10-01-2016, 11:38
Je contribue à remonter ce fuseau, car je viens de lire la France contre les Robots de Bernanos, dans son édition du Livre de Poche, qui contient en annexe plusieurs articles connexes, y compris certains chapitres de l'édition brésilienne du Chemin de la Croix-des-Âmes qui ne figurent pas dans l'édition française. Je ne me souvenais pas qu'on en ait parlé ici, ce que je trouvais étrange, tant les paroles de Bernanos viennent faire écho à la thèse de Sosryko. En relisant les interventions, je m'aperçois que Semprini y avait fait référence, mais en passant et sous le simple titre de « Robots », ce que je n'avais alors pas relevé.
Là encore, je ne suis pas systématiquement en accord avec ce que dit Bernanos, mais il faut certainement lui reconnaître un certain talent prophétique quant au devenir de la société occidentale telle que nous la connaissons aujourd'hui. En fait, sur le style et les paroles de Bernanos, je me trouve entièrement en accord avec Semprini : Bernanos ne disait en effet pas les choses à moitié
:
[citation=Jean-Loup Bernanos, La France contre les Robots (chap. VIII)]Imbéciles ! chaque fois que j'écris votre nom, je me reproche de donner au dernier chapitre de ce modeste petit livre l'apparence d'une espèce de proclamation aux Imbéciles. N'importe ! À bien réfléchir, votre salut m'apparaît de plus en plus comme la condition — peut-être surnaturelle — du salut de tous les hommes. Dans la Civilisation des Machines, pourquoi ne tiendriez-vous pas, en effet, la place des pauvres ? L'ancien monde sacrifiait le pauvre à sa prospérité, à sa grandeur, à sa beauté, à ses plaisirs. Le monde moderne vous sacrifie à ses expériences démesurées. Il ne vous sacrifie pas de la même manière que l'ancien monde sacrifiait le pauvre. Jadis le pauvre manquait du nécessaire pour que le riche puisse jouir du superflu. Mais l'espèce de pauvreté qui vous est particulière n'enrichit personne, les imbéciles ne sont pas imbéciles pour que certains privilégiés de l'intelligence aient du génie. Il arrivait autrefois que les pauvres se révoltassent. Quel pourrait bien être le but de la révolte des pauvres sinon de dépouiller les riches ? La révolte des imbéciles n'a pas de but.[/citation]
Et pourtant, aussi absurde que cela puisse paraître, ce livre de Bernanos me semble très notablement plus optimiste que ce que j'ai pu lire d'Ellul, bien que (ou parce que ?) ce dernier paraisse plus se situer dans l'analyse que dans l'élan rhétorique.
Elendil
Là encore, je ne suis pas systématiquement en accord avec ce que dit Bernanos, mais il faut certainement lui reconnaître un certain talent prophétique quant au devenir de la société occidentale telle que nous la connaissons aujourd'hui. En fait, sur le style et les paroles de Bernanos, je me trouve entièrement en accord avec Semprini : Bernanos ne disait en effet pas les choses à moitié
:[citation=Jean-Loup Bernanos, La France contre les Robots (chap. VIII)]Imbéciles ! chaque fois que j'écris votre nom, je me reproche de donner au dernier chapitre de ce modeste petit livre l'apparence d'une espèce de proclamation aux Imbéciles. N'importe ! À bien réfléchir, votre salut m'apparaît de plus en plus comme la condition — peut-être surnaturelle — du salut de tous les hommes. Dans la Civilisation des Machines, pourquoi ne tiendriez-vous pas, en effet, la place des pauvres ? L'ancien monde sacrifiait le pauvre à sa prospérité, à sa grandeur, à sa beauté, à ses plaisirs. Le monde moderne vous sacrifie à ses expériences démesurées. Il ne vous sacrifie pas de la même manière que l'ancien monde sacrifiait le pauvre. Jadis le pauvre manquait du nécessaire pour que le riche puisse jouir du superflu. Mais l'espèce de pauvreté qui vous est particulière n'enrichit personne, les imbéciles ne sont pas imbéciles pour que certains privilégiés de l'intelligence aient du génie. Il arrivait autrefois que les pauvres se révoltassent. Quel pourrait bien être le but de la révolte des pauvres sinon de dépouiller les riches ? La révolte des imbéciles n'a pas de but.[/citation]
Et pourtant, aussi absurde que cela puisse paraître, ce livre de Bernanos me semble très notablement plus optimiste que ce que j'ai pu lire d'Ellul, bien que (ou parce que ?) ce dernier paraisse plus se situer dans l'analyse que dans l'élan rhétorique.
Elendil

