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De beaux contes pour les bons amis
#15
Merci pour le partage Pellucidar Smile

Concernant le rapport entre conte/adaptation/enfant et la représentation des nains, C.S. Lewis écrivait d'ailleurs dans une lettre adressée le 11 janvier 1939 à son ami l'historien A.K. Hamilton Jenkin (nous noterons au passage le qualificatif qu'il emploie pour parler de W. Disney...) :
The Collected Letters of C.S. Lewis, p. 242 (ma traduction, à la volée) Wrote:What did you think of Snowwhite and the vii Dwarfs? I saw it at Malvern last week on that holiday... Leaving out the tiresome question of whether it is suitable for children (which I don't know and don't care) I thought it almost inconceivably good and bad--I mean, I didn't know one human being could be so good and bad. The worst thing of all was the vulgarity of the winking dove at the beginning, and the next worst the faces of the dwarfs. Dwarfs ought to be ugly of course, but not in that way. And the dwarfs' jazz party was pretty bad. I suppose it never occurred to the poor boob that you could give them any other kind of music. But all the terrifying bits were good, and the animals really most moving: and the use of shadows (of dwarfs and vultures) was real genius.

Qu'as-tu pensé de Blanche-Neige et les 7 Nains ? Je l'ai vu à Malvern la dernière semaine durant ces vacances... En laissant de côté la question ennuyeuse de savoir si ça convient ou non aux enfants (ce que je ne sais pas et m'en fiche), je l'ai trouvé de façon presque incroyable à la fois bon et mauvais - je veux dire, je ne connaissais pas un être humain pouvant être si bon et si mauvais. La pire de toutes les choses est la vulgarité de la colombe clignotante au début, et la pire chose suivante concerne les visages des nains. Les nains doivent êtres laids, bien sûr, mais pas de cette façon. Et la soirée jazz des nains est plutôt mauvaise. Je suppose qu'il n'est jamais venu à l'esprit du pauvre imbécile que l'on pouvait leur attribuer n'importe quel autre style de musique. Mais tous les morceaux terrifiants sont plutôt réussis, et les animaux sont vraiment les plus touchants : les jeux d'ombres (des nains et des vautours) sont vraiment géniaux.

Ainsi, après avoir vu l'adaptation de W. Disney une première fois en 1938 dans la station balnéaire anglaise de Malvern, où il se rendait régulièrement (C.S. Lewis y séjourna pour la première fois en 1911, à l’âge de 13 ans, en raison de problèmes de santé pulmonaires, et y suivit sa scolarité jusqu’en 1914 - Malvern se trouve à l’ouest de l’Angleterre, dans la région des collines Malvern, reliefs réputés pour leur beauté que J.R.R. Tolkien comparera aux Montagnes Blanches du Gondor), C.S. Lewis la vit donc une seconde fois l'année suivante avec son ami Tolkien. La proximité de pensée entre ces deux auteurs concernant la représentation des nains est remarquable. A se demander d'ailleurs si Tolkien n'aurait pas quelque peu influencé le jugement de Jack à leur sortie de la projection en 1939...

Quoi qu'il en soit, il est certaines coïncidences temporelles que l'on ne peut que noter ici.

Ainsi, c'est deux mois exactement après la publication du Hobbit en Angleterre que sortait le 21 décembre 1937, au prestigieux Carthay Circle Theater à Hollywood, le premier long métrage d’animation en Technicolor de Walt Disney ! Et 5 jours avant cette sortie, Tolkien écrivait dans une lettre adressée à Stanley Unwin, à propos des nains de son roman :
Lettres, p. 45 Wrote:M. Sacquet a commencé comme un récit comique au milieu de Nains conventionnels et inconsistants sortis d’un conte de fées de Grimm, et a été attiré jusqu’au bord de cette mythologie – si bien que même Sauron le terrible est apparu à cet endroit.

La distanciation de Tolkien semble donc être double : par rapport à l'édulcoration des nains des traditions nord-germaniques dans les Kinder-und Hausmärchen des frères Grimm, et par rapport à la vulgarisation des nains des contes des frères Grimm dans les productions de W. Disney.

De fait, si Tolkien « [haïssait] sincèrement tous les travaux » (L, p. 33) des studios Disney c'est parce qu'il jugeait leurs réalisations « vulgaires », à l’image d’une illustration de Gandalf réalisée quelques années plus tard, en 1946, pour la traduction allemande du Hobbit, trop « disneyesque » à son goût :
Lettres, p. 174 Wrote:Il [= Horus Engels] m’a envoyé quelques illustrations (des Trolls et de Gollum) qui, malgré certains mérites, tels que l’on peut attendre d’un Allemand, sont trop « Disneyesques » à mon goût, je le crains : Bilbo avec le nez qui coule, Gandalf d’un comique vulgaire [« vulgar fun »] au lieu de l’errant à la Odin que j’ai en tête.

[Image: Horus+Engels+letter+to+tolkien+drawings+...gGhXQVn0IA]

En novembre 1961, l'opinion de Tokien n’a pas changé, au qualificatif près, puisqu'il estime toujours que la production de Disney est « vulgaire » (« vulgar ») dans une lettre adressée à sa tante Jane Neave (L, p. 437) Wink
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