Pour ma part, je n’en avais pas parlé à l’époque pour la bonne et simple raison que je n’ai lu la France contre les robots que très récemment, dans la réédition 2015 au Castor Astral (=FCR).
Que ce livre fasse écho à "ma" thèse, je n’en doutais pas trop après avoir lu la Liberté, pour quoi faire ?, que j’avais par contre abondamment cité — sans préciser que la connexion Ellul-Bernanos est établie par Bernanos lui-même qui reprend et approuve le [emphase]« remarquable tableau du monde moderne »[/emphase] tracé par un certain… [emphase]« professeur Jacques Ellul »[/emphase] (folio essai, no 274, p.96).
Je relève aussi que pour Bernanos :
Or, chacun de ces points a été développé et abordé de multiples manières par Ellul dans sa critique du système technicien. Je ne peux ni donner ni chercher toutes les références, désolé.
Donc, si Bernanos était plus optimiste qu’Ellul (mais avant de porter un tel jugement, voir les dernières pages de Changer de révolution où Ellul quitte « le domaine du constat et de l’exigence pour entrer dans celui de la conviction personnelle, du témoignage et de la proposition »), ce n'est pas dans certaines annonces prophétiques de la France contre les Robots que c'est le plus manifeste. Ainsi, on peut comparer :
[citation=FCR, p. 199]« Les démocraties et les dictatures […] vont s’écrouler ensemble parce qu’elles ne sont nullement accordées aux valeurs humaines de la vie. Ce n’est pas la liberté qui renaîtra d’abord – nous en sommes encore loin ! – c’est l’esprit de liberté ! Et le monde le retrouvera au dernier fond de la misère, car l’esprit de liberté m’a toujours paru inséparable de l’esprit de pauvreté. »[/citation]
à :
[citation=entretien en 1979, dans Ellul par lui même, la Table Ronde, 2008, p. 108]« Ce que nous pouvons prévoir avec certitude, si la croissance technique continue, c'est un accroissement du chaos, ce qui ne veut pas dire du tout le néant ou l'effondrement des sociétés mais des difficultés qui vont augmenter. »[/citation]
Cependant, si Ellul ne s'est jamais présenté comme prophète d'un avenir inéluctable ([emphase]« j'ai bien précisé : cela arrivera si l'homme n'intervient pas. »[/emphase]), il retrouvait Bernanos quant à la réponse à opposer à une telle possibilité d'avenir. Dès 1935, soit treize ans avant la France contre les Robots, le jeune Ellul (23 ans) rédigeait, dans les points 81-82 des Directives pour un manifeste personnaliste :
[citation=Charbonneau, Ellul,Nous sommes des évolutionnaires malgré nous, Seuil, 2014, p.80]« […] le problème de la révolution se pose non seulement sur le plan politique ou économique, mais sur le plan de la civilisation elle-même. Sur le plan des mœurs, des habitudes, des façons de penser, sur la vie courante de chacun de nous, sur son journal et son repas. […] La révolution doit se faire contre la misère et contre la richesse [normal][donc pour Ellul, dans l’ascèse qui est une forme de pauvreté volontaire, Ellul faisant d’ailleurs la distinction entre misère et pauvreté dans le manuscrit][/normal] – pour que chaque homme trouve dans une cité volontaire ce qu’il lui est nécessaire de vivre. Fût-ce un minimum de vie pour tous, mais que ce minimum de vie soit équilibré, soit à la fois matériel et spirituel. »[/citation]
Où Ellul rejoint Bernanos, et où les deux rejoignent Tolkien qui relie explicitement la liberté de Tom et l’innocuité de l’Anneau à son égard au [emphase]« vœu de pauvreté »[/emphase] du Maître de la Maison sous la Colline :
[citation=L144]« Mais si vous avez, pour ainsi dire fait « vœu de pauvreté », renoncé au contrôle, […] alors la question précise du pouvoir et du contrôle pourrait ne plus avoir aucun sens du tout à vos yeux, et les moyens du pouvoir ne plus avoir aucune valeur. »[/citation]
Que ce livre fasse écho à "ma" thèse, je n’en doutais pas trop après avoir lu la Liberté, pour quoi faire ?, que j’avais par contre abondamment cité — sans préciser que la connexion Ellul-Bernanos est établie par Bernanos lui-même qui reprend et approuve le [emphase]« remarquable tableau du monde moderne »[/emphase] tracé par un certain… [emphase]« professeur Jacques Ellul »[/emphase] (folio essai, no 274, p.96).
Je relève aussi que pour Bernanos :
- [emphase]« un monde gagné pour la Technique est perdu pour la Liberté »[/emphase] (FCR, p. 27)
- [emphase]« jamais un système n’a été plus fermé que celui-ci »[/emphase] – car [emphase]« l’Homme des Machines n’est pas seulement menacé d’appartenir un jour aux Machines, il leur appartient déjà, c’est-à-dire qu’il appartient à un système économique qui lie de plus en plus étroitement son sort à celui des machines, à la construction des machines, au développement des machines. »[/emphase] (FCR, p. 27, 137)
- [emphase]« le progrès n’est plus dans l’homme, il est dans la technique, dans le perfectionnement des méthodes capables de permettre une utilisation chaque jour plus efficace du matériel humain »[/emphase] (FCR, p. 28)
- il y a alliance entre [emphase]« l’État Moderne [et] le Moloch Technique »[/emphase] pour réduire l’homme à [emphase]« un animal économique »[/emphase] (FCR, p. 28, 40)
- la [emphase]« Société moderne est désormais un ensemble de problèmes techniques à résoudre »[/emphase] — tel celui de [emphase]« la rotation vertigineuse des turbines »[/emphase], de l’avion, du gratte-ciel, invariablement associés à l’acquisition de la [emphase]« puissance matérielle »[/emphase] (par opposition à la puissance morale) (FCR, p. 83, 90, 93, 97, 110)
- il faut donc identifier la [emphase]« Société Moderne »[/emphase] avec la [emphase]« Guerre Totale »[/emphase], cette dernière étant [emphase]« la Société Moderne elle-même, à son plus haut degré d’efficience […] car vos fils et vos filles peuvent crever : le grand problème à résoudre sera toujours de transporter vos viandes à la vitesse de l’éclair. »[/emphase] (FCR, p. 72, 82)
- la [emphase]« Machinerie »[/emphase] consiste à former [emphase]« l’homme des Machines, c’est-à-dire d’une vie tout entière orientée par la notion de rendement, d’efficience »[/emphase] car [emphase]« dans un monde tout entier voué à l’Efficience, au rendement, n’importe-t-il pas que chaque citoyen, dès sa naissance, soit consacré aux mêmes dieux ? »[/emphase] (FCR, p. 83, 109)
- [emphase]« la civilisation des Machines […] s’est développée avec une rapidité si effrayante qu’elle fait moins penser à la croissance d’un être vivant qu’à l’évolution d’un cancer. »[/emphase] (FCR, p. 88)
- [emphase]«l’homme du XIXe ne s’est pas adapté à a civilisation des Machines et l’homme du XXe pas davantage »[/emphase] (FCR, p. 90)
- [emphase]« nous n’assistons pas à la fin naturelle d’une grande civilisation humaine, mais à la naissance d’une civilisation inhumaine qui ne saurait s’établir que grâce à une vaste, à une immense, à une universelle stérilisation des hautes valeurs de la vie. »[/emphase] (FCR, p. 100) Ainsi, [emphase]« le monde est menacé de périr »[/emphase], [emphase]« notre société est en train de crever »[/emphase] en [emphase]« impos[ant] à l’homme des sacrifices supérieurs aux services qu’elle lui rend »[/emphase] – par conséquent [emphase]« on a le droit de dire qu’elle cesse d’être humaine, qu’elle n’est plus faite pour l’homme, mais contre l’homme. »[/emphase] (FCR, p. 108, 136)
- [emphase]« le Système fait rarement sa propre apologie, les catastrophes se succèdent trop vite. Il préfère imposer à ses victimes l’idée de sa nécessité. »[/emphase] (FCR, p. 105)
- ce que [emphase]« la civilisation des machines […] exige au nom du Progrès, c’est-à-dire au nom d’une conception nouvelle de la vie »[/emphase] est [emphase]« une discipline chaque jour plus stricte »[/emphase], [emphase]« imposée aux esprits par son énorme machinerie de propagande et de publicité »[/emphase] (FCR, p. 109)
- [emphase]« la Civilisation des Machines a aussi sa devise : “Technique d’abord ! technique partout !” »[/emphase] (FCR, p. )
- [emphase]« la Technique prétendra tôt ou tard former des collaborateurs acquis corps et âme à son Principe, c’est-à-dire qui accepteront sans discussion inutile sa conception de l’ordre, de la vie, ses Raisons de Vivre. »[/emphase] (FCR, p. 109)
- la [emphase]« Civilisation des Machines […] défend son principe essentiel, qui est celui de la primauté de l’action […], dans la domination chaque jour plus efficiente de toutes les ressources de la planète »[/emphase] (FCR, p. 116,117)
- [emphase]« l’Homme des Machines ne se libèrera pas des Machines, parce que le monde artificiel qu’elles lui ont permis de créer s’accorde à son angoisse »[/emphase] (FCR, p. 135-136)
- [emphase]« cette Civilisation (ou du moins ce qu’on appelle de ce nom, car elle est l’absorption par la technique de toute la Civilisation humaine et, à vrai dire, une “Contre-Civilisation”) ne peut que se “totalitariser” de plus en plus »[/emphase] dans un monde où [emphase]« il ne saurait être question de sacrifier le rendement de la Machinerie à l’honneur et à la sécurité des hommes »[/emphase] (FCR, p. 213, 214)
Or, chacun de ces points a été développé et abordé de multiples manières par Ellul dans sa critique du système technicien. Je ne peux ni donner ni chercher toutes les références, désolé.
Donc, si Bernanos était plus optimiste qu’Ellul (mais avant de porter un tel jugement, voir les dernières pages de Changer de révolution où Ellul quitte « le domaine du constat et de l’exigence pour entrer dans celui de la conviction personnelle, du témoignage et de la proposition »), ce n'est pas dans certaines annonces prophétiques de la France contre les Robots que c'est le plus manifeste. Ainsi, on peut comparer :
[citation=FCR, p. 199]« Les démocraties et les dictatures […] vont s’écrouler ensemble parce qu’elles ne sont nullement accordées aux valeurs humaines de la vie. Ce n’est pas la liberté qui renaîtra d’abord – nous en sommes encore loin ! – c’est l’esprit de liberté ! Et le monde le retrouvera au dernier fond de la misère, car l’esprit de liberté m’a toujours paru inséparable de l’esprit de pauvreté. »[/citation]
à :
[citation=entretien en 1979, dans Ellul par lui même, la Table Ronde, 2008, p. 108]« Ce que nous pouvons prévoir avec certitude, si la croissance technique continue, c'est un accroissement du chaos, ce qui ne veut pas dire du tout le néant ou l'effondrement des sociétés mais des difficultés qui vont augmenter. »[/citation]
Cependant, si Ellul ne s'est jamais présenté comme prophète d'un avenir inéluctable ([emphase]« j'ai bien précisé : cela arrivera si l'homme n'intervient pas. »[/emphase]), il retrouvait Bernanos quant à la réponse à opposer à une telle possibilité d'avenir. Dès 1935, soit treize ans avant la France contre les Robots, le jeune Ellul (23 ans) rédigeait, dans les points 81-82 des Directives pour un manifeste personnaliste :
[citation=Charbonneau, Ellul,Nous sommes des évolutionnaires malgré nous, Seuil, 2014, p.80]« […] le problème de la révolution se pose non seulement sur le plan politique ou économique, mais sur le plan de la civilisation elle-même. Sur le plan des mœurs, des habitudes, des façons de penser, sur la vie courante de chacun de nous, sur son journal et son repas. […] La révolution doit se faire contre la misère et contre la richesse [normal][donc pour Ellul, dans l’ascèse qui est une forme de pauvreté volontaire, Ellul faisant d’ailleurs la distinction entre misère et pauvreté dans le manuscrit][/normal] – pour que chaque homme trouve dans une cité volontaire ce qu’il lui est nécessaire de vivre. Fût-ce un minimum de vie pour tous, mais que ce minimum de vie soit équilibré, soit à la fois matériel et spirituel. »[/citation]
Où Ellul rejoint Bernanos, et où les deux rejoignent Tolkien qui relie explicitement la liberté de Tom et l’innocuité de l’Anneau à son égard au [emphase]« vœu de pauvreté »[/emphase] du Maître de la Maison sous la Colline :
[citation=L144]« Mais si vous avez, pour ainsi dire fait « vœu de pauvreté », renoncé au contrôle, […] alors la question précise du pouvoir et du contrôle pourrait ne plus avoir aucun sens du tout à vos yeux, et les moyens du pouvoir ne plus avoir aucune valeur. »[/citation]

