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Un petit site audio pour goûter les langues de Tolkien...
#51
Alors, c'est une excellente question, mon cher Benjamin, pour éclairer le mécanisme des transcriptions et modes.

Il faut voir que l'écriture à partir de l'alphabet latin des langues inventées de Tolkien présuppose de décider pour chaque langue d'une projection de la phonologie de celle-ci (c'est à dire l'ensemble des sons existants dans cette langue) vers une norme d'écriture à base de lettres ou de groupes de lettres issus de l'alphabet latin. En général, Tolkien a fait des choix permettant à un locuteur standard d'une langue romane ou germanique de s'y retrouver de manière plus ou moins "naturelle" : par exemple, prenons un son très fréquent dans les langues réelles comme l'occlusive alvéolaire sourde (le 't' de 'table' en français, noté /t/ en IPA) ; ce son étant lui aussi fréquent dans la plupart des langues elfiques, il était naturel de choisir la lettre 't' pour le retranscrire en alphabet latin, plutôt que de faire un choix contre-intuitif (comme par exemple la lettre 'x' ou 'k').

L'intuitivité de ces choix a bien sûr ces limites : s'ils sont souvent faciles à faire et à comprendre sur un certain ensemble de sons communs/fréquents aux langues elfiques et aux langues romanes (t, p, c/k , n, m, etc + la plupart des voyelles - tout cela à de petites variations près), dès qu'on touche aux détails des phonologies c'est beaucoup moins évident.

Dans l'autre sens, l'écriture en tengwar des mots d'une langue donnée (e.g. le quenya) est elle aussi basée sur un système phonétique adapté à la phonologie de cette langue.

Si on se place dans le cadre du transcripteur de quenya qui est celui par défaut proposé par Glaemscribe, on pourrait voir la transcription comme une suite de deux étapes :

Quote:alphabet latin --1--> phonétique --2--> tengwar

D'abord se posent des problèmes au niveau de l'étape 1 : un anglais qui lit le nom Benjamin ne le prononcera pas comme un français, un allemand le prononcera encore différemment, un italien etc. Dans l'absolu, donc, l'écriture latine Benjamin n'a pas de valeur phonétique du tout tant qu'on ne décide pas de la phonologie qui va avec l'écriture.

Au niveau de l'étape 2, le nom Benjamin tel que prononcé par un français sonnerait sans doute assez exotique pour un locuteur natif du quenya, puisqu'il possède une occlusive voisée non nasalisée /b/ qui n'existe pas dans la phonologie du quenya, de même qu'une (voire deux si on fait la distinction /œ/ vs /ɛ̃/) voyelles nasales qui n'existe(nt) pas dans la phonologie du quenya, de même encore que la consonne fricative palato-alvéolaire voisée /ʒ/ (la fameuse notée 'j' en français). Je pense qu'un elfe serait bien emmerdé, et choisirait une solution mixte où il ajouterait des signes diacritiques pour essayer de signaler des phénomènes phonétiques appliqués à des sons qu'il connait et qui lui sembleraient proches, ou même carrément, il modifierait la prononciation du nom pour qu'elle colle à la phonologie de sa langue. Par exemple, je me souviens de ma prof de japonais qui me faisait écrire mon prénom en katakana comme ceci バンジャマネン (littéralement ba-n-dja-ma-n).

Ainsi, quand nous utilisons un transcripteur de tengwar, bien qu'écrivant avec l'alphabet latin, nous devons donc déjà nous projeter dans le /système de transcription latine pour la phonologie de la langue donnée/ que nous cherchons à transcrire. Nous pouvons alors respecter allègrement les prérequis des étapes 1 et 2. En ce sens, rentrer 'Didier' ou 'Benjamin' dans le transcripteur de tengwar pour le quenya est une aberration car nous sortons complètement du cadre de la langue choisie.

Pour ce qui est de Didier c'était en quelque sorte rattrapable : si les occlusives voisées non nasalisées (d,b,g,gw) n'existent pas à proprement parler en quenya, ces sons était bien communs dans d'autres langues elfiques, donc on peut facilement rattraper le coup en dérivant légèrement l'écriture de sons proches (leurs alter egos nasalisés nd,mb,ng,ngw) - d'où notre proposition dans notre mode de soit rajouter un petit trait en dessous, soit un jambage supplémentaire qui produit des tengwar étendues qui n'étaient pas utilisées jusque lors dans ce mode. Il faut voir aussi qu'il n'a pas été nécessaire de débattre sur ce qu'on entendait par 'd', canoniquement on était d'accord sur le fait qu'il s'agissait de la consonne occlusive alvéolaire voisée /d/, présente en français, anglais, italien, allemand ... Mais il faut tout de même noter que la transcription donnée ci dessus n'est pas phonétiquement parfaite. Par Didier, nous disons en fait "Did'-yé", alors qu'écrit sous la forme 'Didier', le transcripteur comprendra plutôt un truc du genre "Di-di-ér(e)". C'est pourquoi, avec une approche purement quenya il serait sans doute plus simple et plus juste de rentrer dans le transcripteur Didyë, de cette manière on s'est placé dans les normes choisies pour la transcription du quenya dans l'alphabet latin.

Une autre alternative serait d'avoir un mode tengwar français spécifique, et de changer de mode au milieu de la dédicace - méthode tout à fait attestée. Mais bien sûr, avec cette approche, il faudrait sans doute AUSSI changer de mode pour Willis qui est un nom anglais. Le changement de mode à la volée n'est pas possible dans Glaemscribe, mais ça pourrait le devenir...

Donc enfin, après toutes ces explications, si nous revenons au 'j', on voit que le problème se pose en partie sous la forme : mais c'est quoi au juste 'j' ? Est-ce le 'j' de jardin en français, celui de joy en anglais, de esponja en espagnol (pour les fans de Monkey Island 5), de jung en allemand ? Si je recentre ta question sur le j français spécifique de Benjamin alors les solutions que je vois seraient :

- soit on met une tengwa spéciale associée à 'j' pour ce son spécifique. Un choix vraiment bizarre pour un mode quenya!
- soit on met une combinaison spéciale associée à ce 'j' (à base de tengwar/diacritiques). Mais pourquoi ce son et pas d'autres, et comment le faire intelligemment.
- soit on écrit un mode tengwar pour le français (laissé en exercice à Bertrand).
- soit on utilises Hyarion :p.
- soit on 'didyë-ise' le prénom Benjamin, et je pense que si c'était pour moi j'écrirais ou bien la forme Benhyamin (qui se prononcerait bén-shya-mine) pour rendre la fricative+palatale ou bien la forme Benyamin (qui se prononcerait bén-ya-mine), plus douce, comme en allemand ou en italien.

Bien à toi!
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