jean Wrote:Dis moi Hyarion, sur ta petite icône es tu le Christ ou le disciple ?
Qui tu voudras, Jean... En tout cas, j'ai l'âge du Christ sur la Croix depuis décembre dernier.
jean Wrote:Tu sais ma petite transgression était de l’humour à prendre au second degré. Personnellement je suis assez friand de ces détournements d’histoires, même (ou surtout) pour des textes que j’aime. J’ai bien ri à la lecture de « bored of the Ring » ou avec « Lord of the string » (nettement plus polisson) ou même ce petit dessin animé : https://www.youtube.com/watch?v=2K0_Y_PggaA. La plus jouissive de ces déconstructions reste à mon avis « la naissance de l’odyssée » de Jean Giono.
Rassure-toi, Jean, j'ai bien compris que c'était de l'humour, et je ne crois pas en manquer. Howard ne manquait pas d'humour lui non plus et il a pratiqué plusieurs fois lui-même l'exercice de la parodie littéraire. Mais dans le contexte à l'origine de tous un tas de préjugés que j'ai évoqué, il est difficile pour moi de rire spontanément en lisant une transgression comme celle que tu as proposé. Pourquoi ? Parce qu'une parodie, c'est surtout drôle par rapport au modèle original parodié. Or, là, vu que personne à part nous deux ne s'exprime ici en connaissance des textes, le fait que JR, qui n'a pas lu Howard pour autant que je sache, en rit me parait plutôt révélateur du poids de toute cette espèce d'influence des préjugés dont j'ai essayé de parler : même sans connaître le texte original, Conan prête à rire parce que bien des personnes - notamment des tolkieniens - ont plus ou moins consciemment en tête, qu'ils le veuillent ou non, un certain nombre de clichés éculés sur le barbare avec "slip de fourrure", cervelle de moineau et musculature de culturiste qui n'a rien à voir avec le Conan de Howard. Le problème, encore une fois, s'agissant de Howard, c'est que la réception de son œuvre a longtemps été très déformée, au point que pour encore beaucoup trop de gens aujourd'hui, me semble-t-il, non seulement Howard se résume à Conan mais le Conan le plus médiatisé reste celui des comics ou des films qui sont autant de miroirs déformants. Par là dessus, s'ajoute tout ce qui a suivi la publication des histoires de Conan version De Camp chez Lancer Books (avec les couvertures de Frazetta) au milieu des années 1960, à savoir toute une clique de héros barbares stéréotypés inventés par d'autres auteurs et qui ont largement contribué à répandre tout un tas de clichés censés être caractéristiques d'un sous-genre nommé "heroic fantasy" ou "sword and sorcery" (termes renvoyant à une classification pour moi très datée et que je me refuse personnellement à employer : pour parler de Tolkien comme de Howard, le terme "fantasy" me suffit largement). C'est dans ce contexte que l'on a vu apparaître, en France, l'année-même du tournage du film de Milius, une parodie de Pierre Pelot connue sous le nom de... Konnar le Barbant, et d'abord publié en feuilleton dans la revue Fiction. En France, on aime bien mettre en boîte à coup de parodies... et ce n'est donc pas un hasard si une des premières choses que tu as écrite en ouvrant ce fuseau, Jean, a été de reprendre la contrepèterie sur "Conan le Barbare" (expression que Howard n'a d'ailleurs jamais employé lui-même pour désigner son personnage) pour désigner le film de Milius. Ce que je veux dire, c'est que depuis trop longtemps, pour tout un tas de (mauvaises) raisons, Conan n'est même pas considéré pour ce qu'il est à l'origine dans les textes de son créateur mais comme une sorte d'archétype qui serait à lui tout seul sa propre caricature, sa propre parodie. C'est à cette aune que j'ai perçu ton exercice de style. Peut-être aurai-je mieux pris la chose sur un forum howardien, mais là, j'ai tellement toujours eu l'impression d'être en terre de mission, ici... sans pourtant me prendre pour un Saint François Xavier au service de Crom, loin s'en faut !
jean Wrote:Mais c’est promis si tu le veux je ferai une autre version avec une comparaison entre Conan et Lancelot partant lui aussi tête baissée à l’assaut de la douloureuse garde et où je gloserai sur le guerrier impavide qui se montre sans pitié dès qu’il a des gardes armés en face de lui mais qui face à un être désarmé et souffrant peut se laisser émouvoir. Ce qui montre qu’il a un cœur . Contrairement aux apparences ce qui le motivait ce n’était pas tant le trésor mais l’exploit de le conquérir. D’ailleurs il renonce sans mal à la fortune pour permettre de débarrasser le monde d’un abominable sorcier. Ce qui prouve qu’il est désintéressé et est autant un justicier qu’un aventurier.
J’ai l’air de me moquer encore mais ce n’est pas vrai. Je suis tout à fait d’accord pour dire que cette lecture est possible et certainement aussi valable que la caricature que j’avais faite dans mon précédent message. Pour autant il me semble aussi intéressant d’admettre que les deux sont possibles et qu’il n’y en a pas une vraie et une fausse.
Merci d'avoir précisé que tu es conscient que bien des lectures de ce texte sont possibles. Il n'y a évidemment pas de "vraies" lectures tandis que d'autres seraient fausses : j'ai bien assez critiqué ici et ailleurs la hiérarchisation des sensibilités contenue dans la dichotomie "étoilés"/"carnassiers" prônée par certains JRRVFiens à propos de Tolkien (ils se reconnaitrons... ;-) ) pour ne pas vouloir me laisser aller de mon côté à imposer une grille de lecture concernant Howard, ou n'importe quel autre écrivain d'ailleurs. Le problème, ici, n'est pas de s'autoriser à parodier Conan : ce personnage de fiction peut bien sûr faire l'objet d'une parodie ou d'une caricature aussi bien qu'un autre, qu'il s'agisse de Cthulhu, Tarzan, James Bond, Sherlock Holmes, du capitaine Nemo, ou de Lancelot et Guenièvre. Le problème, à mes yeux, est que Howard n'a pas été pris au sérieux autant que son seul personnage de Conan a fait l'objet de caricatures durant des décennies (jusqu'à l'overdose), ce qui donne, à mes yeux en tout cas, une impression bizarre... disons de charrue mise avant les bœufs. Ceci dit, tu me diras que côté Tolkien, Bored of the Rings a été publié en 1969, du vivant de l'écrivain, mais la réception de l'œuvre de ce dernier a tout de même été moins déformée que pour Howard. Ce que je souhaite pour ma part, c'est simplement que les gens qui parodient des textes d'un écrivain et rient en conséquence soient aussi capables de les lire un peu sérieusement, sans suspension d'incrédulité lorsque l'histoire s'y prête (ce n'est certes pas toujours le cas pour tous les récits de Howard, mais je crois que La Tour de l'Éléphant fait partie de ses meilleures histoires).
jean Wrote:Ta question sur mes préjugés est intéressante. Quand j’ai écrit mon post fin mai j’étais tout à fait sincère. Depuis au cours d’un séminaire professionnel j’ai assisté à une intervention de Marc Halevy qui venait nous parler de prospective. Dans sa conférence un petit point a attiré mon attention. Il nous disais que du temps des récits oraux puis écrits chaque auditeur ou lecteur était obligé de faire un effort d’imagination alors que maintenant avec le son et l’image tous les détails sont imposés de manière indélébiles à note cerveau. Il en déduisait que l’humanité allait petit à petit perdre en créativité. Même si je ne connaissais pas Howard et ne pouvais avoir de préjugés à son égard, il est, après tout, possible que j’en ai eu vis-à-vis de Conan à cause de l’image risible des films avec Schwarzy qui reste gravée dans ma mémoire
J'avoue que c'est tout de suite l'impression que j'ai eu en lisant la première phrase de ton premier message, dans laquelle tu fais allusion au film de Milius, qui plus est en détournant son titre. Le fait en outre que tu n'ai pas beaucoup aimé les histoires que tu as lu, malgré les nuances que j'ai noté dans tes propos sur le fond, m'a plutôt encouragé à voir ensuite ta caricature comme une moquerie, sinon visant à totalement dévaloriser l'œuvre originale, du moins paraissant assez désinvolte par rapport à nos échanges précédents. Le fait que JR en est ri m'a aussi fait penser, je l'avoue, à ses fameuses critiques anti-PJ d'il y a une douzaine d'années, et vous savez ce que je pense des limites de cet exercice de style, certes comique sur le principe mais n'invitant guère à la discussion et heureusement passé de mode... :-) Ceci étant dit, peut-être suis-je par ailleurs devenu assez exigeant en matière d'humour howardien, qui sait, à force de fréquenter des connaisseurs. Même chose sans doute pour l'humour tolkienien, du reste. ;-)
Amicalement,
Hyarion.

