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Un petit site audio pour goûter les langues de Tolkien...
#50
Pour le J, je dois dire que j'hésite, parce que cette lettre n'a aucune raison d'apparaître en quenya. Et il y a un avantage à avoir un résultat "anormal" avec des têtes de mort : cela signale un problème dans le texte d'entrée.

Pour autant que je me souvienne, le J n'est guère employé toutes langues elfiques confondues que pour indiquer dans des formes primitives la semi-voyelle [j], en variation avec Y. C'est parfois dissimulé par l'intervention éditoriale de CJRT, par ex. dans les Etymologies où il indique qu'il a harmonisé en Y les J du manuscrit. Mais en quenya même, on n'a que Y.

Le cas des B, D, G isolés était un peu différent, dans la mesure où ces consonnes apparaissent bel et bien en quenya, le problème de transcription venant de leur distribution restreinte aux combinaisons mb, lb, (rb), nd, ld, rd, ng (à avec quelques rares exceptions près).

En fait, le problème vient de ce que le mode est prévu pour transcrire du quenya et pas un mélange de langues. Cela pose la question générale de savoir comment les Elfes (et les Dúnedain) transcrivaient un nom ou un mot étranger à la langue employée dans un texte. On a un exemple dans la Lettre du Roi, en sindarin, mais qui commence par le nom royal d'Aragorn en quenya : Elessar Telcontar. Il existe deux versions sindarines en tengwar de cette lettre, écrites en mode de Beleriand d'une part, selon l'usage général du Troisième Âge d'autre part (IX:130-1). Dans les deux cas, le quenya est écrit dans le mode du reste du texte, non dans le mode quenya classique. Il y aurait donc une certaine réticence à changer de mode au sein d'un même texte, contrairement à notre usage de conserver les mots étrangers dans leur orthographe d'origine. Mais il faut quand même remarquer que si transcrire du quenya selon les conventions du sindarin fonctionne assez bien, transcrire du sindarin selon le mode quenya classique est impossible en pratique sans gravement déformer la langue ou faire de nombreuses adaptations au mode. Il est donc bien possible que l'usage ait varié et que dans certaines situations, on ait simplement changé de mode pour transcrire un mot étranger. Mais je ne me souviens pas qu'il y ait aucune indication à ce sujet.

Nous savons aussi que les Ñoldor, dans leur bilinguisme quenya-sindarin, préféraient par goût employer des noms dans la langue même qu'ils parlaient, et adaptèrent pour cela leurs noms quenyas en sindarin (XII:341). Ce semble avoir été une approche assez générale en Arda, et nous avons maints référents avec plusieurs noms en plusieurs langues. Cela dit, nous savons aussi par le même texte que Finwë ne reçut jamais de nom sindarin parce qu'il ne vécut jamais en Beleriand ; mais son nom avait aussi l'avantage d'être déjà conforme à la phonologie du sindarin.

Il peut être intéressant dans ce cadre d'évoquer la traduction du Nouveau Testament en néo-quenya par Helge Fauskanger. Il a été constamment confronté au problème d'adapter les noms bibliques à la phonologie du quenya. Globalement, son approche a été de se limiter aux phonèmes existants en quenya, sans forcément respecter leur distribution. Ce qui donne des choses comme :

Helge Fauskanger Wrote:Evandilyon Mattéo

RANTA 1

Ontaleparma Yésus Hristo, Laviro yondo, Avrahámo yondo: 2 Avraham óne Ísac, ar Ísac óne Yácov, ar Yácov óne Yehúra ar hánoryar, 3 Yehúra óne Peres ar Sera as Tamar, ar Peres óne Hesron, ar Hesron óne Ram, 4 ar Ram óne Amminarav, ar Amminarav óne Naxon, ar Naxon óne Salmon, 5 ar Salmon óne Voas as Ráhav, ar Voas óne Óver as Rút, ar Óver óne Yesse, 6 ar Yesse óne Lavir i aran. Ar Lavir óne Solomon i verinen Úrio, 7 ar Solomon óne Rehóvoam, ar Rehóvoam óne Ávia, ar Ávia óne Ása, 8 ar Ása óne Yóhyafat, ar Yóhyafat óne Yóram, ar Yóram óne Ussia, 9 ar Ussia óne Yótam, ar Yótam óne Áhas, ar Áhas óne Hesécia, 10 ar Hesécia óne Manasse, ar Manasse óne Ámon, ar Ámon óne Yosía, 11 ar Yosía óne Yeconya ar hánoryar, i lúmesse ya i lie náne tulyaina oa ve etyali Vávelenna.

Pour ceux que ça intéresse, il traite en détail des divers problèmes pratiques qu'il a recontrés dans ce projet (alors en son commencement) dans son article Practical Neo-Quenya, paru dans Arda Philology n° 2 après avoir été présenté à l'Omentielva Tatya à Anvers en 2007.

Donc, Hyarion, avec une simple adaptation phonologique, je rendrais "Benjamin" par Benyamin ou Venyamin (plus strictement quenya). L'adaptation par le sens t'est connue Big Grin
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