles à l'aspect vidéoludique, le spectateur ayant notamment à nouveau droit aux même pitreries au premier degré d'un Legolas déjà présentes dans les précédents films, toutes trilogies confondues : à part maltraiter des créatures de la Terre du Milieu sous couvert de batailler et à part bondir avec ses pieds sur toutes sortes de supports, on en vient à se demander à quoi à bien pu servir ce personnage, durant toutes ces années, tel qu'il apparait au combat dans tous les films de Jackson... Sans doute peut-on aussi signaler l'intérêt finalement bien limité d'une intrigue parallèle à Dol Guldur par ailleurs vite expédiée : n'est guère convaincante, en particulier, la mise en scène d'un Sauron synthétisant ses représentations de la première trilogie confronté à une Galadriel rendue un moment aussi phosphorescente et pourvue d'une voix transformée qu'elle l'était dans quelques plans de la séquence du Miroir de la Communauté de l'Anneau de 2001, même s'il convient cependant de souligner la bonne interprétation du personnage de Galadriel, toutes trilogies confondues, par Cate Blanchett.

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Cette dernière considération m'amène à aborder à nouveau la question des personnages féminins présents dans le film. Mon avis initial n'a pas changé : le roman original manquant de personnages féminins, il était tout-à-fait légitime d'essayer d'apporter quelque-chose de nouveau dans ce domaine à l'occasion de l'adaptation cinématographique, en particulier en ce qui concerne la mise en avant du personnage de Galadriel qui, dans l'ensemble, me parait pertinente et réussie malgré les défauts du scénario et de la mise en scène surtout perceptibles dans ce troisième film. En ce qui concerne Tauriel, j'avais déjà l'occasion d'évoquer, dans ma précédente critique, le fait que son caractère inédit soit mal accordé avec la place assez superficielle qui lui a été attribuée in fine dans le scénario. Or, dans ce dernier film, le constat précédemment fait reste hélas le même, le personnage de guerrière elfe interprété par Evangeline Lilly continuant à n'être mis en avant qu'à travers divers combats contre des orques ainsi qu'à travers une intrigue sentimentale définitivement limitée à un cadre stéréotypé de triangle amoureux. On peut toujours dès lors se poser la question : placer dans cette adaptation une histoire d'amour impossible entre personnages appartenant à des peuples différents était-il une bonne idée scénaristique ? Oui, sans doute, de mon point de vue, si l'on songe notamment aux relations, imaginées par Tolkien lui-même, entre Lúthien et Beren, Arwen et Aragorn, et même entre Galadriel et Gimli. Mais pour que cette bonne idée se concrétise au mieux, la relation entre Tauriel et Kíli aurait dû faire l'objet d'une attention particulière afin d'en développer fortement le contenu dans le sillage de l'héritage tolkienien. Cela n'a visiblement pas été le cas, ladite relation se voyant ainsi réduit à un rôle de "représentativité" correspondant à n'importe quel cahier des charges de film de cinéma hollywoodien.

L'Aller appelant forcément le Retour, une des caractéristiques de The Hobbit: The Battle of the Five Armies est naturellement de revenir, suivant ce que laissait logiquement présager le scénario du début de The Hobbit: An Unexpected Journey, à la situation de départ de la trilogie, à savoir celle de Bilbo chez lui soixante ans après les évènements, à l'heure de la rédaction du Livre Rouge. De fait, le film se termine au moment précis où Bilbo accueille son vieil ami Gandalf venant de frapper à sa porte, correspondance idéale avec le début du premier film de la première trilogie en dehors de son prologue d'exposition. La boucle est ainsi bouclée, sachant que Peter Jackson aura continué à disséminer tout le long de cet ultime volet de son Hobbit les liens plus ou moins explicite avec son adaptation du Seigneur du Anneaux, avec en particulier la mise en avant du rôle essentiel que l'Anneau Unique récupéré par Bilbo sera amené à jouer plus tard. Ces liens divers avec la suite des évènements sont notamment souligné par l'usage régulier du leitmotiv à travers la musique d'Howard Shore, qui reprend plusieurs thèmes de la précédente trilogie. Tout cela finit du reste par renforcer, s'il en était besoin, une impression de répétition qui, à la réflexion, n'aura cessée de se faire sentir au fur et à mesure de la découverte de ce Hobbit de Jackson à l'intrigue si étirée. Avec le recul, alors qu'un seul film, ou deux longs métrages à la rigueur, auraient pu suffire pour proposer une adaptation de qualité du roman de Tolkien, la trilogie finalement réalisée propose plus ou moins la même chose que les précédentes : un premier volet assez convainquant avec des qualités introductives plutôt au rendez-vous, puis un deuxième et un troisième volets ayant tendance à céder à des facilités scénaristiques comme de mise en scène, et à s'éloigner de l'univers du roman original au point de proposer tout autre chose sans que cela soit pour autant vraiment convainquant... et avec donc, au final, une trilogie enfin menée à son terme mais laissant une impression mitigée.

Toutefois, si la différence fondamentale entre les deux trilogies est que la seconde trilogie propose plus ou moins une répétition de la première, elle le fait en mode mineur, malgré notamment la forte progression de la qualité des effets spéciaux depuis les années 2001-2003. Malgré les dérives des Deux Tours de 2002 et du Retour du Roi de 2003, la structure narrative et la richesse du Lord of the Rings de Tolkien permettait, quoiqu'il arrive, d'articuler tant bien que mal le propos d'une adaptation aussi ambitieuse que celle de Jackson de telle manière que le projet tienne sur ses deux (ou trois) jambes et qu'il puisse se conclure sereinement d'une manière naturellement imposé par le roman original, lequel étant lui-même la conclusion narrative à un univers littéraire immense. Dans le cas du Hobbit, fort peu propice à une adaptation en trilogie et sachant que sa conclusion ne pouvait être, dans l'esprit de Jackson et de ses collaborateurs, qu'une introduction au récit de la première trilogie, les conditions ne pouvaient pas, à l'évidence, être aussi bien réunies que pour l'adaptation du Seigneur des Anneaux. D'où l'impression mitigée que donne le résultat final de l'adaptation du Hobbit, tandis que la première trilogie s'en trouve, par comparaison, en quelque sorte relustrée, malgré les années qui passent. Tout compte fait, cette deuxième trilogie jacksonienne de 2012-2014 aura eu le mérite de susciter une certaine curiosité à éventuellement revoir, si l'occasion se présente, la trilogie originale de 2001-2003, alors que mes (toujours relativement bons) souvenirs commençaient à prendre quelque peu la poussière. Ceci étant, je ne suis pas particulièrement pressé : il y a tant de films de cinéma à voir et à revoir...

Bien évidemment, une objection à toute critique du film vu en salles pourra toujours être faite : il ne s'agit pas de la version longue définitive. Si l'on en croit Peter Jackson, ce troisième volet de la dernière trilogie devrait compter 30 minutes de métrage supplémentaires sachant que la version longue du premier film proposait 13 minutes supplémentaires et que celle du deuxième volet en proposait 25. On peut noter que c'est finalement le premier film, The Hobbit: An Unexpected Journey, tel qu'il est sorti en salles en 2012, qui à la fois apparait être le film de la trilogie le plus proche de sa version longue et comme étant le seul qui m'aura plutôt convaincu dans l'ensemble. S'agissant de The Hobbit: The Battle of the Five Armies, des scènes additionnelles de nature à compenser l'impression de montage assez haché et de fin précipitée de la version cinéma devraient être incluses dans la version longue, notamment une scène dédié aux funérailles de Thorin et de ses compagnons morts au combat. Je n'ai vu aucune des versions complétées de cette dernière trilogie, mais j'avoue que je n'ai plus aujourd'hui la même curiosité que celle que j'ai eu s'agissant de découvrir les versions longues des films de la trilogie du Seigneur des Anneaux, sorties en DVD entre 2002 et 2004. Le temps a passé, et les envies comme les attentes ne sont plus les mêmes...

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Donc, voila, c'est plus ou moins fini... Le moment est sans doute venu de dresser un rapide bilan de cette quinzaine d'années d'actualité cinématographique jacksonienne...

Je ne regrette pas, à l'évidence, d'avoir pu lire Tolkien avant d'avoir vu les films de Peter Jackson, surtout en ce qui concerne le roman The Hobbit, lu pour la première fois durant l'été 1998 en ce qui me concerne. Cependant, alors que The Lord of the Rings, à la première lecture, ne m'avait pas autant plu que The Hobbit, la première trilogie de Jackson sortie en salles entre 2001 et 2003 m'a certainement aidé, de façon assez décisive, à revenir à Tolkien, lequel aurait pu, sans cela, rester pour moi un simple souvenir de lecture de la fin des années 1990 parmi beaucoup d'autres. Voila notamment pourquoi - entre autres raisons - les guéguerres sans fin entre jacksonophiles et jacksonophobes des années 2000 et au-delà m'ont toujours paru bien vaines et picrocholines.

Ceci étant dit, au-delà de la question littéraire, j'avoue sans problèmes, ainsi que je l'ai déjà écrit ailleurs, que le cinéma de Peter Jackson n'est pas la même chose que le cinéma que j'ai appris à apprécier, en lui-même, avec le temps : un certain nombre de codes du cinéma d'horreur dont est issu Jackson ne fonctionnent pas avec moi en tant que spectateur, et ses choix de réalisateur en matière de mise en scène et de structure narrative ne m'ont jamais marqué en eux-mêmes comme peuvent le faire, à chaque fois que je les revois, les choix faits dans des films que j'aime beaucoup comme The Good, the Bad and the Ugly de Sergio Leone ou Excalibur de John Boorman, des références cinématographiques - parmi beaucoup d'autres - que j'ai souvent citées, ici et ailleurs. Cela ne m'empêche pas de reconnaître, là encore sans aucun problème, les qualités - réelles - des films de la première trilogie, lesquels ont assurément fait date dans l'histoire de l'industrie du cinéma à grand spectacle et dans l'histoire du cinéma de fantasy. J'apprécie la beauté des paysages de Nouvelle-Zélande utilisés pour ces longs métrages, j'aime particulièrement l'esthétique apportée par des artistes comme Alan Lee et John Howe sur ces films, et j'aime les tableaux portés à l'écran qui en découlent, même quand ils sont le théâtre de scènes jugées "kitsch" par certains comme celle du baiser au clair de lune entre Aragorn et Arwen dans la Communauté de l'Anneau de 2001 (j'aime d'ailleurs aussi le passage musical correspondant à cette scène, même si la musique d'Howard Shore pour les deux trilogies, dans leur ensemble, m'aura à l'évidence beaucoup moins marqué que, par exemple, la magnifique musique de Basil Poledouris pour Conan the Barbarian de John Milius, une référence en la matière que je cite très souvent). Cela est-il suffisant pour parler de réussite de la part de Jackson ? Ou faudrait-il a contrario parler d'échec du réalisateur faute de pouvoir adhérer totalement à son cinéma ? Au fond, je ne sais pas... car, de toute façon, tout dépend des goûts et de la sensibilité de chacun. L'année dernière, Peter Jackson avait lui même publiquement reconnu que les livres de Tolkien étaient des chefs-d'œuvre mais pas les films, ces derniers ayant cependant incontestablement permis aux livres d'être massivement diffusés et au jeune public de découvrir un univers de fiction qu'il n'aurait sans doute pas découvert dans une telle ampleur autrement. Ainsi, les films de Jackson me paraissent devoir, avant tout, être pris pour ce qu'ils sont : des divertissements à grand spectacle constituant une porte d'entrée vers un univers fictionnel très riche, celui de Tolkien, cet univers devant lui-même constituer - à mon sens - un point de départ vers d'autres processus créatifs, à quelque niveau que l'on se situe et quelle que soit le moyen d'expression choisi.

En tout cas, tout ce tourbillon médiatique de trilogie en trilogie aura été instructif, à bien des égards, notamment sur la façon qu'ont eu les lecteurs et spécialistes de Tolkien de s'y adapter... et d'y survivre, en réussissant même au passage, pour certains, à tirer habilement et opportunément leur épingle du jeu ! ;-p

Bref... Carpe diem, comme dirait TB... et joyeux Noël ! ;-)

Cordialement,

Hyarion.

[small]P.S.: malgré ma relecture, des fautes d'orthographe et/ou de syntaxe m'auront probablement échappées, une fois de plus. Mille excuses pour cela.[/small]
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