Avant de découvrir l'ensemble de la série des histoires de Conan le Cimmérien dans l'édition en trois volumes établie par Patrice, j'ai lu ma première nouvelle de Howard mettant en scène Conan - La Citadelle Écarlate - dans La Grande Anthologie de la Fantasy de chez Omnibus en 2004, en même temps que j'ai découvert la musique de Basil Poledouris pour le film de John Milius, Conan the Barbarian, que je n'ai vu qu'un peu après ensuite, en même temps qu'Excalibur de John Boorman. Voila donc une bonne dizaine d'années que j'arpente les terres de l'Âge Hyborien, autant que j'arpente la Terre du Milieu découverte quelques années plus tôt...
Travaillant toujours actuellement sur un modeste projet consacré à Howard et à Tolkien, vous comprendrez que je préfère, pour le moment, ne plus trop m'étaler en ligne sur le sujet et réserver largement mon propos à une certaine maison d'édition draconienne, sans quoi je n'en aurai jamais fini de cette longue aventure... Mais je suppose que mon intervention est quand même (un peu ?) attendue, alors voici tout de même quelques mots (enfin, "quelques"... façon de parler, vous me connaissez).
Si vous le voulez bien, commençons par faire le point sur un plan pratique, déjà fait une fois sur le forum de Tolkiendil il y a quelque temps. Après bien des années de navigation dans le brouillard, l'œuvre de Robert E. Howard a donc fait l'objet, grâce au travail d'édition de Patrice Louinet tant aux États-Unis qu'en France, d'une réédition solide chez Bragelonne en France. Je ne citerais ici que les recueils de récits de Kull et Conan (plusieurs autres recueils d'histoires ont été publiés, sachant que la fiction howardienne ne se limite pas à la fantasy, loin s'en faut !) :
- Kull le roi atlante : http://www.noosfere.org/icarus/livres/ni...2146577008
- Conan le Cimmérien (premier volume, 1932-1933) : http://www.noosfere.org/icarus/livres/ni...2146571545
- Conan - L'Heure du dragon (deuxième volume, 1934) : http://www.noosfere.org/icarus/livres/ni...2146572509
- Conan - Les Clous rouges (troisième volume, 1934-1935) : http://www.noosfere.org/icarus/livres/ni...2146573900
![[Image: 1432123590_robert-e-howard_kull_conan_bragelonne.png]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1432123590_robert-e-howard_kull_conan_bragelonne.png)
Pour lire Howard en version originale, on pourra se diriger vers les versions anglophones du travail de réédition de Patrice, parues chez Wandering Star au Royaume-Uni et chez Del Rey Books/Ballantine Books aux États-Unis (avec des titres malheureusement impropres et/ou racoleurs, non désirés par Patrice, concernant l'édition américaine des volumes de Conan) :
- Kull, Exile of Atlantis : http://howardworks.com/Kull-DelRey.html
- The Coming of Conan the Cimmerian : http://howardworks.com/ComingofConan-DelRey.html
- The Bloody Crown of Conan : http://howardworks.com/BloodyCrownofConan-DelRey.html
- The Conquering Sword of Conan : http://howardworks.com/ConqueringSwordof...elRey.html
Ce serait dommage de renoncer après n'avoir lu que le premier volume Conan le Cimmérien, Jean. Les deux autres volumes contiennent certaines des meilleures histoires de Conan, et même certaines des meilleures histoires écrites par Howard durant sa courte mais prolifique carrière littéraire. Il faut avoir lu les nouvelles Une Sorcière Viendra au Monde !, Les Clous Rouges et Au-delà de la Rivière Noire si on ne veut pas passer à côté de Howard à son meilleur concernant sa création la plus célèbre (même si on peut déjà en avoir une bonne idée en lisant, par exemple, La Tour de l'Éléphant). Je ne peux que recommander par ailleurs les récits mettant en scène Kull (prononcer "Keul"), roi atlante de Valusie, des récits écrits avant ceux mettant en scène Conan et volontiers imprégnés de questionnements métaphysiques.
Pour le lecteur qui chercherait une alternative à l'achat de tous ces volumes, il faut savoir que Milady, la collection de poche de Bragelonne, a aussi publié une petit florilège des meilleures histoires de Conan, en petit volume et à petit prix. La couverture est très moche, mais les nouvelles de Howard que contient le recueil sont excellentes :
- Conan (sélection de nouvelles) : http://www.noosfere.org/icarus/livres/ni...2146579884
Merci à toi, Jean, d'avoir ouvert ce fuseau et d'avoir pris le temps de partager ici ton avis.
Depuis la création de la section "Autour de Tolkien" sur ce forum, sous mon parrainage d'après Elendil, je me suis gardé de créer un fuseau sur l'œuvre de Howard (qui ne se limite pas à Conan, encore une fois) car je souhaitais que ne vienne pas directement de moi la volonté d'en parler ici, si jamais elle devait se faire jour en ce lieu avant tout tolkienien et profondément marqué par un certain horizon, chrétien d'une part, d'érudition linguistique d'autre part, et aussi foncièrement anti-Jackson d'autre part encore et pour les raisons que l'on connait. Quand je parle de Howard, ici ou ailleurs, je ne fais pas de propagande, croyez-le bien (pas plus que je n'en fais quand je parle de Tolkien chez les howardiens) : par nature, les excès de passion du "fan", quel que soit l'objet de son culte, ne sont pas ma tasse de thé. Par contre, il m'arrive d'estimer, sans forcément l'exprimer, que s'il y a bien des consciences qui peuvent mériter d'être de temps en temps sainement secouées en termes de considération sur la créativité et sur l'art, celles des tolkieniens peuvent en faire partie, notamment celles de ceux qui entendent prendre Tolkien au sérieux quand d'autres écrivains sembleraient, à en lire certains, le mériter moins.
L'entretien avec Patrice fort justement indiqué par Sosryko, répond aussi, me semble-t-il, au troisième point évoqué par Jean dans son message.
S'agissant des "histoires terriblement répétitives", Elendil a prononcé un jugement semblable à celui de Jean dans le section adhérents du forum de Tolkiendil, au début de cette année. Si je respecte évidemment les goûts de chacun, j'avoue que ce type de critique me laisse un peu perplexe, a fortiori si elle devait se révéler caractéristique d'un lecteur "expert" ou spécialiste de Tolkien, car dès lors, puisqu'on a l'amabilité de me citer, je me demande ce à quoi vous vous attentiez éventuellement en fonction de ce que j'ai pu écrire sur Howard dans les forums tolkieniens pendant toutes ces années... Lire Howard suppose de laisser un peu de côté ses habitudes de lecture tolkienophiles quand on en a, je pense, et c'est d'ailleurs la même chose dans l'autre sens. Je salue en tout cas l'effort de lecture quant tant de gens se permettent encore de parler de l'œuvre de Howard sans jamais en avoir lu une ligne, ou en se limitant aux films et aux comics qui sont autant de miroirs déformants...
Quant à parler d'"apologie du meurtre et de la violence" et de "culte du surhomme", cela me parait hautement discutable en tous les cas, même si je respecte ton point de vue, Jean. En mettant en scène la violence propre à nos sociétés, la carte que joue Howard est celle du réalisme, ni plus ni moins. Et lorsqu'il écrit, dans la Tour de l'Éléphant, que "Les hommes civilisés sont plus discourtois que les sauvages, car ils savent qu’ils peuvent se montrer impolis sans se faire automatiquement fendre le crâne" ("Civilized men are more discourteous than savages because they know they can be impolite without having their skulls split, as a general thing."), qui pourrait sérieusement nier la profonde part de vérité contenue dans ces mots ? Howard ne nous parle pas de barbares obtus dont le comportement devrait être rejeté et méprisé par les personnes "évoluées" ou a fortiori par des gens bien élevés pouvant rêver d'être des Elfes tolkieniens gardiens de la Connaissance : Howard nous parle de nous, oui de nous, tous, les prétendus "civilisés" censés avoir évolué vers "l'amour du prochain", il parle de nous et de notre hypocrisie, particulièrement vis-à-vis de la violence. Nulle apologie là-dedans, me semble-t-il : Howard est juste réaliste, en ayant des choses à dire sur le genre humain et sur le monde primaire qui valent bien, en matière d'éclairage, et même sans inspiration religieuse, ce qu'en a pu dire un Tolkien (je pense à Yyr qui exprimait un jour son émotion en ces lieux sur le fait que Tolkien nous parlait de nous... Cf. le fameux fuseau sur Tolkien et la "Machine").
Il faut lire la correspondance qu'a entretenu Howard avec Lovecraft à partir de 1930, et publié en anglais chez Hippocampus Press (A Means to Freedom: The Letters of H. P. Lovecraft and Robert E. Howard, 2 vol., 2009, rééd. 2011). Un exemple bien connu : cet extrait d'une lettre de Howard à Lovecraft datée du 5 décembre 1935, dans laquelle le créateur de Conan critique sans ambiguïté l'invasion de l'Éthiopie par l'Italie fasciste au nom de la "civilisation", motivation mis en valeur par Lovecraft pour justifier une guerre.
Je reprends une traduction rapide qu'en avait faite Patrice Louinet en 2007 sur le forum d'ActuSF :
[citation=Robert E. Howard, lettre à H. P. Lovecraft, décembre 1935.]Vous vous étonnez que je dise que les hommes “civilisés” essayent toujours de justifier leurs exactions, pillages et massacres en déclarant qu’ils agissent dans l’intérêt de l’art, du progrès et de la culture. Que ce simple constat vous surprenne m’étonne et me surprend. Ceux qui se targuent d’appartenir à une civilisation supérieure ont toujours déguisé leur rapacité avec de tels arguments.
Vous dites que certaines guerres sont déclarées afin de défendre la civilisation. Pouvez-vous m’en citer une récente ? La guerre du Mexique, où une culture latine a été remplacée par une culture anglo-saxonne en certains endroits ? La guerre de Sécession où une oligarchie agraire a été broyée par une oligarchie industrielle ? La guerre entre l’Espagne et les États-Unis dans laquelle nos capitalistes se sont emparés d’une île pour s’approprier ses richesses en sucre ? Ou alors était-ce la Guerre Mondiale dans laquelle les Allemands ont massacré à tout va pour étendre leur Kulture, tandis que les alliées combattaient eux afin « de faire de la planète un endroit plus sûr pour la démocratie » (et au passage protéger les investissements européens de Wall Street.) ? Ou alors, est-ce le conflit actuel en Afrique où les Ritals sont en train de civiliser ces ignorants d’Éthiopiens à coup de gaz mortels et de balles dum-dum ? J’ai du mal à comprendre votre étonnement parce que les civilisés ont toujours professé les motifs les plus nobles pour justifier leurs atrocités les plus infâmes...
Votre ami Mussolini en est un exemple frappant. Dans la traduction de ce discours que j’ai écouté, il parlait avec emphase de l’expansion de la civilisation. Il a déclaré a plusieurs reprises que « l’épée et la civilisation marchaient de concert ! » ; « Où que soit brandi le drapeau italien, ce sera un symbole de civilisation ! », « l’Afrique doit rentrer dans le giron de la civilisation ! »
Ce n’est pas, bien sûr, en raison d’un quelconque but égoïste qu’il a envahi un pays sans défense, bombardant, brûlant et gazant combattants et non-combattants sans distinction par milliers. Oh que non ! selon ses déclarations, tout cela était dans l’intérêt de l’art, de la culture et du progrès, tout comme les seigneurs de guerre allemands étaient bien déterminés à apporter à un monde ignorant les bienfaits de la Kulture Teutonne, par le feu, le plomb et l’acier.
Jamais au grand jamais les nations civilisées n’ont de motifs égoïstes pour massacrer, violer et piller ; il n’y a que les barbares pour faire cela. Lorsque les Belges ont mutilé plusieurs milliers de nègres du Congo, c’était là aussi pour défendre la civilisation. Lorsque l’Allemagne a pénétré les frontières belges sans défense, c’était là aussi pour protéger la civilisation, dont ils étaient les représentants. Mais les alliés eux aussi défendaient la civilisation. Dans ce carnage, chaque camp proclamait être le seul défenseur de la civilisation.
Vous dites que « les fruits de la civilisation doivent être préservés à tout prix ». Qui donc voudrait s’emparer de ces fruits ? Les Éthiopiens ?[/citation]
Pour ce qui est du supposé "culte du surhomme", je me permets de renvoyer à ce que dit Patrice dans l'entretien indiqué par Sosryko ("certains s’obstinent à voir en Howard le chantre du surhomme nietzschéen alors que ses convictions philosophiques étaient diamétralement opposées... Sans doute une indigestion de Milius..."), même si je ne partage pas cependant la tendance de certains howardiens à parfois un peu trop charger la barque s'agissant de John Milius pour défendre Howard (lequel ne devrait pas plus avoir à être défendu face à Milius que Tolkien n'a à être défendu face à Jackson, même si Howard a longtemps bien plus souffert que Tolkien en matière de déformation de sa réception par la faute notamment de L. Sprague de Camp ; du reste, une citation liminaire de Nietzsche en début de long métrage n'oblige pas à faire une lecture pseudo-nietzschéenne voire "fascisante" de tout un film et ce serait même idiot de le faire, en plus d'être totalement subjectif).
Je vais vous faire une confidence, belles gens de Faërie... Au bout de toutes ces années, c'est parfois un immense sentiment de lassitude qui m'envahit quand je vois à quel point les préjugés ont la vie dure. Mais entendons-nous bien, je ne parle pas là seulement des préjugés récurrents des tolkieniens à l'égard de Howard et plus généralement à l'égard de toute la tradition de la fantasy venue des États-Unis dont le créateur de Conan est la figure majeure, mais aussi tout autant des préjugés des howardiens à l'égard de Tolkien et plus généralement à l'égard de la tradition européenne de la fantasy dont Tolkien est la figure majeure (mon propos est symétrique à dessein).
Le constat n'est pas nouveau. J'ai déjà eu l'occasion de l'écrire en 2013 dans un fuseau d'un forum howardien (objet d'une discussion à propos d'un épisode de l'émission BiTS, et où un échange passé sur un fuseau de JRRVF avec notamment une erreur d'interprétation d'Elendil concernant les Cimmériens de Howard avait notamment été évoqué) :
Au moins en sommes nous - enfin - arrivés au point où, après avoir pour ma part porté plus ou moins seul la torche howardienne ici pendant des années, au point d'en avoir été félicité par Patrice (maintenant que j'y repense) et sans pour autant avoir cherché à adopter par là une attitude singulière, ce sont des textes de Howard, et avant tout d'eux que l'on pourra désormais parler.
Dommage, évidemment, que certaines idées reçues, décidément, semblent encore cependant perdurer malgré l'effort de lecture, mais on ne peut décemment blâmer quelqu'un qui prend la peine d'essayer de dépasser la dichotomie "j'aime/j'aime pas" et qui reconnait chez Howard "un vrai pouvoir d’imagination, un style nerveux et un vrai sens du récit", ce qui n'est pas si mal pour un lecteur tolkienophile pas forcément habitué à la fantasy des origines en sa branche développée de l'autre côté de l'Atlantique. Merci donc encore à toi, Jean, d'avoir bien voulu partager ton avis ici, fut-il mitigé.
Il y a environ un mois a été publié, chez ActuSF, un ouvrage de Patrice Louinet, le Guide Howard, qui peut aider à balayer bien des préjugés persistants encore sur Howard et pour lequel j'ai laissé un commentaire sur Amazon sous mon vrai prénom [small](je ne veux pas donner l'impression de "la ramener", mais il n'y a pas seulement deux "B.B." [ou que 2 "B²"] sur JRRVF et ailleurs : il y en a aussi un troisième, bien que je sois certes nettement moins versé dans l'étude des langues que les deux autres, que je salue néanmoins s'ils passent par ici... ;-) ...)[/small]. Je me permets de renvoyer à ce que j'ai écrit sur ce site pour inviter à la lecture de ce petit ouvrage qui se lit facilement : http://www.amazon.fr/review/R15UYWIIB700...tore=books
On en parle aussi dans un fuseau du forum de Robert-E-Howard.fr.
Il y aurait tellement d'autres choses à dire... J'espère pouvoir terminer enfin mon projet bientôt : d'abord parce que cela fera sans doute plaisir au Dragon et ensuite aussi parce qu'il sera naturellement bien plus simple pour moi d'y renvoyer quand ce sera fini.
Amicalement, :-)
Hyarion.
[small]P.S. >>> Note pour JR, qui nous avait un jour confié ici en 2011 avoir bien aimé revoir le Conan de John Milius en suivant les (sages) conseils de certains JRRVFiens cinéphiles : grosso modo, penser que le film de Milius est fidèle à Howard, c'est comme penser que les films de Peter Jackson sont fidèles à Tolkien... ce qui ne doit évidemment pas empêcher, en tous les cas, de trouver de vraies qualités au film en lui-même ! ;-)[/small]
<small><small>[EDIT: correction de fautes]</small></small>
<small><small>[EDIT 2 (22/03/2024): reformatage de l'image]</small></small>
Travaillant toujours actuellement sur un modeste projet consacré à Howard et à Tolkien, vous comprendrez que je préfère, pour le moment, ne plus trop m'étaler en ligne sur le sujet et réserver largement mon propos à une certaine maison d'édition draconienne, sans quoi je n'en aurai jamais fini de cette longue aventure... Mais je suppose que mon intervention est quand même (un peu ?) attendue, alors voici tout de même quelques mots (enfin, "quelques"... façon de parler, vous me connaissez).
Si vous le voulez bien, commençons par faire le point sur un plan pratique, déjà fait une fois sur le forum de Tolkiendil il y a quelque temps. Après bien des années de navigation dans le brouillard, l'œuvre de Robert E. Howard a donc fait l'objet, grâce au travail d'édition de Patrice Louinet tant aux États-Unis qu'en France, d'une réédition solide chez Bragelonne en France. Je ne citerais ici que les recueils de récits de Kull et Conan (plusieurs autres recueils d'histoires ont été publiés, sachant que la fiction howardienne ne se limite pas à la fantasy, loin s'en faut !) :
- Kull le roi atlante : http://www.noosfere.org/icarus/livres/ni...2146577008
- Conan le Cimmérien (premier volume, 1932-1933) : http://www.noosfere.org/icarus/livres/ni...2146571545
- Conan - L'Heure du dragon (deuxième volume, 1934) : http://www.noosfere.org/icarus/livres/ni...2146572509
- Conan - Les Clous rouges (troisième volume, 1934-1935) : http://www.noosfere.org/icarus/livres/ni...2146573900
![[Image: 1432123590_robert-e-howard_kull_conan_bragelonne.png]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1432123590_robert-e-howard_kull_conan_bragelonne.png)
Pour lire Howard en version originale, on pourra se diriger vers les versions anglophones du travail de réédition de Patrice, parues chez Wandering Star au Royaume-Uni et chez Del Rey Books/Ballantine Books aux États-Unis (avec des titres malheureusement impropres et/ou racoleurs, non désirés par Patrice, concernant l'édition américaine des volumes de Conan) :
- Kull, Exile of Atlantis : http://howardworks.com/Kull-DelRey.html
- The Coming of Conan the Cimmerian : http://howardworks.com/ComingofConan-DelRey.html
- The Bloody Crown of Conan : http://howardworks.com/BloodyCrownofConan-DelRey.html
- The Conquering Sword of Conan : http://howardworks.com/ConqueringSwordof...elRey.html
jean Wrote:En résumé, je ne suis pas sur de m’attaquer aux deux autres volumes
Ce serait dommage de renoncer après n'avoir lu que le premier volume Conan le Cimmérien, Jean. Les deux autres volumes contiennent certaines des meilleures histoires de Conan, et même certaines des meilleures histoires écrites par Howard durant sa courte mais prolifique carrière littéraire. Il faut avoir lu les nouvelles Une Sorcière Viendra au Monde !, Les Clous Rouges et Au-delà de la Rivière Noire si on ne veut pas passer à côté de Howard à son meilleur concernant sa création la plus célèbre (même si on peut déjà en avoir une bonne idée en lisant, par exemple, La Tour de l'Éléphant). Je ne peux que recommander par ailleurs les récits mettant en scène Kull (prononcer "Keul"), roi atlante de Valusie, des récits écrits avant ceux mettant en scène Conan et volontiers imprégnés de questionnements métaphysiques.
Pour le lecteur qui chercherait une alternative à l'achat de tous ces volumes, il faut savoir que Milady, la collection de poche de Bragelonne, a aussi publié une petit florilège des meilleures histoires de Conan, en petit volume et à petit prix. La couverture est très moche, mais les nouvelles de Howard que contient le recueil sont excellentes :
- Conan (sélection de nouvelles) : http://www.noosfere.org/icarus/livres/ni...2146579884
jean Wrote:A force de voir notre ami Hyarion vanter les mérites de Conan, j’ai voulu me faire une idée par moi-même en lisant les livres
Merci à toi, Jean, d'avoir ouvert ce fuseau et d'avoir pris le temps de partager ici ton avis.
Depuis la création de la section "Autour de Tolkien" sur ce forum, sous mon parrainage d'après Elendil, je me suis gardé de créer un fuseau sur l'œuvre de Howard (qui ne se limite pas à Conan, encore une fois) car je souhaitais que ne vienne pas directement de moi la volonté d'en parler ici, si jamais elle devait se faire jour en ce lieu avant tout tolkienien et profondément marqué par un certain horizon, chrétien d'une part, d'érudition linguistique d'autre part, et aussi foncièrement anti-Jackson d'autre part encore et pour les raisons que l'on connait. Quand je parle de Howard, ici ou ailleurs, je ne fais pas de propagande, croyez-le bien (pas plus que je n'en fais quand je parle de Tolkien chez les howardiens) : par nature, les excès de passion du "fan", quel que soit l'objet de son culte, ne sont pas ma tasse de thé. Par contre, il m'arrive d'estimer, sans forcément l'exprimer, que s'il y a bien des consciences qui peuvent mériter d'être de temps en temps sainement secouées en termes de considération sur la créativité et sur l'art, celles des tolkieniens peuvent en faire partie, notamment celles de ceux qui entendent prendre Tolkien au sérieux quand d'autres écrivains sembleraient, à en lire certains, le mériter moins.
sosryko Wrote:on trouve en ligne un entretien avec Patrice Louinet, traducteur des nouvelles qui donne un réponse intéresante à la critique sur la cohérence des récits.
L'entretien avec Patrice fort justement indiqué par Sosryko, répond aussi, me semble-t-il, au troisième point évoqué par Jean dans son message.
S'agissant des "histoires terriblement répétitives", Elendil a prononcé un jugement semblable à celui de Jean dans le section adhérents du forum de Tolkiendil, au début de cette année. Si je respecte évidemment les goûts de chacun, j'avoue que ce type de critique me laisse un peu perplexe, a fortiori si elle devait se révéler caractéristique d'un lecteur "expert" ou spécialiste de Tolkien, car dès lors, puisqu'on a l'amabilité de me citer, je me demande ce à quoi vous vous attentiez éventuellement en fonction de ce que j'ai pu écrire sur Howard dans les forums tolkieniens pendant toutes ces années... Lire Howard suppose de laisser un peu de côté ses habitudes de lecture tolkienophiles quand on en a, je pense, et c'est d'ailleurs la même chose dans l'autre sens. Je salue en tout cas l'effort de lecture quant tant de gens se permettent encore de parler de l'œuvre de Howard sans jamais en avoir lu une ligne, ou en se limitant aux films et aux comics qui sont autant de miroirs déformants...
Quant à parler d'"apologie du meurtre et de la violence" et de "culte du surhomme", cela me parait hautement discutable en tous les cas, même si je respecte ton point de vue, Jean. En mettant en scène la violence propre à nos sociétés, la carte que joue Howard est celle du réalisme, ni plus ni moins. Et lorsqu'il écrit, dans la Tour de l'Éléphant, que "Les hommes civilisés sont plus discourtois que les sauvages, car ils savent qu’ils peuvent se montrer impolis sans se faire automatiquement fendre le crâne" ("Civilized men are more discourteous than savages because they know they can be impolite without having their skulls split, as a general thing."), qui pourrait sérieusement nier la profonde part de vérité contenue dans ces mots ? Howard ne nous parle pas de barbares obtus dont le comportement devrait être rejeté et méprisé par les personnes "évoluées" ou a fortiori par des gens bien élevés pouvant rêver d'être des Elfes tolkieniens gardiens de la Connaissance : Howard nous parle de nous, oui de nous, tous, les prétendus "civilisés" censés avoir évolué vers "l'amour du prochain", il parle de nous et de notre hypocrisie, particulièrement vis-à-vis de la violence. Nulle apologie là-dedans, me semble-t-il : Howard est juste réaliste, en ayant des choses à dire sur le genre humain et sur le monde primaire qui valent bien, en matière d'éclairage, et même sans inspiration religieuse, ce qu'en a pu dire un Tolkien (je pense à Yyr qui exprimait un jour son émotion en ces lieux sur le fait que Tolkien nous parlait de nous... Cf. le fameux fuseau sur Tolkien et la "Machine").
Il faut lire la correspondance qu'a entretenu Howard avec Lovecraft à partir de 1930, et publié en anglais chez Hippocampus Press (A Means to Freedom: The Letters of H. P. Lovecraft and Robert E. Howard, 2 vol., 2009, rééd. 2011). Un exemple bien connu : cet extrait d'une lettre de Howard à Lovecraft datée du 5 décembre 1935, dans laquelle le créateur de Conan critique sans ambiguïté l'invasion de l'Éthiopie par l'Italie fasciste au nom de la "civilisation", motivation mis en valeur par Lovecraft pour justifier une guerre.
Je reprends une traduction rapide qu'en avait faite Patrice Louinet en 2007 sur le forum d'ActuSF :
[citation=Robert E. Howard, lettre à H. P. Lovecraft, décembre 1935.]Vous vous étonnez que je dise que les hommes “civilisés” essayent toujours de justifier leurs exactions, pillages et massacres en déclarant qu’ils agissent dans l’intérêt de l’art, du progrès et de la culture. Que ce simple constat vous surprenne m’étonne et me surprend. Ceux qui se targuent d’appartenir à une civilisation supérieure ont toujours déguisé leur rapacité avec de tels arguments.
Vous dites que certaines guerres sont déclarées afin de défendre la civilisation. Pouvez-vous m’en citer une récente ? La guerre du Mexique, où une culture latine a été remplacée par une culture anglo-saxonne en certains endroits ? La guerre de Sécession où une oligarchie agraire a été broyée par une oligarchie industrielle ? La guerre entre l’Espagne et les États-Unis dans laquelle nos capitalistes se sont emparés d’une île pour s’approprier ses richesses en sucre ? Ou alors était-ce la Guerre Mondiale dans laquelle les Allemands ont massacré à tout va pour étendre leur Kulture, tandis que les alliées combattaient eux afin « de faire de la planète un endroit plus sûr pour la démocratie » (et au passage protéger les investissements européens de Wall Street.) ? Ou alors, est-ce le conflit actuel en Afrique où les Ritals sont en train de civiliser ces ignorants d’Éthiopiens à coup de gaz mortels et de balles dum-dum ? J’ai du mal à comprendre votre étonnement parce que les civilisés ont toujours professé les motifs les plus nobles pour justifier leurs atrocités les plus infâmes...
Votre ami Mussolini en est un exemple frappant. Dans la traduction de ce discours que j’ai écouté, il parlait avec emphase de l’expansion de la civilisation. Il a déclaré a plusieurs reprises que « l’épée et la civilisation marchaient de concert ! » ; « Où que soit brandi le drapeau italien, ce sera un symbole de civilisation ! », « l’Afrique doit rentrer dans le giron de la civilisation ! »
Ce n’est pas, bien sûr, en raison d’un quelconque but égoïste qu’il a envahi un pays sans défense, bombardant, brûlant et gazant combattants et non-combattants sans distinction par milliers. Oh que non ! selon ses déclarations, tout cela était dans l’intérêt de l’art, de la culture et du progrès, tout comme les seigneurs de guerre allemands étaient bien déterminés à apporter à un monde ignorant les bienfaits de la Kulture Teutonne, par le feu, le plomb et l’acier.
Jamais au grand jamais les nations civilisées n’ont de motifs égoïstes pour massacrer, violer et piller ; il n’y a que les barbares pour faire cela. Lorsque les Belges ont mutilé plusieurs milliers de nègres du Congo, c’était là aussi pour défendre la civilisation. Lorsque l’Allemagne a pénétré les frontières belges sans défense, c’était là aussi pour protéger la civilisation, dont ils étaient les représentants. Mais les alliés eux aussi défendaient la civilisation. Dans ce carnage, chaque camp proclamait être le seul défenseur de la civilisation.
Vous dites que « les fruits de la civilisation doivent être préservés à tout prix ». Qui donc voudrait s’emparer de ces fruits ? Les Éthiopiens ?[/citation]
Pour ce qui est du supposé "culte du surhomme", je me permets de renvoyer à ce que dit Patrice dans l'entretien indiqué par Sosryko ("certains s’obstinent à voir en Howard le chantre du surhomme nietzschéen alors que ses convictions philosophiques étaient diamétralement opposées... Sans doute une indigestion de Milius..."), même si je ne partage pas cependant la tendance de certains howardiens à parfois un peu trop charger la barque s'agissant de John Milius pour défendre Howard (lequel ne devrait pas plus avoir à être défendu face à Milius que Tolkien n'a à être défendu face à Jackson, même si Howard a longtemps bien plus souffert que Tolkien en matière de déformation de sa réception par la faute notamment de L. Sprague de Camp ; du reste, une citation liminaire de Nietzsche en début de long métrage n'oblige pas à faire une lecture pseudo-nietzschéenne voire "fascisante" de tout un film et ce serait même idiot de le faire, en plus d'être totalement subjectif).
Je vais vous faire une confidence, belles gens de Faërie... Au bout de toutes ces années, c'est parfois un immense sentiment de lassitude qui m'envahit quand je vois à quel point les préjugés ont la vie dure. Mais entendons-nous bien, je ne parle pas là seulement des préjugés récurrents des tolkieniens à l'égard de Howard et plus généralement à l'égard de toute la tradition de la fantasy venue des États-Unis dont le créateur de Conan est la figure majeure, mais aussi tout autant des préjugés des howardiens à l'égard de Tolkien et plus généralement à l'égard de la tradition européenne de la fantasy dont Tolkien est la figure majeure (mon propos est symétrique à dessein).
Le constat n'est pas nouveau. J'ai déjà eu l'occasion de l'écrire en 2013 dans un fuseau d'un forum howardien (objet d'une discussion à propos d'un épisode de l'émission BiTS, et où un échange passé sur un fuseau de JRRVF avec notamment une erreur d'interprétation d'Elendil concernant les Cimmériens de Howard avait notamment été évoqué) :
Sur le forum du site Robert-E-Howard.fr, en 2013, votre serviteur Wrote:Au bout de toutes ces années de discussions et de fréquentations de forums/fora, je crois pouvoir dire que le principal point commun entre les deux communautés de lecteurs, c'est avant tout (hélas) la montagne de préjugés qu'ont les uns vis-à-vis des autres et de ce qui peut leur plaire chez leur auteur favori. Pour les uns, Howard, c'est forcément une histoire bien peu spirituelle de barbares avec slip de fourrure et cervelle de moineau sous stéroïdes ; pour les autres, Tolkien, c'est forcément une histoire moralisante d'elfes blonds sophistiqués et aux oreilles pointues avec des hobbits joufflus et de vilains orques, etc. Dans ces conditions, on pourra comprendre qu'il est difficile, pour ce qui me concerne, d'aborder un sujet sur le terrain d'un autre, tant les deux planètes (les Deux Tours, dirait Steve Tompkins) semblent être, chacune à leur manière, des terres de mission ! ;-)
Quand j'entend un howardien dire que le Seigneur des Anneaux est une "trilogie" et que ce faisant il se fie plus aux films de Jackson qu'à l'œuvre originale, ou quand j'entend un tolkienien dire que Howard ne compte pas autant dans la littérature de l'imaginaire que Tolkien alors qu'il n'a lu que des Conan version de Camp il y a longtemps et qu'il ne connait finalement surtout de Howard que les films de Milius et Fleisher... je me dis que dans un cas comme dans l'autre, le chemin de la connaissance est encore long ! Et je dis cela avec beaucoup de modestie, car moi-même j'apprends tous les jours.
Au moins en sommes nous - enfin - arrivés au point où, après avoir pour ma part porté plus ou moins seul la torche howardienne ici pendant des années, au point d'en avoir été félicité par Patrice (maintenant que j'y repense) et sans pour autant avoir cherché à adopter par là une attitude singulière, ce sont des textes de Howard, et avant tout d'eux que l'on pourra désormais parler.
Dommage, évidemment, que certaines idées reçues, décidément, semblent encore cependant perdurer malgré l'effort de lecture, mais on ne peut décemment blâmer quelqu'un qui prend la peine d'essayer de dépasser la dichotomie "j'aime/j'aime pas" et qui reconnait chez Howard "un vrai pouvoir d’imagination, un style nerveux et un vrai sens du récit", ce qui n'est pas si mal pour un lecteur tolkienophile pas forcément habitué à la fantasy des origines en sa branche développée de l'autre côté de l'Atlantique. Merci donc encore à toi, Jean, d'avoir bien voulu partager ton avis ici, fut-il mitigé.
Il y a environ un mois a été publié, chez ActuSF, un ouvrage de Patrice Louinet, le Guide Howard, qui peut aider à balayer bien des préjugés persistants encore sur Howard et pour lequel j'ai laissé un commentaire sur Amazon sous mon vrai prénom [small](je ne veux pas donner l'impression de "la ramener", mais il n'y a pas seulement deux "B.B." [ou que 2 "B²"] sur JRRVF et ailleurs : il y en a aussi un troisième, bien que je sois certes nettement moins versé dans l'étude des langues que les deux autres, que je salue néanmoins s'ils passent par ici... ;-) ...)[/small]. Je me permets de renvoyer à ce que j'ai écrit sur ce site pour inviter à la lecture de ce petit ouvrage qui se lit facilement : http://www.amazon.fr/review/R15UYWIIB700...tore=books
On en parle aussi dans un fuseau du forum de Robert-E-Howard.fr.
Il y aurait tellement d'autres choses à dire... J'espère pouvoir terminer enfin mon projet bientôt : d'abord parce que cela fera sans doute plaisir au Dragon et ensuite aussi parce qu'il sera naturellement bien plus simple pour moi d'y renvoyer quand ce sera fini.
Amicalement, :-)
Hyarion.
[small]P.S. >>> Note pour JR, qui nous avait un jour confié ici en 2011 avoir bien aimé revoir le Conan de John Milius en suivant les (sages) conseils de certains JRRVFiens cinéphiles : grosso modo, penser que le film de Milius est fidèle à Howard, c'est comme penser que les films de Peter Jackson sont fidèles à Tolkien... ce qui ne doit évidemment pas empêcher, en tous les cas, de trouver de vraies qualités au film en lui-même ! ;-)[/small]
<small><small>[EDIT: correction de fautes]</small></small>
<small><small>[EDIT 2 (22/03/2024): reformatage de l'image]</small></small>

