Merci d'avoir pris le temps d'expliciter ton point de vue, Jean, ce qui me permet d'affiner mon opinion.
Je ne les oppose pas : ce sont plutôt, à mes yeux, certains de leurs "fans" inconditionnels et spécialistes respectifs qui se plaisent plutôt à les opposer, au point de nier volontiers, de façon explicite ou implicite, toute pertinence en matière d'évocation conjointe. Mais il y aurait évidemment beaucoup de choses à dire, vu que je travaille précisément, à ma manière, dans une perspective comparatiste... Pour être bref, je crois que, de façon générale, Howard est plus réaliste que Tolkien, plus ancré dans l'action (ce qui le distinguait aussi de Lovecraft), mais cela ne veut pas dire que Howard négligeait les aspects contemplatifs au sein d'un récit ni que Tolkien n'était pas capable de mettre en scène la violence la plus extrême dans une histoire (comme dans l'exemple que tu évoques).
Je te remercie d'avoir précisé ton impression de lecture. Cependant, encore une fois, je ne suis pas d'accord avec toi, sachant du reste que Howard a créé un très grand nombre de personnages, certains très travaillés sur un plan psychologique pour ses meilleures histoires et d'autres à l'évidence sans grand intérêt car conçus dans un cadre strictement commercial, tous étant mis en scène dans des récits de genres très variés dont nous n'avons évoqué ici qu'un petit échantillon.
Parler de "robots" et nier en bloc toute épaisseur humaine dans les héros de Howard est en tout cas un non-sens pour moi : honnêtement, on en viendrait presque à se demander si nous avons lu les mêmes histoires... Te souviens-tu de la nouvelle la Tour de l'Éléphant, par exemple, et de l'attitude de Conan vis-à-vis de Yag-Kosha ? Elle est tout sauf "sans aucune épaisseur humaine" ! Même chose pour Gottfried von Kalmbach, principal protagoniste de la nouvelle historique l'Ombre du Vautour avec Sonya de Rogatino, pour prendre un autre exemple : c'est bien là un être humain avec ses forces et ses faiblesses que met en scène Howard, et je crois que l'on ne peut vraiment pas dire sérieusement qu'il n'ait aucune épaisseur psychologique ! Même chose pour le roi Kull, par exemple dans la nouvelle Par cette hache je règne !, dans le volume Kull le roi atlante déjà évoqué dans mon premier message. Même chose pour Agnès de Chastillon (personnage féminin qui n'est pas inspiré de Jirel de Joiry de Catherine L. Moore, on le sait aujourd'hui, mais qui fut créé par Howard à la même époque) qui apparait pour la première fois dans la nouvelle historique Agnès la Noire figurant dans le recueil de nouvelles historiques du même nom paru l'année dernière, toujours chez Bragelonne : concernant cette héroïne howardienne et son épaisseur humaine, chacun pourra d'ailleurs en juger sur le champ s'il le veut, puisque la nouvelle en question est apparemment entièrement lisible en ligne via Gogol Books, ce qui est une chance... [small]et ne laisse décidément aucune excuse à ceux qui ont la flemme d'acheter les livres ou de les emprunter dans une bibliothèque. ;-p[/small]
![[Image: 1435006611_howard_agnes-la-noire_bragelonne.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1435006611_howard_agnes-la-noire_bragelonne.jpg)
Et je pourrais citer d'autres exemples... même si des contre-exemples existent aussi !
Bref, sincèrement, l'œuvre de Howard me parait être suffisamment dense et variée pour mériter mieux que de se résumer à des histoires de "machines à tuer" "sans aucune épaisseur humaine" : dire cela me parait tout simplement exagéré, malgré tous les défauts que l'on connait - ou croit connaître - chez Howard... mais cependant, comme tu as dit ne plus avoir envie d'en lire davantage, je n'insisterai pas à ce propos, en respectant ton point de vue de lecteur, d'autant plus que tu as déjà fait l'effort de lire un certain nombre de récits.
En effet, je me rend compte que tu avais pointé d'autres défauts à propos de la série télévisée, mais en insistant tout de même un peu sur la question sexuelle... au point même d'écrire "Au lieu de « Games of throne » je pense que le titre devrait plutôt être « games of sex »", ce qui est tout de même assez radical. ;-) Mais il est vrai en tout cas que tu n'avais pas parlé que de cela et je suis donc désolé d'avoir donné l'impression de ta critique se réduisait strictement à la seule question du sexe. Du reste, je crois que Pellucidar et moi-même t'avions alors répondu sans, nous non plus, nous limiter à cet aspect. En fait, je crois que j'ai fait le rapprochement avec cette ancienne discussion dans la mesure où j'avais alors moi-même réagi en évoquant conjointement la question du sexe et celle de la violence dans les romans de Martin comme dans la série télé, et que ta critique semblait précisément cette fois-ci se focaliser sur une de ces questions après avoir eu l'air de plutôt se focaliser sur l'autre par le passé. Mais j'ai sans doute été un peu rapide dans ma façon d'interpréter les choses de façon générale et d'écrire en conséquence.
Aussi bien toutes tes précisions m'auront permis en tout cas de bien voir que ta critique de Howard ne se confond pas avec celle de Martin et de Game of Thrones quant à ce type de questions, ce qui aurait pu être le cas puisque j'avais moi-même souligné à l'époque combien, par bien des aspects (et notamment le traitement de la violence et de l'érotisme), la fantasy de Martin me semble plus proche de celle de Howard (et de celle de Fritz Leiber) que de celle de Tolkien, contrairement à ce que semble croire beaucoup de gens prenant la formule journalistique simpliste "Martin, le Tolkien américain" pour argent comptant, en oubliant que la formule renvoie surtout, à mon avis, à une similitude en matière de succès populaire et commercial, et donc in fine à la forme plutôt qu'au fond.
Tiens, encore un épisode avec sa dose de "sexposition" qui a dû me passer sous le nez... [small] J'ai raté de ces trucs, moi...[/small] :-D
Peut-être ce gros plan était-il un hommage artistique à l'Origine du Monde de Gustave Courbet ? (Je plaisante)
Amicalement,
Hyarion.
jean Wrote:Je ne suis pas choqué par la violence dans chez Howard. Celle-ci est intrinsèque à des récits de guerres et Howard est relativement « soft » dans ses descriptions. Même si tu semble les opposer, Tolkien est parfois bien plus violent (cf le match de tués entre Gimli et Legolas au Hornburg).
Je ne les oppose pas : ce sont plutôt, à mes yeux, certains de leurs "fans" inconditionnels et spécialistes respectifs qui se plaisent plutôt à les opposer, au point de nier volontiers, de façon explicite ou implicite, toute pertinence en matière d'évocation conjointe. Mais il y aurait évidemment beaucoup de choses à dire, vu que je travaille précisément, à ma manière, dans une perspective comparatiste... Pour être bref, je crois que, de façon générale, Howard est plus réaliste que Tolkien, plus ancré dans l'action (ce qui le distinguait aussi de Lovecraft), mais cela ne veut pas dire que Howard négligeait les aspects contemplatifs au sein d'un récit ni que Tolkien n'était pas capable de mettre en scène la violence la plus extrême dans une histoire (comme dans l'exemple que tu évoques).
jean Wrote:Dans mon expression « machines à tuer », le mot important n’était pas « tuer » mais « machine ». Car c’est vraiment l’impression que me donnent les héros d’Howard, à mes yeux ce sont des robots sans aucune épaisseur humaine et c’est ce qui m’ennuie.
Je te remercie d'avoir précisé ton impression de lecture. Cependant, encore une fois, je ne suis pas d'accord avec toi, sachant du reste que Howard a créé un très grand nombre de personnages, certains très travaillés sur un plan psychologique pour ses meilleures histoires et d'autres à l'évidence sans grand intérêt car conçus dans un cadre strictement commercial, tous étant mis en scène dans des récits de genres très variés dont nous n'avons évoqué ici qu'un petit échantillon.
Parler de "robots" et nier en bloc toute épaisseur humaine dans les héros de Howard est en tout cas un non-sens pour moi : honnêtement, on en viendrait presque à se demander si nous avons lu les mêmes histoires... Te souviens-tu de la nouvelle la Tour de l'Éléphant, par exemple, et de l'attitude de Conan vis-à-vis de Yag-Kosha ? Elle est tout sauf "sans aucune épaisseur humaine" ! Même chose pour Gottfried von Kalmbach, principal protagoniste de la nouvelle historique l'Ombre du Vautour avec Sonya de Rogatino, pour prendre un autre exemple : c'est bien là un être humain avec ses forces et ses faiblesses que met en scène Howard, et je crois que l'on ne peut vraiment pas dire sérieusement qu'il n'ait aucune épaisseur psychologique ! Même chose pour le roi Kull, par exemple dans la nouvelle Par cette hache je règne !, dans le volume Kull le roi atlante déjà évoqué dans mon premier message. Même chose pour Agnès de Chastillon (personnage féminin qui n'est pas inspiré de Jirel de Joiry de Catherine L. Moore, on le sait aujourd'hui, mais qui fut créé par Howard à la même époque) qui apparait pour la première fois dans la nouvelle historique Agnès la Noire figurant dans le recueil de nouvelles historiques du même nom paru l'année dernière, toujours chez Bragelonne : concernant cette héroïne howardienne et son épaisseur humaine, chacun pourra d'ailleurs en juger sur le champ s'il le veut, puisque la nouvelle en question est apparemment entièrement lisible en ligne via Gogol Books, ce qui est une chance... [small]et ne laisse décidément aucune excuse à ceux qui ont la flemme d'acheter les livres ou de les emprunter dans une bibliothèque. ;-p[/small]
![[Image: 1435006611_howard_agnes-la-noire_bragelonne.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1435006611_howard_agnes-la-noire_bragelonne.jpg)
Et je pourrais citer d'autres exemples... même si des contre-exemples existent aussi !
Bref, sincèrement, l'œuvre de Howard me parait être suffisamment dense et variée pour mériter mieux que de se résumer à des histoires de "machines à tuer" "sans aucune épaisseur humaine" : dire cela me parait tout simplement exagéré, malgré tous les défauts que l'on connait - ou croit connaître - chez Howard... mais cependant, comme tu as dit ne plus avoir envie d'en lire davantage, je n'insisterai pas à ce propos, en respectant ton point de vue de lecteur, d'autant plus que tu as déjà fait l'effort de lire un certain nombre de récits.
jean Wrote:Je n’ai jamais résumé Games of Throne à un problème avec le sexe. C’est peut être une interprétation de Pellucidar mais ce n’est pas la réalité. Si tu relis mes messages tu verras que ce que je déplorais en premier c’était l’impression de déjà vu et d’ennui qui allait avec.
En effet, je me rend compte que tu avais pointé d'autres défauts à propos de la série télévisée, mais en insistant tout de même un peu sur la question sexuelle... au point même d'écrire "Au lieu de « Games of throne » je pense que le titre devrait plutôt être « games of sex »", ce qui est tout de même assez radical. ;-) Mais il est vrai en tout cas que tu n'avais pas parlé que de cela et je suis donc désolé d'avoir donné l'impression de ta critique se réduisait strictement à la seule question du sexe. Du reste, je crois que Pellucidar et moi-même t'avions alors répondu sans, nous non plus, nous limiter à cet aspect. En fait, je crois que j'ai fait le rapprochement avec cette ancienne discussion dans la mesure où j'avais alors moi-même réagi en évoquant conjointement la question du sexe et celle de la violence dans les romans de Martin comme dans la série télé, et que ta critique semblait précisément cette fois-ci se focaliser sur une de ces questions après avoir eu l'air de plutôt se focaliser sur l'autre par le passé. Mais j'ai sans doute été un peu rapide dans ma façon d'interpréter les choses de façon générale et d'écrire en conséquence.
Aussi bien toutes tes précisions m'auront permis en tout cas de bien voir que ta critique de Howard ne se confond pas avec celle de Martin et de Game of Thrones quant à ce type de questions, ce qui aurait pu être le cas puisque j'avais moi-même souligné à l'époque combien, par bien des aspects (et notamment le traitement de la violence et de l'érotisme), la fantasy de Martin me semble plus proche de celle de Howard (et de celle de Fritz Leiber) que de celle de Tolkien, contrairement à ce que semble croire beaucoup de gens prenant la formule journalistique simpliste "Martin, le Tolkien américain" pour argent comptant, en oubliant que la formule renvoie surtout, à mon avis, à une similitude en matière de succès populaire et commercial, et donc in fine à la forme plutôt qu'au fond.
jean Wrote:Mais expliquez moi en quoi la scène ou le jeune homme (j’ai oublié son nom) qui est en fosterage chez les Stark vient dire adieu à une courtisane est utile à l’histoire. Le gros plan que nous avons de l’entrejambe de la demoiselle ne sert qu’à faire monter le pouls des téléspectateurs pas à faire avancer l’intrigue.
Tiens, encore un épisode avec sa dose de "sexposition" qui a dû me passer sous le nez... [small] J'ai raté de ces trucs, moi...[/small] :-D
Peut-être ce gros plan était-il un hommage artistique à l'Origine du Monde de Gustave Courbet ? (Je plaisante)
Amicalement,
Hyarion.

