ISENGAR Wrote:Elendil Wrote:le film se hisse effectivement assez près du film, notamment au sujet des Nazgûl
Indéniablement. Mais j'ai toujours trouvé leur côté grand-guignolesque très éloignés du livre
Personne n'a sans doute oublié le fuseau de 2004, intitulé « Quand Nazgûl rime avec gros nûl », que tu avais consacré à cette question, JR. ;-)
Ceci dit, peut-être Elendil a-t-il voulu parler du film de Bakshi ? ;-)
Elendil Wrote:Pour l'amour, c'est essentiellement le « Fragment de l'histoire d'Aragorn et d'Arwen » qui en traite, ce qui est logique puisque ce n'est pas la thématique principale du roman. Néanmoins, le « Fragment » est indissociable du SdA et est — je trouve — éminemment plus poétique et parlant que les scènes dispersées des films, qui manquent d'ailleurs de cohérence. Il ne faut pas oublier que dans les films, la vie d'Arwen se retrouve mêlée à l'existence de l'Anneau d'une façon particulièrement étrange, à tel point qu'en réalité son mariage avec Aragorn est plus forcé qu'autre chose, puisqu'elle devient mortelle lors de la destruction de l'Anneau et non pas par libre choix. Il convient de souligner que dans les films, Arwen choisit initialement d'obéir à son père et de quitter la Terre du Milieu sans même attendre la conclusion de la guerre. Seule la vision d'Eldarion la fait changer d'avis. Au rebours, Tolkien explique fort bien dans le Silm. que les descendants d'Elrond conservent leur capacité à choisir leur destinée jusqu'au moment où ils décident de quitter la Terre du Milieu pour rejoindre Valinor, si c'est le choix qu'ils font.
Concernant le « Fragment de l'histoire d'Aragorn et d'Arwen », je viens tout juste de le relire, avec en fond sonore l'« Aníron » d'Enya orchestré par Howard Shore : c'est un très beau passage de l'œuvre de Tolkien, d'autant plus que l'élément féminin y est enfin présent dans une conséquente proportion après des précédents trop peu nombreux dans le roman lui-même. Ce passage aurait sans doute très bien pu faire l'objet en soi d'une adaptation plus complète au cinéma. Tel quel, cependant, il aurait sans doute nécessité un aménagement conséquent de la narration de la première trilogie de PJ, déjà fort longue dans sa version la plus étendue, au prix peut-être d'une remise en cause le point de vue narratif selon lequel c'est avant tout à partir des Hobbits que l'on découvre l'univers et les personnages. Évoquer ainsi par exemple l'histoire d'amour entre Arwen et Aragorn dès le Prologue n'aurait peut-être pas été d'un meilleur effet narratif que le dévoilement de Sauron dès les premières minutes du premier film de cette trilogie... Des flashbacks auraient sans doute pu être insérés dans le récit, mais il aurait alors fallu trouver un juste équilibre compte-tenu des deux fils de l'intrigue principale déjà à dérouler...
PJ et ses scénaristes, on le sait, avaient une vision particulière du personnage d'Arwen, moins passif et plus actif par rapport au récit principal du roman. En 1999, Greg et Tim Hildebrandt ont créé une couverture pour Inquest Magazine, qui préparait un article sur la trilogie devant sortir en salles à partir de 2001. Sans documentation sur le film sur laquelle s'appuyer alors, à l'exception de photos des acteurs devant jouer les personnages, mais avec cependant la volonté de la part du commanditaire qu'une femme soit incluse dans la peinture pour cette couverture, les frères Hildebrandt exécutèrent la commande forts de leur expérience des calendriers Tolkien des années 1970 : ainsi fut créé Arwen Joins the Quest, sans doute assez proche in fine du rôle de guerrière qui avait été envisagé pour Arwen dans les films.
![[Image: 1455491908_hildebrandt-brothers_arwen-jo...allery.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1455491908_hildebrandt-brothers_arwen-joins-the-quest_from-spiderwebart-gallery.jpg)
Que n'a-t-on pas dit sur le traitement du personnage d'Arwen sur grand écran, ici et ailleurs, durant toutes ces années... Je continue de penser que PJ a eu raison de le mettre davantage en avant que ne l'a fait Tolkien par rapport au récit principal. Et quelle ait été la raison du renoncement de PJ de mettre en scène Arwen combattant au Gouffre de Helm comme il l'avait prévu initialement, il a bien fait d'agir ainsi finalement avec mesure, sachant que la mise en avant de la fille d'Elrond dans l'épisode du passage du gué de la rivière Bruinen, où elle joue le rôle tenu par Glorfindel dans le roman, m'a toujours paru par ailleurs être une bonne idée. In fine, à mes yeux, Arwen n'apparait pas du tout comme une « guerrière sanguinaire » dans la trilogie, mais elle est plus présente sur le terrain de l'action, au moins concernant le premier film, ce qui me parait être une bonne chose. De façon générale, j'ai toujours trouvé Liv Tyler convaincante dans le rôle d'Arwen, et avec le recul, je trouve maintenant encore moins de défauts qu'avant au traitement global du personnage dans ces films de 2001-2003.
Pour ce qui est précisément de la thématique de l'amour, faut-il vraiment jouer à la compétition entre le livre et les films ? Comme a pu l'écrire Semprini, il y a maintenant longtemps, la littérature et le cinéma sont deux langages artistiques différents, rendant impossible une adaptation totalement fidèle, et de fait, par le biais de ces deux langages, ce sont deux versions d'une même histoire qui nous sont racontées. Le texte de Tolkien pourra sembler plus poétique, plus ancré dans une tradition de narration ancienne, à la manière de William Morris par exemple. Le cinéma de Peter Jackson pourra, lui, sembler à l'évidence ne réserver qu'une part limitée à la thématique amoureuse au milieu d'un récit en trois parties où la violence guerrière et les codes du cinéma d'horreur occupent une place majeure... mais comme tu l'as écrit, Elendil, il se trouve que l'amour n'était pas déjà, chez Tolkien, le sujet principal. Le fait que PJ ait trouvé malgré tout le moyen d'intégrer, avec mesure, ce thème dans sa version de l'histoire me parait être évidemment à mettre à son crédit, quelles que puissent être les critiques des uns et des autres. Personnellement, cette part de féminisation de l'histoire m'a toujours paru très pertinente, et elle me parait l'être encore plus aujourd'hui après avoir vu la deuxième trilogie, dont j'ai déjà écrit dans d'autres fuseaux du présent forum ce que j'en pense, notamment sur ce point. Reprocher un « manque de cohérence » entre les « scènes dispersées des films » où apparait Arwen me parait dès lors surtout témoigner d'un présupposé bien favorable au roman, alors même que ce dernier, en fait de cohérence, relègue l'histoire d'amour en question dans un texte, certes très beau, mais placé au beau milieu d'un appendice de fin d'ouvrage : c'était le choix de Tolkien et c'est évidemment mieux que rien, mais à cette aune, plutôt que de pointer d'éventuelles anomalies défavorables aux films à ce sujet, anomalies à mon avis peu gênantes s'il y en a du reste, je préfère pour ma part saluer les efforts de PJ pour intégrer tant bien que mal au récit principal cette histoire d'amour qui le méritait bien, d'autant plus qu'il l'a fait d'une façon nettement plus équilibrée et surtout naturelle que dans sa deuxième trilogie.
Amicalement, :-)
Hyarion.


