Hello,
Avec pas mal de retard, mais comme promis, voici enfin quelques notes que j’espère pas trop en vrac sur la conférence à deux voix donnée à Saint-Dié-des-Vosges avec Brice Gruet, maître de conférence en géographie à Paris-Est Créteil.
La conférence a donc eu lieu à 16h30 à la médiathèque Victor Hugo de Saint-Dié, comme prévu.
L’accueil des dames de la médiathèque a été très chaleureux, d’autant qu’elles se souvenaient du succès de notre précédente conférence en 2012 « Les paysages dans l’œuvre de Tolkien », qui avait réuni près de 70 auditeurs dans un espace assez confiné (moins de 30 places).
Cette fois, pendant que Brice et moi ajustions nos dernières notes dans l’agréable jardin de la médiathèque (sous un délicieux soleil vosgien), c’est plus de 110 personnes qui investissaient les lieux... Hélas, même si la disposition de la salle a évolué depuis 3 ans (une quinzaine de places assises en plus) les dames de la médiathèque ont été contraintes de refouler les derniers arrivants, pour des questions de sécurité. Il y avait tant de monde qu’il fallut même, pour les deux conférenciers, déambuler derrières les rayonnages (et parfois rentrer le ventre, pour le plus hobbitish des deux) afin de gagner la scena (je n’ose dire la chaire).
Les grands thèmes abordés durant la conférence l’ont été dans un semblant d’ordre qui suivait peu ou prou le plan suivant :
1 - une géographie qui fait date, où on a expliqué que si Tolkien n’était pas le premier « géographe » d’un monde imaginaire, la Terre du Milieu s’est trouvé être un univers marquant durablement l’imagination des lecteurs. On a donc parlé des premières cartes, de leur évolution, du « tournant » que représente le Hobbit, avec les premières cartes publiées, un focus sur la carte de la Terre du Milieu du Seigneur des Anneaux, puis l’influence de cette géographie sur la Fantasy moderne (avec des exemples rapides de géographies imaginaires élaborées, des plagiats, et l’extension vers les jeux de rôle, sujet de la conférence suivante donnée par Brice et David Glomot, prof en classe prépa à Limoges, le dimanche matin)
2 - les outils de l'exploration, où on a détaillé les procédés narratifs utilisés par Tolkien pour dévoiler au lecteur le réalisme de son monde (descriptions directes par le narrateur, à travers le regard des Hobbits pour le Hobbit et le SdA, où avec un point de vue plus distancié pour le Silmarillion ; évocations allusives de paysages lointains par la voix de personnages expérimentés (Gandalf, Aragorn, Elrond, Glorfindel).
On a aussi parlé de la toponymie, qui participe à la construction de la géographie et à son réalisme. J’ai donné quelques exemples en vrac, avec un accent en sindarin ou en vieil anglais (selon les cas) que même les Nains auraient renié.
3 - les objectifs de Tolkien, en notant l’évolution d’une géographie, d’abord écrin pour ses peuples inventés, locuteurs des langues qu’il composait, puis outil d'une intention de vraisemblance de plus en plus marquée (avec un large détour sur sa conception du conte de fée et d’une géographie secondaire qui porterait les récits de ce conte, et qui serait reflet du Monde Primaire (= notre monde), permet ainsi l'enrichissement de la Création (=de Dieu). J’ai laissé à Brice le soin d’évoquer les aspects métaphysiques de la géographie de Tolkien, un sujet qu’il maîtrise bien mieux que votre mécréant de serviteur.
4 - les grandes structures géographiques, où on a guidé le public dans les passionnants méandres de l’orographie et de ses souterrains, des forêts et de leurs habitants féériques, des rivières, des côtes, des marécages dévorants...), de la grande variété des paysages et de leur proximité avec notre vieux monde (en rappelant que la terre du Milieu est un monde du commencement, encore jeune) et, on est revenu sur les évolutions de la géographie pour parler des différents cataclysmes qui on modelé la Terre du Milieu et dessiné sa géographie « finale », telle qu’elle est identifiée dans le SdA.
On s’est permis un détour vers les inspirations possibles de Tolkien, les lieux rencontrés durant sa jeunesse (montagnes suisses, et notamment vallée de Lauterbrunnen, les côtes tourmentées du Pays de Galle, les West midlands, les campagnes abîmées par l’urbanisation, le no-man’s land de la Somme...) pour ensuite parler des influences mythologiques anciennes et se rendre compte qu'on sortait tout doucettement du fil rouge de notre conférence
5 - retour donc au sujet initial avec les cas géographiques particuliers, que représentent Numenor et la Comté, et qui ont clôturé notre exposé. Numenor pour le caractère très féerique, mythique et métaphysique de sa géographie (île du Don, forme d’étoile, pilier montagneux central, à mi-chemin entre terres mortelles et immortelles, destin « atlantidien », toponymie en quenya...) ; la Comté pour l’exception géographique et sociologique, qu'elle représente, miroir d’une Angleterre rurale idéalisée, en pleine Terre du Milieu, et instrument d'une identification géographique facilitée pour le lecteur, avant d'entrer dans la géographie merveilleuse.
On a terminé tout ça par un dialogue avec le public. Quelques questions seulement que j’aurais du noter, car je les ai hélas oubliées...
EDIT : je me suis souvenu d'une question : "désigner l'est comme origine des forces maléfiques, est-il une représentation de la dénonciation masquée du monde communiste dans les années 50 ?"... J'ai répondu comme il se doit
Une belle conférence alternant les deux voix, inévitablement très touffue, mais qu'on s'est efforcés de rendre fluide, et qui a duré près d’1 heure 20. Les gens (plus de 110 selon les médiathécaires) étaient visiblement ravis. Même les moins chanceux qui sont restés debout tout ce temps dans les travées de la médiathèque sans vraiment voir les conférenciers, étaient contents (j’ai eu quelques témoignages sympas pendant le salon du livre, le dimanche matin).
J’ai profité de cette conférence pour présenter Le Façonnement d’un Monde volume II, évoquer les sorties récentes (Lire Tolkien), à venir (Beowulf, Les Deux Tours) et parler de JRRVF et de Tolkiendil.
Un seul (petit) regret pour le Façonnement : le fait de ne pas avoir pensé à réunir le volume I et le volume II : pendant le salon du livre, plusieurs personnes auraient été intéressées par l’acquisition des deux livres ensemble... à noter pour le prochain coup
En tout cas, ravi de cette deuxième expérience déodatienne, des rencontres vraiment sympas faites sur place et de l'accueil proverbial qui est fait aux invités du festival.
Et puis rien ne vaut un délicieux réveil matinal, dans un chouette hôtel avec chambres en chalets, et avec une vue matutinale sur le massif boisés du Kemberg
![[Image: 1445080207_dsc_04861.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/757/1445080207_dsc_04861.jpg)
Bon weekend à tous
I.
Avec pas mal de retard, mais comme promis, voici enfin quelques notes que j’espère pas trop en vrac sur la conférence à deux voix donnée à Saint-Dié-des-Vosges avec Brice Gruet, maître de conférence en géographie à Paris-Est Créteil.
La conférence a donc eu lieu à 16h30 à la médiathèque Victor Hugo de Saint-Dié, comme prévu.
L’accueil des dames de la médiathèque a été très chaleureux, d’autant qu’elles se souvenaient du succès de notre précédente conférence en 2012 « Les paysages dans l’œuvre de Tolkien », qui avait réuni près de 70 auditeurs dans un espace assez confiné (moins de 30 places).
Cette fois, pendant que Brice et moi ajustions nos dernières notes dans l’agréable jardin de la médiathèque (sous un délicieux soleil vosgien), c’est plus de 110 personnes qui investissaient les lieux... Hélas, même si la disposition de la salle a évolué depuis 3 ans (une quinzaine de places assises en plus) les dames de la médiathèque ont été contraintes de refouler les derniers arrivants, pour des questions de sécurité. Il y avait tant de monde qu’il fallut même, pour les deux conférenciers, déambuler derrières les rayonnages (et parfois rentrer le ventre, pour le plus hobbitish des deux) afin de gagner la scena (je n’ose dire la chaire).
Les grands thèmes abordés durant la conférence l’ont été dans un semblant d’ordre qui suivait peu ou prou le plan suivant :
1 - une géographie qui fait date, où on a expliqué que si Tolkien n’était pas le premier « géographe » d’un monde imaginaire, la Terre du Milieu s’est trouvé être un univers marquant durablement l’imagination des lecteurs. On a donc parlé des premières cartes, de leur évolution, du « tournant » que représente le Hobbit, avec les premières cartes publiées, un focus sur la carte de la Terre du Milieu du Seigneur des Anneaux, puis l’influence de cette géographie sur la Fantasy moderne (avec des exemples rapides de géographies imaginaires élaborées, des plagiats, et l’extension vers les jeux de rôle, sujet de la conférence suivante donnée par Brice et David Glomot, prof en classe prépa à Limoges, le dimanche matin)
2 - les outils de l'exploration, où on a détaillé les procédés narratifs utilisés par Tolkien pour dévoiler au lecteur le réalisme de son monde (descriptions directes par le narrateur, à travers le regard des Hobbits pour le Hobbit et le SdA, où avec un point de vue plus distancié pour le Silmarillion ; évocations allusives de paysages lointains par la voix de personnages expérimentés (Gandalf, Aragorn, Elrond, Glorfindel).
On a aussi parlé de la toponymie, qui participe à la construction de la géographie et à son réalisme. J’ai donné quelques exemples en vrac, avec un accent en sindarin ou en vieil anglais (selon les cas) que même les Nains auraient renié.
3 - les objectifs de Tolkien, en notant l’évolution d’une géographie, d’abord écrin pour ses peuples inventés, locuteurs des langues qu’il composait, puis outil d'une intention de vraisemblance de plus en plus marquée (avec un large détour sur sa conception du conte de fée et d’une géographie secondaire qui porterait les récits de ce conte, et qui serait reflet du Monde Primaire (= notre monde), permet ainsi l'enrichissement de la Création (=de Dieu). J’ai laissé à Brice le soin d’évoquer les aspects métaphysiques de la géographie de Tolkien, un sujet qu’il maîtrise bien mieux que votre mécréant de serviteur.
4 - les grandes structures géographiques, où on a guidé le public dans les passionnants méandres de l’orographie et de ses souterrains, des forêts et de leurs habitants féériques, des rivières, des côtes, des marécages dévorants...), de la grande variété des paysages et de leur proximité avec notre vieux monde (en rappelant que la terre du Milieu est un monde du commencement, encore jeune) et, on est revenu sur les évolutions de la géographie pour parler des différents cataclysmes qui on modelé la Terre du Milieu et dessiné sa géographie « finale », telle qu’elle est identifiée dans le SdA.
On s’est permis un détour vers les inspirations possibles de Tolkien, les lieux rencontrés durant sa jeunesse (montagnes suisses, et notamment vallée de Lauterbrunnen, les côtes tourmentées du Pays de Galle, les West midlands, les campagnes abîmées par l’urbanisation, le no-man’s land de la Somme...) pour ensuite parler des influences mythologiques anciennes et se rendre compte qu'on sortait tout doucettement du fil rouge de notre conférence

5 - retour donc au sujet initial avec les cas géographiques particuliers, que représentent Numenor et la Comté, et qui ont clôturé notre exposé. Numenor pour le caractère très féerique, mythique et métaphysique de sa géographie (île du Don, forme d’étoile, pilier montagneux central, à mi-chemin entre terres mortelles et immortelles, destin « atlantidien », toponymie en quenya...) ; la Comté pour l’exception géographique et sociologique, qu'elle représente, miroir d’une Angleterre rurale idéalisée, en pleine Terre du Milieu, et instrument d'une identification géographique facilitée pour le lecteur, avant d'entrer dans la géographie merveilleuse.
On a terminé tout ça par un dialogue avec le public. Quelques questions seulement que j’aurais du noter, car je les ai hélas oubliées...
EDIT : je me suis souvenu d'une question : "désigner l'est comme origine des forces maléfiques, est-il une représentation de la dénonciation masquée du monde communiste dans les années 50 ?"... J'ai répondu comme il se doit

Une belle conférence alternant les deux voix, inévitablement très touffue, mais qu'on s'est efforcés de rendre fluide, et qui a duré près d’1 heure 20. Les gens (plus de 110 selon les médiathécaires) étaient visiblement ravis. Même les moins chanceux qui sont restés debout tout ce temps dans les travées de la médiathèque sans vraiment voir les conférenciers, étaient contents (j’ai eu quelques témoignages sympas pendant le salon du livre, le dimanche matin).
J’ai profité de cette conférence pour présenter Le Façonnement d’un Monde volume II, évoquer les sorties récentes (Lire Tolkien), à venir (Beowulf, Les Deux Tours) et parler de JRRVF et de Tolkiendil.
Un seul (petit) regret pour le Façonnement : le fait de ne pas avoir pensé à réunir le volume I et le volume II : pendant le salon du livre, plusieurs personnes auraient été intéressées par l’acquisition des deux livres ensemble... à noter pour le prochain coup

En tout cas, ravi de cette deuxième expérience déodatienne, des rencontres vraiment sympas faites sur place et de l'accueil proverbial qui est fait aux invités du festival.
Et puis rien ne vaut un délicieux réveil matinal, dans un chouette hôtel avec chambres en chalets, et avec une vue matutinale sur le massif boisés du Kemberg

![[Image: 1445080207_dsc_04861.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/757/1445080207_dsc_04861.jpg)
Bon weekend à tous
I.

